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Dossier : Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure

Vivarte, le savetier et le financier…


Depuis 2012, le groupe du textile et de la chaussure Vivarte enchaîne plans sociaux et restructurations. Comment ne pas voir, derrière ce gâchis industriel et social, le rôle de l’industrie financière, avec ses « LBO » et ses fonds de « private equity » ? Un article pour comprendre comment l’économie se financiarise et en mesurer l’impact.

« Un savetier chantait du matin jusqu’au soir ». Ce faisant, il tire de sa somnolence un financier, auquel la peur de se faire voler a ôté le sommeil. Ce dernier donne 100 écus à l’artisan, qui en perd et le dormir et la joie de vivre. Quelque temps plus tard, le savetier rend l’argent, afin de retrouver « ses chansons et son somme ». Aujourd’hui, quelle fable écrirait la Fontaine ?

Une fable contemporaine

Le savetier du XVIIe siècle a cédé la place à une industrie mondialisée de la chaussure, économiquement insérée dans des chaînes de valeur globales. Une industrie en prise également avec le déploiement, à des degrés divers, de logiques financières qui se sont sophistiquées depuis le XVIIe siècle. Ces dernières conduisent non seulement à canaliser la valeur au profit des actionnaires et des investisseurs – au détriment des acteurs sociaux et sociétaux – mais aussi à changer les règles du jeu. Le cas du groupe Vivarte est à ce titre emblématique.

À la captation de la valeur (en jouant sur la mise sous tension des processus de fabrication et de vente) se superpose une valorisation des entreprises fondée sur des prix de marché insérés dans des logiques spéculatives. L’emprise sur les richesses s’opère ainsi au fur et à mesure de leur création mais, plus profondément encore, à travers la captation anticipée des richesses à venir. Les processus productifs, orientés vers l’atteinte d’une valeur prédéfinie particulièrement élevée au regard du potentiel économique, supportent les risques liés à la non atteinte de ces objectifs.

Un financier, évaluant à 400 cents écus le sommeil et le bonheur du savetier, propose à ce dernier 100 écus et lui fait supporter la dette correspondant aux 300 autres, en calculant que, dans cinq ans, il les revendra à un autre pour 1000 é

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