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Du contrôle des frontières

Jean-Marie Carrière
Question de sens

Au vu des conditions de contrôle des frontières de l’Union européenne, il convient de s’interroger, tant au niveau éthique que politique, sur la notion même de frontière. En tant qu’espace d’interaction et de reconnaissance de l’autre, elle joue un rôle indispensable dans l...

Renouveler l’idée européenne

Chloé Ridel
Chercheur

L’Union européenne se morcelle : en son sein se confrontent différentes visions de ce qu’elle doit représenter. Face aux replis identitaires, il est urgent de renouveler le projet européen. L'Union européenne se morcelle en son sein se confrontent différentes visions de ce qu'elle doit représenter Fac...

Les mobilités européennes vues d’Irlande

Kevin Hargaden
Vu d'ailleurs

La frontière entre les deux Irlandes est au cœur des débats sur le Brexit. Comment éviter le retour à une frontière « dure », qui impacterait grandement la vie quotidienne des habitants ? En toile de fond de ces questionnements, le douloureux souvenir de la guerre civile irlandaise… La fro...

Les Balkans, une zone tampon pour l’Union

Jean-Arnault Dérens
Journaliste

Les pays des Balkans fournissent au libéralisme économique européen une main-d’œuvre bon marché et servent de zone tampon, contrôlant les flux migratoires. Un double rôle dont les politiques locaux ont su tirer parti. Les pays des Balkans fournissent au libéralisme économique européen une main d'œuvre bon marché et servent de zone tam...

Les mobilités européennes vues d’Allemagne

Stefan Einsiedel
Vu d'ailleurs

L’AfD, le parti d’extrême droite allemand, a peu de chance de remporter une large victoire aux élections européennes. Ses discours xénophobes ont cependant fortement altéré le débat démocratique, forçant les autres partis à infléchir leurs positions quant aux mi...

À quoi sert la libre circulation ?

Ettore Recchi
Chercheur

La libre circulation, clé de voûte de la citoyenneté européenne, est garante de la vision cosmopolite originelle de l’Union. Face aux frontières qui partout se ferment, il est essentiel de la défendre au nom d’un monde comme un bien commun. La libre circulation clé de voûte de la citoyenneté e...

Foot business et rêves de gosse

Cédric Lecordier
Coup de projecteur

En 1995, l’arrêt Bosman a mis fin aux quotas de joueurs étrangers dans les clubs de football européens. Mais cette totale liberté dans la composition des vestiaires a transformé les projets sportifs en « business model », loin des terrains de quartier et des supporters locaux. En 1995 l'...

Entendre les convictions des autres

Hartmut Rosa
Question de sens

L’art de « résonner » peut être un élément de réponse pour faire société en Europe, selon le philosophe Hartmut Rosa. À condition d’accepter d’écouter d’autres manières de penser. L'art de résonner peut être un élément de réponse ...

Circuler dans la forteresse Europe

Catherine Woollard
Acteur de terrain

Malgré une libre circulation de principe en Europe, une hiérarchie de plus en plus rigide octroie des droits différents aux personnes selon leur statut migratoire. Il est temps de penser une liberté de mouvement qui garantisse pour tous un réel respect des droits humains. Malgré une libre circulation de principe ...

Vous avez dit mobilité ?

Jean-Marie Carrière
L'équipe de rédaction

Un souffle d'inquiétude passe sur l'Europe à l'approche des élections au Parlement de Strasbourg Au delà des multiples avis de l'opinion des politiques ou des experts difficile d'établir un diagnostic précis expliquant l'état de santé de l'Europe Et de quoi faut il s'occuper d'abord De la montée des idées nationales et des replis identit...

Se battre pour l’Union

Martin Maier
Question de sens

Partout, le multilatéralisme est remis en question. Mais, seul, aucun État n’est en mesure de faire face aux crises actuelles. Le Parlement européen mérite d’être protégé pour donner au projet de l’Europe une chance de se réinventer. Partout le multilatéralisme est remis en q...

