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Le logement n’est pas une marchandise

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« Nada mejor que volver a casa », chante le Cubain Raúl Paz. « Rien de mieux que de rentrer chez soi. » Un « chez soi » digne de ce nom, c’est un point d’ancrage qui nous sécurise, un lieu de repli nécessaire à notre équilibre. C’est de cela que sont privées les 4 millions de personnes mal logées en France. Parmi elles, 900 000 n’ont pas même un logement à elles, un chiffre qui ne cesse d’augmenter1. Pour peu que l’on puisse rentrer chez soi, en mesure-t-on encore toute la valeur ?

À moins que nous en ayons une telle conscience que nous soyons prêts à consacrer au logement toute notre énergie, toute notre épargne, pour nous mettre à l’abri, disposer d’un refuge pour nos vieux jours, d’un patrimoine à transmettre ? C’est ce que suggèrent les chiffres : il faut aujourd’hui, pour se loger, dédier une part toujours plus grande de ses revenus. Longtemps, prix de l’immobilier et revenus ont progressé au même rythme. Mais depuis l’an 2000, les premiers ont augmenté 1,7 fois plus vite que les seconds. Une moyenne qui masque de grandes disparités : les logements vacants se multiplient dans les petites villes (on en compte 2,7 millions en France), tandis que les prix explosent dans les métropoles. À Paris, en particulier, où les prix ont triplé, le m² vaut désormais près de 10 000 euros !

Dans ces zones « tendues », le marché du logement fonctionne de plus en plus comme une centrifugeuse, avec en son cœur un gros noyau de propriétaires (58 % des Français le sont), tout heureux de voir les prix s’envoler et, aux marges, une dynamique implacable de relégation, sinon d’expulsion. La sanction est souvent immédiate pour les accidentés de la vie (chômage, divorce…), tandis que les nouveaux entrants (jeunes, migrants, travailleurs précaires…) trouvent face à eux des barrières infranchissables pour accéder à un logement décent.

Et voilà l’un des paradoxes de notre société. Elle vante l’accès de chacun à la propriété, mais le transforme en privilège : en quarante ans, la part de propriétaires chez les 25-44 ans est passée de 34 % à 16 % chez les plus modestes et de 43 à 66 % chez les plus aisés. Elle proclame le droit au logement opposable, mais empêche le parc social de jouer pleinement son rôle régulateur, tant la hausse des prix dissuade les locataires d’en sortir. Elle défend la nécessité de la mixité sociale, mais voit les plus riches s’isoler dans des îlots accessibles à eux seuls. Ouvriers et employés ne représentent plus que le quart de la population active qui réside à Paris, contre la moitié au début des années 1980 ; les cadres ont pris leur place2. Elle promeut l’ascension sociale par le mérite, mais fait de la rente foncière – le bénéfice lié à la localisation de son logement – le premier facteur d’enrichissement (+700 000 euros en moyenne entre 1998 et 2015 chez les 10 % les plus riches des propriétaires).

Avec le mal-logement et la ségrégation spatiale, nous (re)découvrons comment une somme de stratégies individuelles légitimes peut avoir des conséquences que, collectivement, nous récusons. Le marché se révèle incapable d’assurer le bien commun. Au moment d’étudier la loi Élan, le législateur ferait bien de s’en souvenir. Et de regarder de près les nouvelles façons d’habiter qui s’inventent, comme les politiques innovantes menées à Rennes ou à Lille. Chacune, à sa manière, remet la propriété privée à sa juste place : non un absolu, mais un droit sur lequel pèse une « hypothèque sociale », diront les chrétiens, un outil au service du plus grand nombre. Et pourquoi ne pas faire du logement un commun et en sacraliser le droit d’usage ? Socialiser l’enrichissement des propriétaires quand il n’est dû qu’à sa localisation ? De telles orientations provoqueront des résistances. Sauf à ce que le logement de chacun devienne véritablement notre affaire à tous. En 1988, l’association Solidarités Nouvelles pour le Logement est née de cette intuition. Trente ans après, elle n’a pas pris une ride.



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1 Personnes sans domicile, vivant dans des habitats de fortune ou chez un tiers. Cf. Fondation Abbé Pierre, « L’état du mal-logement en France 2018 », rapport annuel, n°23, 2018.

2 Jérôme Fourquet, « 1985-2017 : Quand les classes favorisées ont fait sécession », Étude de la Fondation Jean Jaurès, 21/02/2018.


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2 réactions pour « Le logement n’est pas une marchandise »

Julien MAIA
07 July 2018

Le logement n'est pas une marchandise... et pourtant le Grand Paris va créer une forte pression sur les prix : https://investir.lesechos.fr/placements/immobilier/dossiers/les-villes-du-grand-paris-ou-il-faut-investir/les-villes-du-grand-paris-ou-il-faut-investir-1627870.php

Plus de logements, plus de réseaux = plus d'espoir de plus-value !

Il est temps d'envisager des réponses sous forme coopérative afin de concurrencer et de capter cette valeur et la mettre au service des personnes logés !

Gabriel CHEL
23 June 2018

Bonjour

Une idée simpliste (à améliorer...):
- Par une loi obliger les communes à construire un grand nombre de logements locatifs bon marché.
Si le nombre de logement nécessaire pour loger tout le monde est de 300 000 logements (j'avance un chiffre bidon), par cette loi faire en sorte que si les communes jouent le jeu on aboutisse aux 300 000 logements souhaités.
- Taxer très lourdement les communes qui ne jouent pas le jeu et avec cet argent réquisitionner des terrains et construire les logements attendus.

Amicalement

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