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Dossier : Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure

Trouver chaussure à son pied

iStockphoto.com/shutter_m
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Quand de se chausser il est question, certains choisissent d’abord une marque, un modèle. D’autres s’enquièrent de qualités intrinsèques : durabilité, esthétique… On peut aussi s’attarder sur les conditions dans lesquelles ces chaussures ont été produites. Ou sur leur prix. Autant de critères qui, en creux, dessinent des manières de faire société. Ou de réinventer le monde.

Commençons par évoquer les chaussures de mon ami Lionel. La première fois que je le vis, je fus d’emblée impressionné par sa démarche chaloupée. Il avançait, dans la lumière de cette fin d’après-midi, sur le trottoir parisien qu’il foulait comme monté sur ressorts. Quel genre de chausses pouvait bien lui procurer cette enjambée ? Élastique, sa prise d’appel, amortie, sa réception, Lionel marchait en suspension hydraulique, comme la DS (Barthes aurait dit « déesse ») de mon grand-père. Il portait en effet une paire de godasses tout à fait singulières, cousues par le milieu, en cuir souple, presque un gant. « Touche, tu verras », me dit-il aussitôt. « Et puis, regarde, posées sur cette semelle de latex, d’un seul tenant, un patin, non ? Elles m’ont coûté cher, mais je ne les quitterai plus ! Il me suffit de les porter au cordonnier pour les ressemeler ad infinitum, tu vois ! » Fier de sa trouvaille, pour sûr. Je tâtais le cuir, un peu surpris, et dus admettre qu’il y avait là quelque chose de radicalement neuf, d’inusité. Et pourtant, j’y reconnaissais aussi la marque de l’antique, de l’inaltérable. Les chaussures de Lionel me faisaient penser aux moufles pour pied dont Uderzo affuble ses Gaulois (et qui d’ailleurs ne ressemblent guère aux godillots historiques). Mais avec quelque chose de contemporain : le geste révolutionnaire de celui qui se refuse au prêt-à-porter tout autant qu’au prêt à penser. Qui n’entend pas se soumettre au diktat de la mode et de la chaussure jetable. Qui fait de sa chaussure l’enrobage de son pied, un second derme, une enveloppe sur mesure, mais plus encore « sur commande », répondant aux exigences orthopédiques autant qu’à celles de l’imaginaire. Lionel s’était représenté sa chaussure avant que de l’enfiler chez son cordonnier spécialisé. Il l’avait presque

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