Pour un protectionnisme européen coopératif

Mathilde Dupré et Xavier Ricard Lanata
Acteur de terrain

À l’heure où la politique commerciale de l’Union européenne ne convainc plus, il est urgent, face à l’ampleur des défis climatiques, de proposer de nouvelles règles pour mettre le commerce au service de la transition écologique et sociale. À l'heure où la politique commerciale de ...

L’Europe : entre mondialisation et populismes

Pierre-Noël Giraud
Chercheur

La paix et la prospérité qui devaient « spontanément » résulter des libres circulations en Europe et à ses frontières ne sont point advenues. On assiste à une montée des populismes et, à l’échelle mondiale, les capitalismes américains et chinois...

Question en débat : Mobilités en Europe : où allons-nous ?
 © pixabay/couleur
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Entendre les convictions des autres


L’art de « résonner » peut être un élément de réponse pour faire société en Europe, selon le philosophe Hartmut Rosa. À condition d’accepter d’écouter d’autres manières de penser.


De l’accélération à la résonance… Quel a été votre cheminement ?

Depuis mon précédent essai1, j’ai réfléchi à ce qui était le contraire de l’accélération, à une autre façon d’être en lien avec les autres, le travail, la nature, son propre corps, avec le monde. J’ai progressivement développé ma réflexion sur la résonance, en cherchant à répondre aussi à la question de savoir ce qu’est la « vie bonne ». La résonance de l’individu avec le monde est nécessaire à la vie bonne et en fait partie intégrante. C’est notre relation au monde qui est en jeu et non le rythme selon lequel nous décidons de vivre nos vies. La résonance, ce n’est pas la connexion, ni la communication ou la pleine conscience. C’est une dynamique, une façon de me sentir touché par le monde, de me percevoir capable d’y répondre, dans un processus qui me transforme, en ignorant d’avance le fruit de cette transformation.

Les élections européennes se dérouleront en mai. Comment s’y préparer ?

Je n’aime pas la politique qui s’exerce comme un combat : c’est une erreur, et même une aliénation. Son objectif est au contraire de façonner le monde ensemble, à partir d’opinions et d’intérêts variés qu’il faut « mettre en mode résonant ». Elle devrait plutôt se concentrer sur le souci de résonner avec le monde pour ensuite le façonner. Et donc, de replacer les priorités dans un autre ordre. Une Europe résonante est une Europe où tous les citoyens ont de bonnes raisons de croire qu’ils sont inclus dans le processus de façonnement collectif du monde.

Quels sont les facteurs de résonance présents dans le modèle européen ?

L’État-providence ou la sécurité sociale sont des acquis de l’Union pourtant perçue aujourd’hui comme une institution « froide ». Chacun s’acquitte de ses impôts, convaincu que l’État lui extirpe quelque chose. Cela engendre une relation répulsive, décuplée en ce qui concerne l’Europe. Nous trahirait-elle ? Pourtant, l’État-providence produit de la résonance ; les gens ont l’assurance qu’ils ne seront pas laissés de côté. Mais nous sommes devenus sourds à cet instrument de vivre ensemble, nous avons oublié les avantages qu’il nous procure.

L’État-providence produit de la résonance ; les gens ont l’assurance qu’ils ne seront pas laissés de côté.

La question migratoire sera centrale aux élections. Comment analyser les populismes au regard de la résonance ?

La logique pernicieuse de la mondialisation revient à voir des gagnants et des perdants partout où elle s’installe. Ceux qui appartiennent à l’élite mondialisée gagnent, mais ceux qui ne sont pas capables d’évoluer perdent. Or les perdants tiennent pour responsables de leur situation les étrangers, les musulmans, les noirs… Ils combattent la globalisation, mais au mauvais niveau, s’attaquant à d’autres perdants de la mondialisation. Leur colère est générée par le sentiment de ne pas avoir de voix. Ils ne se sentent entendus par personne. Sinon par le leader populiste qui semble leur dire : « Je vous redonnerai la voix, je vais vous redonner le contrôle. » La tentation, ici aliénante, est de croire que ma voix sera entendue dans celle du leader. Sauf que le leader ne dit pas : « Je vous donne ma voix », mais bien plutôt : « Tais-toi, je suis ta voix. »

Quelles sont, alors, les conditions manquantes pour une Europe résonante ?

