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Dossier : Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure

Comment définir la juste valeur d’une chaussure ?

© Made in Romans DR
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Qu’est-ce qui donne de la valeur à un bien ? Que faut-il rémunérer ? Les approches dominantes mènent à une impasse écologique et sociale. L’article plaide, au contraire, pour une approche relationnelle de la valeur, afin de replacer la qualité du lien social et écologique au cœur de l’analyse. C’est ce que font les fabricants de chaussures de Romans-sur-Isère.

La notion actuelle de valeur économique nous conduit dans l’impasse. Faisant le jeu du court-termisme, focalisée sur une dimension financière, elle risque de nous faire oublier ce qui compte vraiment. Elle ne reflète ni la qualité de nos vies, ni celle de nos relations interpersonnelles, ni celle de notre rapport au monde. Elle semble, en fait, complètement déconnectée de la qualité de ces relations. Or un rappel historique des approches de la valeur montre qu’il s’agit d’une construction située dans l’espace et le temps, qu’elle est le fruit de décisions politiques. Aussi convient-il de repenser cette notion de valeur, du point de vue politique, éthique et socio-économique. Nous en proposons une nouvelle approche normative, explicitement relationnelle et écologique, illustrée ici par l’industrie de la chaussure.

La valeur, une question d’abord éthique

Dans la tradition occidentale, Aristote est le premier philosophe connu à se saisir du concept de valeur (sans employer le terme). Non pas selon un angle économique, mais politique et moral : quel comportement vertueux adopter lors de l’échange1 ? Il part du cadre d’une vie politique et vertueuse qui permet de définir le juste dans les transactions volontaires, car cela met en jeu le fondement même de la communauté humaine. L’échange, entre un maçon qui a besoin d’une paire de chaussures et un cordonnier qui souhaite se loger, suivant son exemple, est alors un lien qui unit deux personnes qu’il convient de ramener à l’égalité par la reconnaissance de leurs besoins mutuels. Selon cette approche, les choses n’ont pas de valeur intrinsèque : leur valeur relève d’une subjectivité ponctuelle et unique.

L’usage du terme « valeur » (valor en latin) apparaît plus tard, au XIe siècle, conjointement à la notion de coût, dans une société médiévale en pleine mutation. En redécouvrant Aristote, Thomas d’Aquin se demande s’il est légitime de « vendre une chose plus chère qu’elle ne vaut2 » et pose la question du « juste prix », dont le prix de marché ne devrait pas s’écarter indûment3. Pourtant, à partir d’une mauvaise interprétation du maître grec, il considère l’égalisation de la valeur des ouvrages au lieu de la reconnaissance mutuelle des besoins. La justice de l’échange relève alors des productions et du labeur nécessaires et non plus de l’égalité entre pairs. Il pave ainsi la voie de l’approche moderne et utilitariste de la valeur, mais selon une utilité collective. Dans ce cas de figure, une paire de chaussures vaut autant qu’un outil nécessitant le même effort de travail, par exemple, pour peu que les deux aient une utilité sociale reconnue et acceptée de tous.

La source de la valeur fait débat

À partir de l’époque moderne, la question se renouvelle : comment la terre, le capital et le travail contribuent-ils à la création de valeur ? Smith et Ricardo considèrent que la valeur est plutôt due aux articulations inédites entre le travail des hommes, les infrastructures et les machines. C’est la théorie de la « valeur travail » qui définit la quantité objective de travail incorporé à la production : une paire de chaussures vaut alors le nombre d’heures de travail nécessaire à sa production.

Le prix du travail comme sa durée sont le plus souvent définis par le plus fort dans la relation.

Ceci dit, valeur objective ne signifie pas absence de conflit, de rapport de force ou d’exploitation, puisque le prix du travail comme sa durée sont le plus souvent définis par le plus fort dans la relation : celui qui détient la propriété des moyens de production, selon l’analyse de Marx. Dans les faits, rares sont les situations où les ouvriers de l’industrie de la chaussure, notamment en Asie, sont en capacité de négocier ne serait-ce que leur salaire. Face à de telles situations, comment fonder la valeur uniquement sur une quantité de travail incorporé dans un produit ? Faute de rendre compte de l’ensemble de ce qui compte vraiment, d’un point de vue socio-économique et politique, l’approche est réductrice.

