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De nouveaux repères pour changer de cap

Hélène Combe de la Fuente Martinez
Chercheur

Changer de repères, c’est possible. Dans les Pays de Loire et à Mulhouse, des groupes de citoyens tentent des aventures collectives pour décider ensemble de ce qui compte. Changer de repères c'est possible Dans les Pays de Loire et à Mulhouse des groupes de citoyens tentent des aventures collectives pour décider ensemble de ce qui compte Il...

"Qui décide de ce qui compte" à la radio

Florence Jany-Catrice et Revue Projet
L'équipe de rédaction

Le dernier numéro de la Revue Projet fait débat ! Retrouvez l'émission "Le temps de le dire" sur RCF consacrée à la richesse des nations. Le dernier numéro de la Revue Projet fait débat Retrouvez l'émission Le temps de le dire sur RCF consacrée à la richesse des nations Avec l'économiste Florence Jany Catrice Anne Sophie Delecroix respon...

Ne laissons pas les comptables régler leurs comptes entre eux

Jean Merckaert
Chercheur

Qui édicte les normes qui régissent les comptes des entreprises ? L’International Accounting Standards Board (IASB), une fondation d’experts inconnue de la majorité d’entre nous. Soustraite au débat public pour cause de technicité, la question de l’élaboration des normes est pourtant éminemment politique. Qui édicte les normes qui r...

Vivre en harmonie : le projet politique des Sarayaku

Daniel Santi
Vu d'ailleurs

Entretien - En Amazonie équatorienne, le peuple sarayaku résiste depuis trente-cinq ans aux compagnies et aux gouvernements qui veulent exploiter le pétrole sur son vaste territoire. Pour mieux faire comprendre son combat, il développe aujourd’hui ses propres indicateurs de richesse, autour d’un concept, le « sumak kawsay ». Rencontre ave...

Comment le Pib a pris le pouvoir

Dominique Méda
Chercheur

Il sert de baromètre pour la croissance, pour l’emploi, pour l’endettement acceptable. Pourtant, le Pib n’a pas cent ans ! Et il repose sur une vision particulière de la richesse d’une société : celle des économistes. Laissant de côté la cohésion sociale, le patrimoine naturel, les services publics ou la production domestique. Retou...

Insee : « On ne sait pas mesurer ce qui n’a pas de prix »

Philippe Cuneo et Jean-Luc Tavernier
Acteur de terrain

Le Pib a ses détracteurs, mais aussi ses partisans. Si l’Insee mesure désormais les inégalités de patrimoine et d’accès au logement, ou encore l’empreinte carbone, il s’agit, pour le directeur général de l’institut et son bras droit à la méthodologie, de compléter l’indicateur, non de le remplacer. Le Pib a ses détracteurs ma...

Entreprises : tenez compte de votre réputation !

Max de Chantérac
Acteur de terrain

Si les entreprises investissent dans des démarches de RSE, c’est que leur réputation a de la valeur. Pourquoi ne pas intégrer celle-ci dans les comptes de l’entreprise, en y associant salariés et parties prenantes ? La proposition, formulée par un homme du métier, ne manquera pas de faire débat. Si les entreprises investissent dans des d...

La nature n’a pas de prix, mais sa maintenance a un coût

Jacques Richard
Chercheur

Beaucoup proposent de chiffrer, dans les comptes des entreprises ou d’une nation, les coûts des dommages infligés à l’environnement. Un exercice approximatif et périlleux. La tradition comptable, fondée sur la prudence, permet pourtant d’imaginer des solutions plus durables. Jacques Richard en propose une, particulièrement innovante. Be...

Pourquoi ne change-t-on pas plus vite d’indicateurs ?

Ève Chiapello
Chercheur

Les modes d’évaluation de la richesse d’un pays ou d’une entreprise sont à ce point contestés que l’on comprend mal pourquoi le changement d'indicateurs, ce n’est pas encore maintenant. C’est ignorer qu’un tel chantier masque une contestation des savoirs, des pouvoirs en place, et finalement une remise en cause du capitalisme. Les ...

Comptes rendus

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Le rôle que nos sociétés font jouer au produit intérieur brut Pib est proprement inédit Nous voilà contraints de scruter sa progression trimestre après trimestre à la décimale près De lui dépendraient notre prospérité nos emplois nos finances publiques notre cohésion sociale notre place dans le monde Jusqu'à lui donner valeur consti...

