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Dossier : Mobilités en Europe : où allons-nous ?

Les mobilités européennes vues d’Irlande Le dilemme de la frontière

Manifestation du parti politique irlandais Sinn Féin contre le rétablissement de la frontière, en 2015, à Belfast (Irlande du Nord). © Wikimedia Commons/Sinn Féin
Manifestation du parti politique irlandais Sinn Féin contre le rétablissement de la frontière, en 2015, à Belfast (Irlande du Nord). © Wikimedia Commons/Sinn Féin

La frontière entre les deux Irlandes est au cœur des débats sur le Brexit. Comment éviter le retour à une frontière « dure », qui impacterait grandement la vie quotidienne des habitants ? En toile de fond de ces questionnements, le douloureux souvenir de la guerre civile irlandaise…


En Irlande, les élections européennes de 2019 sont dominées par la perspective du « B-day », jour où le Brexit devrait prendre effet. Car si le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) pose des défis pour tous les États membres, il affecte l’Irlande d’une manière unique. Le point critique est celui de la frontière entre la République d’Irlande de l’Irlande du Nord, défi pour l’heure irrésolu.

La seule frontière terrestre que le Royaume-Uni possède avec une autre nation européenne est historiquement source de conflit. Si un retour à une guerre civile comme celle qui a prévalu entre 1969 et 1994 semble inimaginable, les populations locales savent qu’une frontière renforcée et sous contrôle policier représenterait une provocation aux conséquences désastreuses. Il y a environ 200 points de passages terrestres sur cette frontière longue de 500 km (contre 137 points sur la frontière est de l’Union européenne…). Ces points frontaliers passent au travers de villages et de villes. Il existe même des entreprises de petite taille où, après le Brexit, la moitié de la propriété sera dans l’UE et l’autre au Royaume-Uni ! Si cette mobilité semble faible numériquement (30 000 passages par jour), elle est vitale pour les communautés rurales que discrimine cette démarcation.

Si cette mobilité semble faible numériquement, elle est vitale pour les communautés rurales que discrimine cette démarcation.

Dans les semaines à venir, Theresa May et son gouvernement vont chercher à obtenir le soutien du Parlement britannique pour l’accord de retrait. Mais l’obstacle le plus crucial tient sans doute à la clause du « backstop ». Celle-ci stipule que, faute d’accord, aucune frontière intérieure ne sera mise en place sur l’île irlandaise elle-même : les contrôles frontaliers se feront dans les ports et les aéroports. Mais les unionistes d’Ulster y voient un premier pas vers une Irlande unifiée, tandis que les pro-Brexit récusent l’idée que les six comtés de l’Irlande du Nord (et, finalement, peut-être tout le Royaume-Uni) resteraient de facto à l’intérieur des frontières de l’Union. Les alternatives proposées sont fragiles. Les espoirs d’une solution technologique paraissent utopiques et ceux d’un compromis politique très incertains.

Le plus surprenant, pour ces élections européennes, est le retour à la vieille question qui traverse la politique de notre île : pourquoi, finalement, y a-t-il une frontière ? La « question nationale », qui gagne du terrain, fait revenir sur le devant de la scène l’héritage historique de la partition. Dès lors, la mobilité culturelle qu’a rendue possible l’appartenance de l’Irlande à l’UE pourrait être le facteur le plus décisif. La République d’Irlande est perçue comme une nation ouverte, prospère et en progrès, qui offre des occasions favorables à ses jeunes et qui est gouvernée d’une manière sérieuse et juste. Sans doute de tels sentiments ne sont-ils pas toujours partagés par l’Irlande du Nord, mais s’il devient de plus en plus difficile pour ceux qui sont nés dans les « six comtés » de voyager et de commercer, la question longtemps dormante de savoir pourquoi l’Irlande et la Grande-Bretagne ne sont pas complètement et finalement séparées pourrait être soulevée. Si cela advient, tous les paris sont ouverts.

La machine politique continue de produire des possibilités. Un Brexit « soft » pourrait certes émerger, corseté dans des accords établis, ne créant qu’un minimum de ruptures pour la vie ordinaire le long de la frontière. C’est l’issue que nous espérons, alors que la traversée de la ligne imaginaire dessinée en 1921 continue d’être sans couture. Mais si une telle issue ne pouvait prévaloir, le défi dépassera la question de la mobilité des personnes, des finances, des biens et des idées. Toute la fondation sur laquelle la vie politique irlandaise a été construite pour les dernières générations, à savoir que l’accord national appartient au futur, pourrait soudainement devenir mouvante.

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