Pour leur part, les théoriciens de la « valeur utilité », comme Jean-Baptiste Say, s’opposent aux thèses des classiques. Selon eux, le travail contribue à la création de valeur autant que la terre et le capital, mais la valeur du bien est subjective et dépend de son utilité. Pour dépasser le paradoxe énoncé par Adam Smith de l’eau et du diamant (pourquoi un bien indispensable à la vie comme l’eau a une valeur très inférieure au diamant ?), ils expliquent que la valeur correspond à l’utilité marginale : satisfaction liée à l’acquisition d’une paire de chaussures supplémentaire, dans notre exemple. Celle-ci se révèle à travers l’offre et la demande sur un marché, par le truchement de la rareté et des besoins subjectifs de chacun.

C’est aujourd’hui cette approche qui domine largement la conception de la valeur en économie, avec comme forme paradigmatique la notion de « fair value » (juste valeur) qui consiste à valoriser les gains potentiels (plus-values latentes) au risque de gonfler artificiellement la valeur des actifs. Cette notion est héritée des travaux de l’école de Salamanque4, lesquels se situaient dans le sillage de Thomas d’Aquin. Ils cherchaient à éviter la manipulation des cours ou des prix négociés entre les contractants. Pour autant, en plus de créer une vraie volatilité des comptes des entreprises, elle ne répond pas forcément à un besoin de vision à long terme, entretient une logique financière pro-cyclique et conduit finalement à une forme d’opacité de certaines opérations.

De manière plus générale, la conception de la valeur utilité qui sous-tend l’économie néoclassique pose de nombreux problèmes. D’abord, elle fait dépendre la (re)distribution d’un marché efficient et vertueux et ne s’embarrasse guère de l’impact écologique ou social des activités. Ensuite, elle néglige les droits et les libertés qui ne sont pas directement liés à l’utilité. Enfin, sa mise en œuvre nie, le plus souvent, toute représentation sociale, historique et politique par les individus, d’eux-mêmes, des autres et de leurs milieux de vie5.

Un paradigme alternatif : la valeur relationnelle

Face à ces impasses, nous retenons une conception de la valeur qui s’enracine dans une anthropologie relationnelle. Il serait possible d’en tracer une généalogie et de montrer qu’elle existe dans de nombreuses traditions culturelles, éthiques et spirituelles. D’Héraclite à Aristote, de Kant et Hegel à Mill, de Husserl à Levinas, de Ricœur à Nussbaum, une double perspective voit le jour : une conception relationnelle de l’être (qui n’est plus approché de façon fixiste et substantialiste, mais plutôt de façon dynamique et par la relation) et une conception du sujet défini par l’altérité.

Le primat donné à la qualité de la relation à l’autre inspire des perspectives philosophiques ou religieuses qui peuvent par ailleurs diverger quant au contenu à donner à l’action morale et à la vie bonne. Ainsi, la règle d’or6 est invoquée par John Stuart Mill pour critiquer une conception du bien-être général comme agrégation de ce que chacun juge utile pour lui-même. L’enjeu, pour lui, consiste à chercher son bonheur dans l’attention portée à celui des autres ; cette perspective éthique et politique est évoquée, par le philosophe agnostique, en référence directe à l’Évangile et à l’impératif catégorique kantien. Chez Martha Nussbaum, la critique de l’utilitarisme et des théories du contrat social est liée à l’anthropologie « plus exigeante » qu’elle promeut : un être humain capable de bienveillance et de justice et qu’il s’agit d’éduquer avec ce souci premier de la relation altruiste.

D’autres traditions sont le lieu de réflexions assez similaires. Par exemple, l’hindouisme et le bouddhisme, parfois caricaturés comme expression d’une perte du sujet individuel dans le « tout » ou le « rien », sont traversés par des débats profonds auxquels prennent part des intellectuels et des mystiques soucieux, avant tout, de la qualité relationnelle qui s’exprime dans le rapport des humains à la nature, aux autres, à eux-mêmes et, parfois, à la transcendance – immanente ou non. De même, l’idée de ren dans le confucianisme chinois est essentiellement relationnelle. On retrouve cette dimension dans la perspective sud-africaine de l’ubuntu : la qualité de l’intégration personnelle dans un corps social est le fondement et le but du vivre ensemble.