Les sociétés qui ont érigé des murs se sont éteintes, car incapables de changer. Or le discours actuellement dominant propose d’ériger des barrières et des frontières : on se retire du monde soi-même. En fait, les gens manquent de confiance en eux : ils pensent qu’ils vont disparaître si on laisse entrer les étrangers. Certes, ils ont des convictions et des valeurs qu’ils sont prêts à défendre. Mais ils sont aussi capables d’entendre celles des autres, avec leurs cultures et traditions, c’est ce qui les maintient en vie, qui nous maintient en vie. Nos racines ne doivent pas nous conduire à rester où nous sommes, mais nous aider à nous transformer. Si le registre de l’identité conduit à affirmer : « Je sais qui je suis et je ne changerai jamais. », on est déjà mort ! Si nous avons confiance dans notre voix, dans nos convictions, alors nous nous insérons dans le concert de la démocratie.

L’esprit de compétition propre à notre système économique peut-il intégrer la résonance ?

Chacun fait les choses au plus vite, sans prendre la peine d’écouter et de répondre à autrui. Une société qui laisse la compétition s’installer à tous les niveaux, de la maternelle à l’université en passant par l’hôpital et l’entreprise, dans l’idée d’être plus efficace, ne peut que créer un sentiment de peur. On se rend indisponible à la résonance car se laisser toucher est perçu comme dangereux.

On se rend indisponible à la résonance car se laisser toucher est perçu comme dangereux.

Si l’Europe d’aujourd’hui est forte économiquement, en termes d’égalité elle reste très fragile. Les pères de l’Europe avaient vu juste en cherchant davantage d’intégrations ; elle a permis plus de résonance entre citoyens de pays voisins ou proches idéologiquement. Il nous faut remettre de l’air dans nos institutions européennes et dans nos États ! La peur nous paralyse. Retrouver la confiance qui appelle à la résonance nécessite que des résistances se brisent, mais cela peut prendre du temps.

Quel engagement politique est possible pour un citoyen en Europe ?

Avant de penser à intégrer un parti politique et à se scinder en groupes distincts, nous avons besoin de nous écouter, de nous parler les uns aux autres et de cesser de nous crier dessus. C’est en agissant ainsi que nous pourrons avoir un impact sur le cours des choses. Une telle attitude réduirait considérablement les points d’agression dont nous sommes victimes en politique. Mais je me demande si les politiciens et leaders des partis résonnent. Il se pourrait qu’ils n’aient que peu d’occasions de « résonner ». Ce n’est pas tant leur faute que celle du jeu politique qui les amène à être si peu en relation avec les autres et avec le monde. On leur demande d’abord d’être agressifs et d’être bons à ce qu’ils font plutôt que d’être particulièrement ouverts et réceptifs à la résonance. Ainsi, face à un adversaire lors d’un débat télévisé, un politicien ne pourra être touché par l’autre : il doit être sans arrêt en résistance pour l’emporter. Les politiques se demandent-ils ce que pensent les gens qui les élisent ? Font-ils en sorte que ces derniers sentent que ce qu’ils disent a de l’importance ? Des questions telles que : « Dans quel pays aimeriez-vous vivre ? » ou : « Qu’est-ce que signifie l’expression “une vie bonne” ? » permettraient sans doute de créer du lien, pour faire en sorte que les gens d’un même pays, voire d’un même continent, se rejoignent sur un socle commun.

Propos recueillis par Sarah Maréchal et Jean Merckaert (pour la « Revue Projet ») et par Marie-Hélène Massuelle (pour « Responsables »). Une première version de cet entretien a été publiée dans « Responsables », n° 442, hiver 2019.

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1 Hartmut Rosa, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte, 2014.


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