Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Institutions déboulonnées, savoir scientifique piétiné, médias dévoyés ou mis au pas, associations muselées, pratiques autoritaires renforcées y compris dans des pays que la vague réactionnaire n’a pas totalement emportés… La présidence Trump nous en dit assez du sacrifice de nos libertés communes au nom de « la liberté, bordel ! »1. À ce fascisme qui s’installe ou advient, comment résister ?
Ce numéro de la Revue Projet entend apporter de nouveaux éclairages sur ce moment de l’Histoire qui ébranle tout notre héritage politique, social et citoyen. Il invite, surtout, à dépasser nos sentiments d’impuissance. Car l’acte de résistance est d’abord une question posée à nous-mêmes : à nos compétences, à notre légitimité à agir comme à nos biais et à nos aveuglements.
Qu’avons-nous refusé de voir ? Cette interrogation sous-tend notre entretien avec Federico Tarragoni, qui en soulève une autre : celle de notre capacité à générer du collectif. Cette dernière engage nos aptitudes à nouer du dialogue dans un climat de polarisation aiguë, prévient François-Xavier Demoures, mais aussi à penser des valeurs communes, comme le rappelle Sophie Wahnich. Car on entre en résistance pour autre que soi.
Les multiples résistances qui s’organisent jaugent la survie de l’État de droit. La solidarité pacifique avec la cause palestinienne, relève Alain Gresh, suscite autant, voire plus, de répression que les expressions parfois violentes de soutien au Tiers-Monde des années 1960 et 1970. Le droit est même brandi pour étouffer des mobilisations et invisibiliser ceux qu’elles concernent, comme dans l’affaire du pipeline de Standing Rock que nous décrit Jean-François Julliard.
Malgré les obstacles, des consciences s’éveillent ou se réveillent : pour la défense de l’environnement, de la production scientifique ou du sort des migrants. Les enseignements de l’Histoire justifient des prises de risque comme celles, récentes, d’intellectuels et d’associatifs brésiliens durant la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2023). Or, résister appelle souvent au sacrifice de soi, analyse Adrien Louandre.
Face au retour de la bête dans ses formes contemporaines, retenons trois impératifs : avec Vincent Edin, réguler l’information et ses pratiques ; avec René de Nicolay, réécrire le nom d’une liberté confisquée ; avec Jean-Frédéric Schaub, recharger un universel perdu de vue dans la fragmentation des luttes. Sans oublier, nous y exhorte Salomé Saqué, ces liens d’amour et d’humanité que résister fait exister.
1 Slogan de campagne du président ultralibéral argentin Javier Milei.