De cette anthropologie, nous dérivons une perspective centrée sur la qualité relationnelle. Il s’agit de proposer cet horizon à des sociétés libérales traversées à la fois par une tendance à la prédation et à l’accumulation capitaliste et par l’aptitude autocritique ouverte au pluralisme et à l’universel. Dans ce cadre, la critique interne et externe au capitalisme et à l’économie néoclassique peut aller de pair avec la recherche d’une économie productrice de relations sociales et écologiques de qualité.

C’est la raison pour laquelle, en 2013, Gaël Giraud et Cécile Renouard ont proposé avec leurs collègues un indicateur alternatif de développement humain7. Cet « indicateur de capacités relationnelles » (RCI), en lien avec l’approche par les capacités de Sen et Nussbaum, cherche à définir un critère multidimensionnel qui permette l’accomplissement de la personne, en particulier la plus démunie, dans toutes ses dimensions relationnelles.

Vers une économie relationnelle

Comment intégrer ces éléments relationnels de manière systématique dans l’économie ? Contrairement aux traditions du solidarisme, des mouvements coopératifs, de l’associationnisme et, plus récemment, de certaines formes d’économie sociale et solidaire, l’analyse économique orthodoxe ne s’intéresse que de manière anecdotique à la qualité des relations interpersonnelles au sein d’une économie.

L’analyse économique orthodoxe ne s’intéresse que de manière anecdotique à la qualité des relations interpersonnelles.

Les choses changent légèrement dans les années 1980 et 1990, avec l’introduction des notions de « capital social » et de « bien relationnel », empruntées aux autres sciences sociales. Le capital social est défini comme la somme des ressources d’un individu ou d’un groupe au travers d’un réseau durable ou de relations moins institutionnalisées. Il se décline selon deux dimensions : la distance sociale (relations inter ou intra-communautaires) et ses caractéristiques propres (micro ou macro capital, cognitif ou structurel). Mais très vite, la notion est instrumentalisée au service de la croissance du produit intérieur brut. Les biens relationnels, eux, sont définis comme un phénomène émergent, coproduit et co-consommé simultanément par deux personnes ou plus. Il en va ainsi d’un bon moment partagé avec un ami autour d’un repas, qui relève de l’émergence d’un bien immatériel, gratuit et librement consenti. Mais rien n’est dit ici des relations à distance, indirectes ou intermédiées, comme c’est le cas le long d’une chaîne de production. De même, la qualité des relations ainsi tissées (avec autrui ou notre planète) est ignorée ou très vite écartée.

L’économie relationnelle permet de dépasser ces limites. Elle fonctionne selon trois mouvements. Dans le premier, le capital social relève d’une ressource qui permet, en association avec d’autres ressources naturelles et financières, l’émergence d’une production relationnelle. Cette production peut être directe – la relation d’achat d’une paire de chaussures au commerçant de quartier – ou indirecte – la relation entre l’acheteur et l’ouvrier qui a contribué à la fabrication des chaussures, qu’il ne connaît pas et avec qui il est pourtant lié. Il s’agit d’une co-production qu’il faut d’abord comprendre de manière neutre : rien n’est dit sur la qualité de ce bien. Dans un second mouvement, il s’agit d’appliquer le critère éthique des capacités relationnelles, dont l’indicateur de capacités relationnelles permet de rendre compte, afin de discerner la qualité relationnelle du bien. On parle de « bien relationnel » lorsque l’impact de la co-production du bien est positif, tant du point de vue de la qualité des relations entre les êtres humains que des interactions avec leur milieu « naturel »8. Dans le cas contraire, on parle de « mal relationnel ». Enfin, le troisième mouvement consiste en la vérification de l’impact du bien ou du mal relationnel sur le capital de départ, qu’il soit social, naturel ou financier. Cette rétroaction peut impliquer la détérioration de la ressource (éclatement du tissu social, pollution, etc.) ou, à l’inverse, son ancrage ou sa régénération dans le cadre d’un processus vertueux. Tout l’enjeu est de promouvoir ce développement en favorisant la valeur relationnelle. Mais comment appliquer ce critère le long d’une chaîne de production ? La piste que nous suivons9 consiste à présenter les quatre grandes responsabilités de l’entreprise : politique, économique et financière, sociétale et environnementale et enfin sociale, et ce, à chaque échelle.

