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Dossier : Climat : qu'attendre des entreprises ?

Finance et investissement : quelle marge d'action pour les banques ?

Pierre Dufaud travaille pour Natixis. Il nous raconte comment une banque de financements et d'investissements peut agir sur les choix de ses clients, particuliers comme professionnels, et évaluer l'impact environnemental de ces choix. Si l'évolution est en route, elle est encore tributaire des stratégies commerciales des grands groupes, comme les pétroliers. Témoignage.

Je suis responsable du volet environnemental et social des activités de financement dites CIB (Corporate and investment banking) de Natixis, l’une des grandes banques françaises de financement et d’investissement. Mon activité concerne l’ensemble des financements corporate et structurés des clients de la banque.

Nous développons une gestion des questions sociales et environnementales soulevées par notre activité. Il s’agit de mettre en œuvre des critères d’évaluation des impacts environnementaux et sociaux des investissements à financer et de mener les études nécessaires préalables, en ayant recours si besoin à des audits externes. Ces audits visent en particulier à mesurer les impacts, apprécier la manière dont ils sont évités ou corrigés. Ce processus peut aboutir à la mise en œuvre de mesures complémentaires – sous forme de plans d’action – pour que les opérations financées respectent les normes et meilleurs standards reconnus dans le secteur, y compris dans les pays émergents qui n’ont pas toujours une règlementation suffisante. Ce processus nous permet d’obtenir de nos clients emprunteurs qu’ils intègrent dans leurs systèmes de gestion les recommandations effectuées dans des domaines très variés. Cette démarche est particulièrement utile dans les secteurs les plus sensibles (mines, énergie, infrastructure notamment).

En octobre 2015, Natixis a pris l’engagement fort de ne plus financer, investir ou offrir des produits associés dans des projets liés au charbon, telles les centrales électriques ou les mines de charbon thermique. Nous avons été l’une des premières banques au monde à faire ce choix, écartant aussi les sociétés majoritairement actives dans ce secteur. Nous contribuons ainsi, en tant que banque responsable, à influencer nos clients emprunteurs dans leurs décisions d’investissement. Pour ce faire, Natixis a lancé une large consultation des équipes de ses différents métiers visant à mesurer les enjeux de nos activités au regard des grands enjeux environnementaux de la planète, puis à déterminer une  position pour la banque. Le comité de direction générale a pleinement soutenu cette démarche et a validé l’ensemble des propositions qui lui ont été faites. Depuis, nous veillons scrupuleusement au respect de cet engagement : quand une opération financière est sensible ou que nous avons un doute, on procède à des investigations. Il s’agit d’un travail de surveillance très précis.

Quand une opération financière est sensible ou que nous avons un doute, on procède à des investigations. Il s’agit d’un travail de surveillance très précis.

La banque est présente depuis plus de vingt ans dans le secteur des énergies renouvelables (avant d’occuper mon poste actuel en 2011, j’étais en charge de l’activité financements de projets dans le secteur électrique et des énergies renouvelables). À la fin 2016, le total des opérations de financement réalisées depuis que la banque est active dans ce secteur dépassait 21 Giga Watts. Son portefeuille  est réparti mondialement : 54% en Europe, 27% en Amérique et plus faiblement en Asie-Moyen-Orient, mais les chiffres dans cette zone sont en très forte croissance grâce à d’importantes opérations de parcs solaires photovoltaïques (dont un projet de 800 MW tout récemment signé). Nous avons aussi joué un rôle clé dans l’arrangement du financement de trois parcs éoliens offshore dont l’investissement total dépasse 5 milliards d’euros : il s’agit de trois parcs éoliens d’une capacité cumulée de près de 1600 MW (deux  au Royaume-Uni et un en Allemagne). Une telle réalisation permet de fournir l’équivalent de la consommation de 2 millions de foyers et d’éviter le rejet dans l’atmosphère de plus de 3,25 millions de tonnes de CO2 chaque année.

La transition énergétique concerne également d’autres domaines de Natixis. Par exemple, une de nos filiales propose des fonds labélisés ISR (investissement socialement responsable). On en compte 21 en 2016, qui sont gérés par des équipes spécialisées dans l’évaluation de la gouvernance responsable et la surveillance du risque climatique des sociétés émettrices souhaitant intégrer les fonds.

La sensibilisation au risque climatique se traduit aussi par des initiatives comme la structuration de  « green bonds » pour les investisseurs et nous accompagnons sur ce marché à la fois des émetteurs publics et des sociétés privées. Au niveau mondial, ce marché se développe très rapidement, en particulier en Inde et en Chine. En trois ans, le marché des green bonds a bondi de 15 à 100 milliards de dollars et il poursuit actuellement cette tendance.

Sans que ce soit une révolution, les métiers de Natixis s’adaptent et développent par exemple de nouveaux produits qui complètent les green bonds auprès des investisseurs dont les préoccupations en matière de responsabilité environnementale et sociale augmentent. Les initiatives viennent de différentes équipes, concernant cinq ou six grands pôles de métiers, le tout coordonné au travers d’une stratégie environnementale qui s’affirme de plus en plus. Certes, nous savons que nous pouvons faire mieux, mais nous sommes sur ce point dans une phase de montée en puissance.

Nous sommes amenés à continuer d’accompagner des grands groupes pétroliers, notamment dans l’exploration de champs gaziers. Mais nous accompagnons également ces sociétés dans leurs diversifications vers le renouvelable

Le secteur des énergies thermiques ne va cependant pas disparaître de sitôt. Les spécialistes prévoient une augmentation de 30% de la demande énergétique mondiale à l’horizon 2040, et même si nous le souhaitons, le renouvelable ne peut à lui seul répondre à l’augmentation des besoins. Nous sommes donc amenés à continuer d’accompagner des grands groupes pétroliers dans leurs activités, notamment dans l’exploration de champs gaziers. Mais nous accompagnons également ces sociétés dans leurs diversifications vers le renouvelable : quand un groupe d’énergie développe un projet dans le solaire par exemple, nous sommes naturellement à ses côtés.

Les équipes de l’asset management ISR de Natixis ont développé un outil de chiffrage des émissions de leurs portefeuilles d’investissements pour définir et accompagner une stratégie bas carbone.

Concernant la partie financement, une réflexion est lancée – mais encore non aboutie – sur l’impact du risque climatique sur notre portefeuille. Avec d’autres banques, à la suite de la Cop21, nous nous sommes engagés dans une réflexion de place sur la courbe des 2°C. Nous participons à des groupes de travail sur la prise en compte et la gestion du risque climatique dans nos activités d’investissement et de financement. Ces travaux impliquent de nombreuses parties, l’enjeu étant de parvenir à une convergence. Il faudra donc franchir un certain nombre d’étapes, mais le chemin est tracé !

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