Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Mobilités en Europe : où allons-nous ?

Les mobilités vues d’Italie Insécurité et mal-être

 @ iStockphoto.com/SbytovaMN
@ iStockphoto.com/SbytovaMN

La mobilité, principe au fondement de l’Union européenne, est devenue une menace pour les Italiens. La peur face à l’afflux de migrants et à la précarité de l’emploi en a occulté certains bienfaits, désormais considérés comme acquis.


Qu’évoque, pour les Italiens, la notion de mobilité ? Sans doute les migrations et les bouleversements en cours dans le monde du travail, en particulier ceux qui affectent les travailleurs, la mobilité étant synonyme de flexibilité. Ces deux sujets ne représentent pas toutes les facettes de la mobilité, mais sont certainement au centre de l’attention générale en Italie depuis une décennie.

L’arrivée des migrants et des demandeurs d’asile dans le pays enflamme le climat social ; elle est devenue un champ de bataille politique pour les partis. C’est surtout autour des questions migratoires que « La Ligue » de Salvini a construit son succès électoral. Les images des personnes débarquant sur les côtes italiennes après avoir traversé la Méditerranée ont suscité émotions et considérations diverses. Elles provoquent des échanges animés au sein des familles, entre amis, paroissiens ou collègues de travail. Selon une enquête réalisée en 20181, presque la moitié des Italiens (48 %) considéraient les migrants comme un danger pour l’ordre public et pour la sécurité des personnes, confirmant la division du pays à ce sujet.

Parallèlement, les transformations radicales du monde du travail s’accompagnent d’un sentiment d’incertitude face à l’avenir. Les conditions d’embauche et les modalités de travail sont de plus en plus précaires. Elles évoluent rapidement, dans un contexte européen marqué par la globalisation, l’avènement de l’économie digitale et l’ébranlement de la perception des frontières nationales, qui ne constituent plus un abri. Les médias fourmillent d’exemples d’investissements étrangers en Italie ou d’entrepreneurs italiens délocalisant leurs usines, et en soulignent les conséquences pour l’emploi. Ces changements imposent des déplacements aux travailleurs et peuvent être très mal vécus par des personnes attachées à leur stabilité géographique. Quant aux jeunes Italiens, de nombreuses analyses évoquent leur départ vers d’autres pays quand ils ont un solide bagage d’études, pour bénéficier de meilleures conditions de travail ou, tout simplement, pour en trouver un. À l’opposé se développe le phénomène des « Neet » : des jeunes qui ne travaillent ni ne sont en formation2. Les pourcentages particulièrement élevés de ces deux situations témoignent de la faiblesse des politiques publiques concernant cette tranche de la population.

Ces deux sujets ont dominé le débat avant les élections législatives de 2018 et seront à nouveau au centre de la campagne pour les élections européennes de 2019. Le rôle des institutions européennes dans ces domaines est jugé négativement. Mais il est surtout méconnu par une large partie des Italiens, même parmi ceux qui ont bénéficié d’une éducation élevée et qui disposent d’un bon travail. L’Union européenne est accusée de n’avoir pas su gérer le phénomène des migrations et d’avoir laissé l’Italie seule face à une situation exigeant une solidarité des autres États bien plus profonde et concrète.

Le terme de « mobilité » évoque ainsi insécurité, fragilité, mal-être pour une bonne partie des Italiens. Les effets positifs de la mobilité au niveau social, économique, culturel – facilitée par les mesures européennes – sont bien connus des élites. Mais la majorité tend à n’y voir qu’un acquis. Aussi bien, le débat national à ce sujet demeure bien pauvre, obscurci par d’autres manières de parler de l’Europe et de ses réalisations. Peut-être le chaos du Brexit, avec toutes ses conséquences, permettra de remettre en cause cet oubli d’autres facettes de la mobilité. L’enjeu sera de penser la mobilité à la lumière des changements en cours, pour dépasser des positions positives ou négatives a priori et engager une véritable réflexion sur la manière de penser et de décliner la mobilité au niveau européen.

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Religion et conflits

Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur, elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine. Existe-t-il des conflits à proprement parler religieux ? A priori, on serait tenté de répondre de manière affirmative au vu des incidents sanglants qui opposent des groupes et des communautés, se réclamant, de par le monde, de leurs croyances religieuses pour défendre et promouvoir des intérêts politiques. L’actualité internationale évoque avec constance ces guerres...

Ouverture: D'autres modes de vie

Nous sommes sortis d’une ère où dominait la figure de Prométhée : celle d’un rêve de puissance, où l’homme arrachait aux dieux le pouvoir, sur l’énergie, sur l’information…, pour un progrès indéfini. Ce mythe n’est plus guère porteur aujourd’hui d’un projet qui ait un sens pour la construction d’un vivre ensemble. Il est devenu une mécanique, qui tourne pour elle-même et qui du coup s’avère destructrice – pour le lien social, pour la planète, pour la vie économique elle-même.Faut-il que nous de...

Du même dossier

Les quatre piliers de l’Europe en chiffres

Mobilités des personnes, des biens, des services et des capitaux : chiffrer ces libertés, au fondement de l’Union européenne, c’est mettre en lumière les pays les plus attractifs et les inégalités que cela engendre. Les mobilités de personnes1En 2016, près de 12 millions d’Européens en âge de travailler (20-64 ans), soit un Européen sur 25, résidaient dans un pays de l’Union européenne (UE) autre que celui de leur nationalité, sans compt...

Vous avez dit mobilité ?

Un souffle d’inquiétude passe sur l’Europe, à l’approche des élections au Parlement de Strasbourg. Au-delà des multiples avis de l’opinion, des politiques ou des experts, difficile d’établir un diagnostic précis expliquant l’état de santé de l’Europe. Et de quoi faut-il s’occuper d’abord ? De la montée des idées nationales et des replis identitaires ? Des incapacités à affronter une prétendue guerre commerciale mondialisée ? La question migratoire est-elle « la » question cruciale ? Ou serait-c...

Les mobilités européennes vues d’Allemagne

L’AfD, le parti d’extrême droite allemand, a peu de chance de remporter une large victoire aux élections européennes. Ses discours xénophobes ont cependant fortement altéré le débat démocratique, forçant les autres partis à infléchir leurs positions quant aux migrations. En Allemagne, personne, ou presque, ne remettrait en cause la mobilité des biens, des services et des capitaux. La plupart des électeurs et ...

1 « Immigration : the 58 % of Italians are “worried” », doxa.it, 23/07/2018.

2 Cf. Gianfranco Zucca, « Italie : une génération précaire en quête de travail », revue-projet.com, 19/09/2018 [NDLR].


Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules