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Trouver chaussure à son pied

Xavier Ricard Lanata
Chercheur

Quand de se chausser il est question, certains choisissent d’abord une marque, un modèle. D’autres s’enquièrent de qualités intrinsèques : durabilité, esthétique… On peut aussi s’attarder sur les conditions dans lesquelles ces chaussures ont été produites. Ou sur leur prix. Autant de critères qui, en creux, dessinent des manière...

Comment définir la juste valeur d’une chaussure ?

Pierre-Jean Cottalorda, Cécile Ezvan, Cécile Renouard et Antoine Rieu
Chercheur

Qu’est-ce qui donne de la valeur à un bien ? Que faut-il rémunérer ? Les approches dominantes mènent à une impasse écologique et sociale. L’article plaide, au contraire, pour une approche relationnelle de la valeur, afin de replacer la qualité du lien social et écologique au cœur de l’analyse. C’est ce que font les fabricants de ch...

Normes comptables : question de valeur(s)

Ève Chiapello
Chercheur

Nous retrouvons en comptabilité au moins deux objectifs donner une image de la richesse ou du patrimoine de l'entité dont on fait le compte et mesurer l'évolution de l'enrichissement Dans la perspective de dresser une liste de chiffres reflétant l'image de mon patrimoine quels éléments prendre en compte Évidemment la réponse varie dans le ...

Quand les travailleurs asiatiques revendiquent un salaire plancher

Nayla Ajaltouni
Acteur de terrain

En 2010 le Cambodge et le Bangladesh ont connu des manifestations massives de travailleurs du textile 1 à peine apaisées depuis Leur revendication Un salaire décent Un des problèmes centraux de l'industrie est en effet la persistance dans de nombreux pays de production de salaires trop bas pour permettre aux travailleurs et surtout travailleus...

Choisir ses chaussures selon ses convictions

Louise Roblin
L'équipe de rédaction

Matériaux polluants et de mauvaise qualité, délocalisations et conditions de travail indécentes, profits inégalement partagés le long de la chaîne… Les conditions de production de nos chaussures ont de quoi effrayer. Tant de dysfonctionnements pour un objet si courant ? Le consommateur peut certes se résoudre à acheter moins. Mais comme...

Relocaliser la production de la chaussure : pour quel travail ?

Daniel Bachet et Jean-Pierre Durand
Chercheur

Après avoir délocalisé des dizaines de milliers d’emplois vers des pays à bas coût de main-d’œuvre, l’industrie de la chaussure opérerait-elle le mouvement inverse ? C’est ce que peut donner à penser l’implantation en Europe et aux États-Unis d’usines fortement robotisées. Mais que devient le travail dans ces processus d’aut...

Garantir le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement

Arnaud Zacharie
Acteur de terrain

Comment imposer aux entreprises le respect de normes sociales et environnementales et le versement d’un salaire décent dans leur chaîne d’approvisionnement ? Faute d’un accord multilatéral, c’est aux États d’agir : en garantissant la transparence, en imposant aux grandes marques un devoir de vigilance en matière de droits humains et ...

Industrie mondiale de la chaussure : mettre fin à la course au moins-disant social

Clément Séhier
Chercheur

Depuis cinquante ans, les conditions de fabrication des chaussures ont été largement influencées par les stratégies de firmes multinationales en quête de faibles coûts de production. Un redéploiement qui a contribué au développement industriel de plusieurs pays asiatiques. Mais à quand un progrès social bénéficiant aux travailleurs ? D...

De l’activisme politique des cordonniers

Florence Palpacuer
Chercheur

Naguère libre de son temps et de ses idées, le cordonnier est mis sous pression par la mécanisation. Il se retrouve alors à l’avant-garde des luttes sociales. Sous-traitance et délocalisation achèvent la profession. Quelles leçons tirer de cette histoire ? Naguère libre de son temps et de ses idées le cordonnier est mis sous pression par...

Pour une économie relationnelle

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

On peut en savoir beaucoup sur quelqu'un à ses chaussures où il va où il est allé qui il est qui il cherche à donner l'impression qu'il est À cette observation de Forrest Gump dans le film éponyme1 on pourrait ajouter Quel monde il invente Car l'analyse du secteur de la chaussure objet du quotidien s'il en est en dit long sur notre système...

