Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Sortir du déni face à ce moment de l’Histoire appelle à recharger un récit utopique. Protéger la vie, reconnaître la dignité universelle et rouvrir l’avenir deviennent des exigences pratiques et morales qu’il faut revendiquer.
Il y a des corps vivants et des corps morts. C’est facile à distinguer, mais plus difficile de dire si les corps morts sécrètent tous et pour tous le même rapport au sens, aux valeurs.
Et puis il y a des morts-vivants et des vivants-vivants. C’est parfois plus difficile à distinguer. Certains morts-vivants donnent le change jusqu’au burn-out, jusqu’au suicide, jusqu’au geste criminel, jusqu’à l’extinction du désir de transmettre la vie comme telle et le sens de la vie. Extinction de lignées d’humains mais aussi sixième extinction des vertébrés, disparition des lucioles et de tant d’insectes, campagnes silencieuses même au printemps…
Faire société politique suppose à la fois de protéger les corps vivants – éloigner la mort violente, la faim, la maladie, la guerre –, et protéger les lignes de vie, c’est-à-dire le sens que l’on peut donner à des existences humaines et aux milieux de vie qui portent l’existence de tout être vivant, lignes de vies au pluriel donc, de tout ce qui vit.
Si nous avons à refonder un monde, ce sera dans un monde abîmé.
Faire société démocratique ou antifasciste suppose de refuser que l’on choisisse parmi les corps vivants à protéger, suppose aussi que soit interdit de faire reposer le sens sur la jouissance de la mort de l’autre, mort du corps de l’autre, mort du sens de la vie pour l’autre, mort des milieux de vie, mort des arbres, des oiseaux, des insectes, des poissons, mort des villes, des groupes, des cultures.
Résister au fascisme, ce serait se donner les moyens de protéger les lignes de vie après l’exténuation néolibérale capitaliste puis maintenant fasciste que nous vivons. Si nous avons à refonder un monde, ce sera dans un monde abîmé.
Abîmé nous le savons déjà depuis longtemps, par la sédimentation des blessures de la domination économique, le capitalisme, la do
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