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Deux tendances fondamentales ont favorisé l’actuelle offensive réactionnaire : une combinaison inédite de l’État de droit et de l’arbitraire, et une individualisation des sentiments d’oppression qui pèse sur les espoirs de résistance. Explications.
Retrouvez cette discussion en podcast.
L’offensive réactionnaire que nous connaissons à travers le monde traduit-elle l’impuissance à se dresser contre ce qui l’a provoquée ?
Frederico Tarragoni – Elle est un aveu d’impuissance en tant qu’elle consiste à rendre l’État davantage impuissant dans la régulation des injustices sociales. Mais elle suppose aussi, parallèlement, un renforcement de l’État.
Dans des pays comme l’Argentine de Javier Milei, les États-Unis de Donald Trump, l’Italie de Giorgia Meloni ou la Hongrie de Viktor Orbán, on n’assiste pas simplement à une dérive autoritaire. Nous sommes face à un système qui conjugue l’État de droit et l’arbitraire comme sources juridiques.
De ce point de vue, nous sommes dans une certaine continuité vis-à-vis du néolibéralisme autoritaire qui a déjà installé cette idée que, pour garantir les marchés, la compétitivité, la productivité de l’économie, il ne faut pas s’encombrer du respect de la loi, de l’État de droit, du vote.
Mais un saut qualitatif a eu lieu puisque l’état d’exception se lie désormais à la volonté du chef de bâillonner les oppositions et de conquérir un État « profond » jugé hostile, des administrations publiques qui feraient résistance, un champ culturel irrémédiablement « de gauche ». Ainsi, l’état d’exception devient quasi permanent.
Cette combinaison entre État de droit et arbitraire fait-elle la différence avec la période de l’entre-deux-guerres mondiales ?
On pourrait le penser de prime abord, mai
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