Romans-sur-Isère : une chaussure reliée à son territoire

L’exemple de l’industrie de la chaussure à Romans-sur-Isère est particulièrement éclairant pour comprendre la dimension relationnelle de l’économie. L’histoire de cette commune ouvrière de la Drôme est intimement liée à celle de la fabrication de chaussures depuis le XVIIIe siècle. Des entrepreneurs tels que Charles Jourdan, Robert Clergerie ou Stephane Kélian ont contribué à la renommée du « talon Louis XV » monté d’une pièce. Dans les années 1950, le secteur de la chaussure y employait plus de 1000 personnes, dans 100 unités de fabrication. Mais, au début des années 1980, suite aux difficultés de deux acteurs majeurs du secteur et à la délocalisation d’une partie de la fabrication en Italie, l’avenir de cette industrie y semblait plus que compromise et les ouvriers du secteur furent contraints au chômage.

Malgré ce contexte défavorable, les entrepreneurs du groupe Archer sont parvenus à relancer la production de chaussure à Romans-sur-Isère, en pariant sur la qualité des relations avec toutes les parties prenantes. Comment ont-ils procédé ? Dans un premier temps, le groupe rachète une partie des actifs industriels du groupe Jourdan et mobilise les ouvriers du secteur, « piqueuses » ou « coupeurs de cuir », alors en retraite ou au chômage, pour leur demander de mettre leurs compétences au service du projet et de les transmettre à une nouvelle génération d’ouvriers. Dès le départ, les élus et les collectivités locales sont impliqués dans la gouvernance de l’entreprise, dont les 100 actionnaires sont issus du territoire. Cette collaboration fructueuse permet de concevoir de nouveaux modèles, plus intemporels et de qualité. Ils lancent la marque « Made in Romans ». Cette logique de coopération, créatrice de biens relationnels authentiques, s’étend en fait à l’ensemble de l’écosystème de l’entreprise et au territoire où elle opère. Ceci illustre bien le triple mouvement que l’on vient d’évoquer : co-production de biens physiques et de biens relationnels à partir de ressources disponibles (matériaux, capital financier, compétences, liens entre acteurs) ; évaluation de cette production en termes de capacités relationnelles ; mesure de l’impact sur l’environnement économique, social, naturel, politique.

Les évaluations et mesures d’impact sont multi-critères et multi-échelles, tout au long de la chaîne de production, depuis la collecte des matériaux jusqu’au client final, en passant par toutes les personnes liées directement ou indirectement à cette industrie. Ainsi, le choix d’un fournisseur local, les Tanneries Roux, permet de limiter l’empreinte écologique et de consolider la coopération entre les entreprises du territoire. Pour prendre un autre exemple, on peut analyser la qualité des relations au sein des équipes : y a-t-il un climat de confiance, une place pour le dialogue social ? Le respect mutuel se traduit-il à travers les politiques d’intégration, de formation, de rémunération des salariés ? Le cas échéant, comment les travailleurs vulnérables sont-ils traités ? Sur le prix d’une paire de chaussures Nike ou Adidas, la part revenant aux travailleurs a baissé de 30 % entre 1995 et 2017. Cette tendance, liée au surinvestissement dans le sponsoring, se traduit par des délocalisations vers des pays moins disant socialement et écologiquement, souvent situés en Asie, où les travailleurs touchent un salaire inférieur au salaire vital10.Or la qualité des relations de l’entreprise avec ses clients, ses fournisseurs ou les territoires où elle opère se traduit dans le partage de la valeur. La part du prix de la chaussure effectivement allouée au travailleur ou au sous-traitant permet alors de voir si l’on se situe dans une logique de coopération à long terme, comme dans le cas de Romans-sur-Isère, ou au contraire dans une logique d’optimisation des coûts, qui fait peu de cas des relations avec le milieu, les territoires et les travailleurs.

La qualité des relations de l’entreprise avec ses clients, ses fournisseurs ou les territoires où elle opère se traduit dans le partage de la valeur.

S’agissant de la qualité des relations, le positionnement haut de gamme des produits reste ambivalent : reflets de la qualité d’un travail bien fait, d’une tradition culturelle, durables et esthétiques, les produits de luxe sont source de qualité relationnelle. Mais dans le même temps, le produit de luxe peut s’apparenter à un bien positionnel [bien dont la satisfaction provient de l’affirmation d’une position supérieure à d’autres, NDLR]11, vecteur de prestige ou de pouvoir, susceptible de devenir un mal relationnel, source de jalousies et de gaspillage de ressources. Cette ambivalence des produits de luxe mérite discussion. L’enjeu est précisément de favoriser le débat et le discernement autour des effets de nos traditions sur la qualité des relations. Bien évidemment, ce débat doit être démocratique et inclusif vis-à-vis de l’ensemble des parties prenantes concernées.

