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Les composantes du trumpisme exercent aujourd’hui une double pression sur l’héritage des Lumières, qui s’efforce d’articuler autonomie individuelle et recherche du bien commun. C’est à cet équilibre qu’il s’agit de redonner du souffle.
La remise en cause de la participation au système social (au sens large) est un phénomène dont l’évaluation doit être prudente. Nous n’assistons pas à une sécession généralisée : les impôts et cotisations rentrent à plus de 93 %, les automobilistes ne contestent pas en masse les amendes qu’ils reçoivent, le territoire ne se fragmente pas en multiples ZAD – de gauche ou de droite.
Mais on discerne, à bas bruit, des tendances nouvelles. Leur analyse est notoirement difficile en sociologie et en science politique : rien ne dit, lorsqu’on les étudie, qu’elles prendront un jour l’ampleur d’un phénomène majoritaire. Elles révèlent toutefois la diffusion d’arguments, de perceptions, de plis de la pensée qui travaillent les membres du corps social. Même si elles n’aboutissent pas, à terme, à bouleverser l’existant, elles peuvent l’affaiblir, le modifier, le reconfigurer.
C’est bien le cas de la contestation des liens sociaux comme la redistribution. Ainsi l’institut économique Molinari, think tank d’obédience ultra-libérale, a-t-il célébré le 18 juillet dernier le « jour de libération fiscale et sociale », à partir duquel « le salarié moyen devient libre d’utiliser, comme il le souhaite, les fruits de son travail ». Le concept, d’origine américaine, a été introduit en France à la faveur du mouvement des « Nicolas qui paient ».
Le mouvement des « Nicolas » témoigne d’une pénétration du libertarianisme au sein de l’opinion.
À l’origine, un compte X créé en octobre 2023, qui prend de l’ampleur à partir du printemps 2025, quand le débat public en France se cristallise autour de la question de la dette. « Nicolas » se présente comme un trentenaire supportant, par son travail, le train de vie des retraités (« Bernard et Chantal ») et des immigrés (« Karim »).
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