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Dossier : Climat : qu'attendre des entreprises ?

« Réparer la pollution de mes activités passées »

© Graeme Maclean / FlickR
© Graeme Maclean / FlickR
Éric Delacour a commencé sa carrière dans une entreprise pétrolière. Jusqu'en 2006 où il décide de changer d'activité économique et de lancer une entreprise plus en lien avec ses convictions. Il nous raconte son choix et les difficultés de sa conversion écologique.

Géologue de formation, j’ai longtemps œuvré professionnellement dans l’exploration pétrolière. Mais j’ai été plus que sensibilisé aux enjeux climatiques et surtout à l’urgence d’agir face à l’épuisement des ressources. Comment continuer à prélever sans compter les ressources naturelles de la Terre, des ressources générées en plusieurs millions d’années mais que l’activité humaine aura épuisées en quelques centaines d’années ? Poussé par la dynamique des différentes Cop et des messages d’alerte sur le climat, j’ai résolu de passer à l’action pour, en quelque sorte, réparer la pollution de mes activités passées. En 2006, j’ai lancé Fertigaz, afin de développer un procédé de méthanisation qui permet, par le recyclage des déchets fermentescibles, de créer de l’énergie et du fertilisant pour les sols.

Malgré les difficultés rencontrées, nous sommes clairement dans une transition en matière d’« écolonomie » en faisant évoluer sans cesse nos modèles économiques.

Parmi les pionniers de la méthanisation dans l’Oise – grâce à une première plate-forme créée en 2009 –, nous voulons montrer qu’une autre voie est possible. Malgré les difficultés rencontrées, nous sommes clairement dans une transition en matière d’« écolonomie » en faisant évoluer sans cesse nos modèles économiques, afin d’intégrer de plus en plus les externalités environnementales, c’est-à-dire les bénéfices environnementaux qu’engendrent nos activités. Un des axes de développement se trouve dans le monde agricole et les territoires. Le monde agricole produit des matières premières intéressantes pour le procédé de méthanisation, associées à des coûts d’approvisionnement maîtrisés et sur le long terme. Et les territoires sont un vivier d’emplois pour nos activités qui y installent leurs sites de production, venant ainsi redynamiser la capacité de production industrielle de notre pays. Nous sommes en plein dans l’économie circulaire !

Pour autant, je me suis retrouvé en butte à d’importantes contradictions. Mes amis m’interpellaient : si mon activité était si pleine de bon sens, pourquoi cela n’existait pas avant ? Je n’en ai compris les raisons qu’au fur et à mesure que j’avançais. Car Fertigaz se trouve aujourd’hui en difficulté pour plusieurs motifs : la concurrence des gros acteurs de l’incinération, du compostage, de l’épandage…, l’absence de taxe carbone pour les entreprises qui ne permet pas une saine concurrence et, surtout, une réglementation qui nous bride inutilement. Je n’en remets pas en question le principe – j’y suis favorable – mais tant que les contraintes techniques restent en phase avec nos métiers et nos activités. Car je vois aujourd’hui un vrai paradoxe entre la volonté de l’État de prendre à bras-le-corps les enjeux climatiques et les freins règlementaires que j’observe régulièrement sur le terrain. Mais nous sommes amenés à faire de nombreux investissements pour nous conformer aux demandes étatiques, tout en faisant face à une forte concurrence, notamment de la part d’entreprises belges qui ne sont pas soumises aux mêmes normes.

En tant que dirigeant chrétien, l’encyclique Laudato si’ m’a profondément interpellé, en éclairant ce que je voulais faire.

L’accumulation de ces obstacles règlementaires nous oblige à revoir notre développement, à défricher d’autres voies de succès. Je suis convaincu cependant que notre collaboration avec le monde agricole sera fructueuse.À travers nos échecs, nous avons beaucoup appris et, de mon point de vue, la France dispose d’un formidable potentiel en matière de méthanisation, grâce à ses nombreuses ressources en biomasse, aux capacités du milieu agricole à produire des produits de qualité, au vivier d’emplois que représentent ces nouveaux modèles de productions. En tant que dirigeant chrétien, l’encyclique Laudato si’ m’a profondément interpellé, en éclairant ce que je voulais faire. Et dans les moments de doute, elle est un vrai chemin de vérité. La méthanisation est un procédé qui répond à des enjeux écologiques bien réels. Alors je continue cette aventure, chaque jour plus motivé, mais nous avons besoin de soutien, et notamment de l’État.

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