Sous la chaussure, l’empreinte

Louise Roblin
L'équipe de rédaction

Objet utilitaire devenu article de mode, la chaussure de sport fait aujourd’hui partie des biens de grande consommation. Pour en diminuer l’impact carbone, il importe de bien le comprendre… Objet utilitaire devenu article de mode la chaussure de sport fait aujourd'hui partie des biens de grande consommation Pour en diminuer l'impact carbone i...

Vivarte, le savetier et le financier…

Isabelle Chambost
Chercheur

Depuis 2012, le groupe du textile et de la chaussure Vivarte enchaîne plans sociaux et restructurations. Comment ne pas voir, derrière ce gâchis industriel et social, le rôle de l’industrie financière, avec ses « LBO » et ses fonds de « private equity » ? Un article pour comprendre comment l’économie se financiarise et en mesurer l’...

Nike et Adidas : les secrets du succès

Christophe Alliot et Sylvain Ly
Chercheur

Confortables, pratiques, moins chères, les chaussures de sport remportent un succès planétaire en ce début de XXIe siècle. Nike et Adidas, qui font partie des leaders du marché, en tirent d’importants profits. Surtout les actionnaires, moins les ouvrières… Grâce à quelles stratégies ? Confortables pratiques moins chères les chaussure...

Dans les chaussures d’Aldo

Aurore Chaillou
L'équipe de rédaction

Joseph Paradis que tout le monde ici appelle Aldo se demande comment ses successeurs vont faire pour s'en sortir Au printemps 2016 à 70 ans il a cédé son petit atelier de chaussures à Pontacq dans le Béarn C'est sa carrure qui lui avait valu son surnom dès l'enfance en référence à un célèbre rugbyman Aldo a commencé à travailler dans ...

Chaussures « Made in Béarn » : pourvu que ça dure

Aurore Chaillou
L'équipe de rédaction

Il y a une soixantaine d’années, Pontacq (Pyrénées-Atlantiques) comptait près d’un millier d’ouvriers dans les secteurs de la tannerie et de la chaussure. Mais comme ailleurs en France, la production a décliné, du fait de la concurrence asiatique notamment. Un petit atelier, Le Soulor, refuse pourtant de se résigner. Il y a une soixant...

Nu-pieds, déchaussés ou bien dans ses pompes ?

Marcel Rémon
L'équipe de rédaction

Une sacrée chaussure Retire les sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte Exode 3 5 L'injonction de Yahvé à Moïse montre combien la chaussure est liée au sacré En négatif ou en creux Être nu pieds est un signe de respect et d'humilité dans la plupart des religions Les musulmans se déchaussent avant d'entrer d...

Question en débat : Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure
© Cellular immunity/Flickr
© Cellular immunity/Flickr

Normes comptables : question de valeur(s)


Nous retrouvons en comptabilité au moins deux objectifs : donner une image de la richesse ou du patrimoine de l’entité dont on fait le compte et mesurer l’évolution de l’enrichissement. Dans la perspective de dresser une liste de chiffres reflétant l’image de mon patrimoine, quels éléments prendre en compte ? Évidemment, la réponse varie dans le temps. Prenons un cas classique : vous êtes une entreprise qui a investi dans du matériel il y a quelques années. Ce matériel vous sert toujours, mais si vous essayez de le vendre, personne ne veut l’acheter, donc il ne vaut rien sur le marché et pourtant il vous sert à vous. Est-ce que ce matériel fait partie du patrimoine ? Avec une machine, je peux considérer qu’elle sera soit au prix de zéro, soit au prix que coûterait une nouvelle machine si on devait la racheter, soit au prix qu’on l’a achetée autrefois.

On n’est pas obligé de considérer que ce qui a de la valeur est ce qui a de la valeur sur le marché. On peut distinguer trois types de valeur : on pourrait dire que la valeur du brevet, c’est le temps que l’on a passé – ou l’ensemble des dépenses réalisées – pour développer cette innovation, mais aussi combien on est prêt à me l’acheter à l’instant t, ou ce que j’espère gagner à l’avenir avec ce brevet.