Quand mesurer devient maladif

Florence Jany-Catrice
Question de sens

La floraison de nouveaux indicateurs ouvre un débat bienvenu sur ce qu’est la richesse, là où nos sociétés ont confié à des chiffres prétendument neutres le soin de les piloter. Mais attention : il serait illusoire de tout vouloir mesurer, dangereux de donner un prix à tout (y compris, la destruction de l’écosystème) et fou de laisse...

Iso 26000, un processus d’élaboration inédit

Michel Capron
Chercheur

De quoi une organisation est-elle responsable envers la société ? À cette question, entreprises, États, syndicats, consommateurs et ONG apportent des réponses contrastées. L’Iso 26 000, qui édicte des lignes directrices en la matière, les a réunis. Chronique de leur élaboration avec Michel Capron, témoin privilégié du processus. De q...

Nouveaux indicateurs de richesse : la mainmise des experts

Jean Gadrey
Chercheur

On assiste depuis près d’une décennie à une floraison d’indicateurs qui viendraient contrecarrer le produit intérieur brut. L’économiste Jean Gadrey pointe ici leurs limites et insiste sur la nécessité d’un processus démocratique préalable à la mise en place de tels instruments de mesure. On assiste depuis près d'une décennie à...

Bhoutan : c’est quand le bonheur ?

Hans et Wallapa van Willenswaard et Patrick Viveret
Vu d'ailleurs

Pour résister au modèle économique occidental, le Bhoutan a inventé le « bonheur national brut » (BNB). Mais peut-on mesurer le bonheur ? Le roi peut-il en décider seul ? Que change concrètement cet indicateur ? Pourquoi est-il à la mode ? A-t-il vocation à remplacer le Pib (produit intérieur brut) ? Entre les promoteurs thaïlandais du ...

Dossier : Qui décide de ce qui compte ?
©Aurore Chaillou/Revue Projet
©Aurore Chaillou/Revue Projet

Pourquoi ne change-t-on pas plus vite d’indicateurs ?


Les modes d’évaluation de la richesse d’un pays ou d’une entreprise sont à ce point contestés que l’on comprend mal pourquoi le changement d'indicateurs, ce n’est pas encore maintenant. C’est ignorer qu’un tel chantier masque une contestation des savoirs, des pouvoirs en place, et finalement une remise en cause du capitalisme.

Les textes rassemblés dans ce dossier soulignent tous le caractère conventionnel, construit au travers de l’histoire, des indicateurs utilisés pour piloter tant l’économie des pays (indicateurs de richesse) que celle des entreprises (référentiels comptables). Les limites des formes de quantification actuellement dominantes sont largement documentées et les propositions alternatives ne manquent pas. Mais, du diagnostic à la mise en œuvre d’un changement, il y a un pas qui ne semble pas près d’être franchi. Aussi est-il intéressant de réfléchir aux forces qui pèsent en faveur d’un statu quo.

Sur ce sujet comme sur bien d’autres, une normalisation internationale et européenne est en vigueur. Les comptes des nations, comme ceux des entreprises, sont soumis à des normes qu’un pays, à lui seul, n’est pas en mesure de changer. Il y faudrait l’action concertée d’acteurs suffisamment puissants pour que l’adoption commune de normes alternatives produise un ébranlement international. S’il n’est pas nécessaire de mettre d’accord tout le monde, au moins faut-il quelques alliés de poids. Par ailleurs, les systèmes de quantification sont encastrés dans une multitude de dispositifs administratifs et économiques (fiscalité, critères de Maastricht, modélisations macro-économiques qui assistent les choix des gouvernants…) qui leur donne une solidité et une épaisseur bien supérieures à celles de simples chiffres. Ce sont tous ces rouages et leurs implications qui doivent être revisités. Il s’agit d’en défaire les fils, pour les nouer autrement. On ne saurait négliger l’énorme énergie, notamment intellectuelle, nécessaire à cela.