Ainsi, même si la performance de l’entreprise tient aussi à un positionnement concurrentiel compétitif, la coopération entre le groupe Archer et les acteurs locaux, la confiance placée dans le savoir-faire des ouvriers, leur engagement dans le projet sont autant de qualités relationnelles qui ont été déterminantes pour le succès durable de la marque « Made in Romans ». D’après Christophe Archer, qui définit son groupe comme une entreprise de territoire, « l’excellence se trouve (…) dans la manière d’entreprendre ensemble12 ». En définitive, la valeur relationnelle qui se manifeste dans le projet traduit le fondement de l’activité et les finalités visées. À l’origine, le groupe Archer avait été créé pour favoriser l’insertion des personnes sans emploi dans la Drôme, avant d’élargir son objet social au développement du territoire via la création de nouvelles activités. L’entreprise n’est pas structurée par une logique de croissance ou de profitabilité maximale, mais par une dynamique de développement territoriale partagée par l’ensemble des parties prenantes.

Mettre l’accent sur la création de valeur relationnelle est une perspective cohérente avec la visée du respect, par les entreprises et les citoyens, des conditions d’un espace de vie sûr pour l’humanité, aujourd’hui et demain. Elle est liée à la reconnaissance d’un plancher social et d’un plafond environnemental13 à l’intérieur duquel une créativité immense est possible, afin de favoriser l’émergence et le développement d’activités économiques au service de la production de liens, en même temps qu’elles produisent des biens et services. La méthodologie proposée ici à grands traits consiste à vérifier que les critères de valorisation d’une activité économique ne nuisent pas à la qualité des relations entre les personnes, les institutions et le milieu « naturel ». Elle esquisse un moyen d’orienter les entreprises vers la mise en œuvre des grands accords internationaux, de la Cop21 aux Objectifs de développement durable, et de mesurer leurs résultats.

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1 Aristote, Éthique à Nicomaque, Vrin, 1994 [traduit par Jules Tricot].

2 Thomas d’Aquin, Somme théologique, Cerf, 1984, question 77.

3 Notons que le « prix » d’un bien désigne généralement la quantité de monnaie contre laquelle ce bien peut s’échanger, quand la « valeur » désigne plutôt ce qui peut expliquer le niveau du prix.

4 Groupes de philosophes espagnols du XVIe siècle pour qui l’examen de la nature, à la lumière de la raison, permet de déterminer les sources de la morale et de la justice.

5 Jean-Michel Servet, « L’économisme rampant de la ‘nouvelle’ économie comportementale. Une lecture critique du World Development Report 2015 de la Banque mondiale », Institut Veblen pour les réformes économiques, novembre 2015.

6 La règle d’or désigne ce principe éthique fondamental que l’on retrouve dans bien des traditions religieuses ou culturelles : « Traite les autres comme tu voudrais être traité » [NDLR].

7 G. Giraud, C. Renouard, Hélène L’Huillier, Raphaële de la Martinière et Camille Sutter, « Relational capability : a multidimensional approach », Essec Working paper 1306, Centre de recherche de l’Essec, 2013.

8 Outre l’indicateur de capacités relationnelles, on pourra mobiliser les analyses des cycles de vie des produits.

9 Une piste déjà adoptée dans C. Renouard, Éthique et entreprise, L’atelier, 2015 [2013] et Swann Bommier et C. Renouard, L’entreprise comme commun. Au-delà de la RSE, Éditions Charles Léopold Mayer, 2018.

10 Collectif Éthique sur l’étiquette et le Basic, « Anti-jeu. Les sponsors laissent (encore) les travailleurs sur la touche », 2018. Voir aussi l’article de Christophe Alliot et Sylvain Ly dans ce dossier.

11 Fred Hirsch, Social limits to growth, Routledge, 2005 [1998].

12 Amandine Barthélémy, Sophie Keller, Romain Slitine, L’économie qu’on aime ! Relocalisations, création d’emplois, croissance : de nouvelles solutions face à la crise, Rue de l’Échiquier, 2017 [2013].

13 Référence est faite ici à l’image du « doughnut » proposée par l’économiste Kate Raworth ; cf. « Un espace sûr et juste pour l’humanité », Revue Projet, n° 356, février 2017 [NDLR].


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