Décider de la bonne norme comptable

Les pratiques comptables ne sont normalisées que depuis à peine un siècle. Auparavant, les marchands et les entreprises tenaient leurs comptes comme ils le souhaitaient, ce qui signifiait d’ailleurs que, d’une année sur l’autre, les profits variaient selon les intérêts de celui qui avait la main sur les comptes. L’encadrement de la comptabilité par la puissance publique se cristallise à partir de la crise de 1929 aux États-Unis. La Securities and exchange commission, créée en 1930, va s’assurer que les comptables encadrent le rendu de comptes des entreprises (uniquement les sociétés cotées). En France, c’est à partir de la Première Guerre mondiale que l’État s’intéresse aux comptes des entreprises, avec la naissance de la fiscalité sur le revenu ou sur le profit. Après la Seconde Guerre mondiale, l’État fera aussi de la comptabilité un outil de pilotage macro-économique.

Le tournant majeur dans les normes comptables européennes se décide dans les années 2000. Il consiste, pour toutes les entreprises cotées de l’Union européenne, à adopter un seul jeu de normes pour les comptes consolidés. Ce jeu de normes est fabriqué par une petite officine privée basée à Londres, créée en 1973, l’International accounting standards committee (devenu depuis l’IASB, « b » signifiant « board »). Ces normes, avec force de loi, introduisent la fameuse notion de « juste valeur » : il faudrait mettre dans les comptes pour les actifs concernés, non pas les valeurs historiques (combien m’a coûté cette machine, etc.), mais la valeur de marché. Et quand il n’y a pas de valeur de marché, il s’agit de prendre une valeur modélisée : une valeur attribuée à partir d’une estimation des flux futurs.

Dans un bilan en coûts historiques, les choses sont en attente. Tout ce que l’on a acheté va nous servir dans le futur : ce qui compte est avant tout le compte de résultats où viennent s’enregistrer les consommations réalisées la période où elles le sont. Mais avec la comptabilité en juste valeur, le compte de résultats a perdu de son utilité. Ce qui compte, c’est de valoriser le bilan au moment présent. Dans le premier cas, ce qui compte est l’activité de fabrication, de production. Dans le second, c’est la valeur globale de ce que l’on possède et la valeur de revente. Dans un cas, on va s’enrichir en fabriquant, en vendant, etc., mais dans l’autre, on peut s’enrichir de bien d’autres façons, chaque fois que la valeur du bilan monte. Si on achète quelque chose et que sa valeur monte, sans que l’on n’ait rien fait, on s’est enrichi : un profit de spéculation est reconnu très rapidement. L’économiste Irving Fisher a théorisé cette forme d’évaluation dans The nature of capital and income (The Macmillan company, 1906) : il y affirme que le capital doit être valorisé par l’estimation de l’ensemble des flux futurs associés, c’est-à-dire des profits estimés. Cette nouvelle conception va bien sûr favoriser le capital financier dans les entreprises.

Ce débat sur les conventions d’évaluation a d’abord existé entre comptables. Au début du XXe siècle, on observait une prépondérance des « inductifs », qui souhaitent se fonder sur l’expérience et les bonnes pratiques pour en tirer des normes. Mais peu à peu, les « déductifs » ont pris le pas, affirmant qu’il fallait d’abord conceptualiser la bonne norme comptable pour refléter une définition correcte du capital. Petit à petit, les comptables dans leur ensemble ont adopté cette nouvelle manière de penser, en imposant lentement une définition ancrée dans la définition économique « fisherienne » des actifs, notamment à partir de l’International accounting standards committee londonien. Il aura ainsi fallu presque un siècle pour intégrer le futur et la spéculation dans les bilans, ce qui permet d’assouplir leur contrôle, dans la mesure où il est toujours plus facile et subjectif de se prononcer sur l’avenir. Avec l’adoption des normes IFRS (pour « International financial reporting standards ») au niveau européen en 2005, nous assistons à une intégration de cette nouvelle vision du capital.

Cet article est constitué d’extraits d’un entretien accordé par Ève Chiapello à Édouard Jourdain, publié le 12 septembre 2017 par « Conventions » (http://convention-s.fr) sous le titre « Enjeux et histoire des normes comptables ».

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