Routines idéologiques

Opter pour de nouveaux indicateurs suppose aussi un changement de paradigme et une transformation du regard tels que nombre de réflexes professionnels, acquis par les hauts fonctionnaires, les économistes qui les conseillent ou les responsables d’entreprise, deviendraient caducs. Experts et professionnels sont-ils prêts à accepter que les compétences qui fondent leur pouvoir deviennent obsolètes ? L’adoption d’indicateurs alternatifs modifie à ce point la compréhension des mécanismes de production de la richesse que beaucoup ne sont tout simplement pas capables de l’accepter. Car les idées qui nous gouvernent sont des idées du passé. Il faut compter avec l’arrivée d’une nouvelle génération de décideurs, formés dans la critique des indicateurs dominants et dans la compréhension de leur nécessaire dépassement, pour lever les résistances et faire bouger les représentations dominantes. Aussi ne doit-on pas cesser d’alimenter le débat sur ces questions, de façon à ce qu’elles entrent dans la formation des esprits le plus tôt possible.

Experts et professionnels sont-ils prêts à accepter que les compétences qui fondent leur pouvoir deviennent obsolètes ?

Ce poids du passé, des intérêts et des positions de pouvoir explique que les réformes les plus susceptibles d’être adoptées rapidement sont les moins radicales, mettant le moins en cause le paradigme actuel. Ainsi est-il plus facile, aujourd’hui, de repenser la question de la richesse en ajoutant au capital économique un capital naturel et un capital humain. Les solutions qui perturbent le moins les « savoir-penser » et « savoir-modéliser » des économistes risquent d’être les plus tentantes. Et ce sont bien ces modèles qui sont promus par les Nations unies ou la Banque mondiale. Là encore, au lieu d’entreprendre une véritable réflexion sur la façon dont on veut piloter l’économie, les rails de la pensée et les réflexes professionnels nous guident. Le défaut d’investissement sur des innovations de rupture, dans le domaine intellectuel comme dans celui des énergies renouvelables, est une faiblesse des temps actuels gouvernés par le culte de la rentabilité et du court terme.

Les routines idéologiques pèsent aussi du côté des réformateurs du capitalisme, qui continuent à opposer la question sociale à la question écologique. Le Pib (produit intérieur brut) et la croissance sont intimement associés dans les esprits à la création d’emplois. Peu importe que ceux-ci ne servent qu’à reboucher partiellement des trous créés par d’autres emplois. Peu importe que le système global coure à sa perte. Changer les indicateurs, c’est envisager une transformation du système économique, des secteurs d’activités et des façons de produire et de consommer qui aura bien sûr des impacts sociaux. Néanmoins, les acteurs politiques, quelle que soit leur couleur, commencent à comprendre qu’il est impossible de dissocier la question sociale de la question environnementale. Le fait que les pauvres soient les premiers touchés par les problèmes environnementaux souligne l’irresponsabilité de ceux qui pensent encore que les considérations écologiques sont une « préoccupation de riches ». Il est évident que pour réussir la transition écologique, il faut prendre au sérieux ses conséquences sociales et y apporter des réponses, sans quoi elle sera tout simplement impossible. Si la prise en compte de cette double contrainte progresse, le monde qui se dessine est loin du nôtre, bien plus que si une seule de ces contraintes était prise en charge. La radicalité de l’intention est difficile à assumer, quand le changement ne peut se faire que par étapes.

Redéfinir le profit

Enfin, comment concevoir autrement la richesse des nations sans redéfinir, aussi, le profit ? L’indicateur du Pib est aligné sur une conception de la valeur ajoutée partagée avec les entreprises. Changer la définition du profit, son calcul, c’est finalement attaquer le capitalisme à la base.

Changer la définition du profit, son calcul, c’est attaquer le capitalisme à la base.

Comme l’impôt sur le revenu a entamé la domination bourgeoise au début du XXe siècle, une autre définition du profit interroge la rémunération des apporteurs de capitaux. Mais puissants sont les intérêts visant à faire peser le moins possible les coûts des externalités négatives de l’économie sur les entreprises.

Face à de tels enjeux, restera-t-on tétanisé ? Se mettra-t-on en mouvement ? L’histoire a vu s’opérer des mutations considérables en quelques générations, même si le poids du passé pèse toujours sur le chemin, même si l’on compose avec les hommes et les femmes de son temps. La liste des difficultés que nous venons de dresser ne signifie pas que le changement est impossible. Mais il sera long et complexe. Il exige que l’on s’y investisse. Dès aujourd’hui.

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