Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Emploi : où est-ce qu'on va ?

Le monde chaotique des grandes entreprises

© Andrii Yalanskyi/iStock
© Andrii Yalanskyi/iStock

De plus en plus de grandes entreprises cherchent un modèle de développement plus durable et inclusif. Or le chemin reste semé d’embûches pour des acteurs en quête de boussoles.


Stupeur dans le landerneau économique : le 23 novembre 2020, Danone annonce un plan de suppression de 2 000 emplois dans le monde, dont 400 à 500 en France. « C’est la survie de l’entreprise qui est en cause », justifie Emmanuel Faber, son président-directeur général (PDG) tout juste démissionné. Il s’agit de réaliser une économie d’un milliard d’euros d’ici à 2023 avec, en ligne de mire, le retour d’une marge opérationnelle de 15 % dès 2022. Si les salariés veulent bien entendre l’impact de la crise sur le chiffre d’affaires de la multinationale, ils ont en revanche beaucoup plus de mal à admettre que, sept mois plus tôt, 1,5 milliard d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires. De quoi écorner l’image sociale d’un patron considéré comme l’un des plus vertueux du CAC 40…

Cette séquence en dit long sur le chemin pavé d’embûches que se disent prêtes à emprunter un nombre croissant de grandes entreprises pour tourner la page d’un modèle de développement à bout de souffle. Nestlé soutient l’agriculture génératrice pour protéger les sols et les ressources, L’Oréal s’engouffre dans le recyclage à l’infini de l’eau utilisée dans ses usines, La Poste électrifie ses véhicules à tour de bras, quand même Total fait un pas vers les énergies renouvelables. Et si chacun abat ses cartes pour prendre résolument le tournant écologique, les initiatives visant à combattre les inégalités ont, elles aussi, le vent en poupe.

En quête d’une « raison d’être »

En décembre 2018, treize entreprises pionnières, parmi lesquelles BNP Paribas, Carrefour, Renault ou encore Adecco, créaient le « collectif des entreprises pour une économie plus inclusive ». Celui-ci fédère aujourd’hui 35 membres avec 1,5 million de salariés en France, répartis sur 60 000 sites dans l’ensemble du territoire. Au programme : développement de l’apprentissage pour accueillir prioritairement les jeunes les plus défavorisés, et développement des joint-ventures sociales (JVS), ces alliances entre une entreprise classique et une entreprise de l’économie sociale et solidaire.

Portés par la loi Pacte (le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), les grands groupes se bousculent aussi au portillon pour se doter d’une « raison d’être », à l’image d’Orange ou de Véolia. D’autres vont un cran plus loin en devenant « société à mission ». La mesure emblématique de la loi promulguée en 2019 fait suite aux propositions de Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, et de Jean-Dominique Senard, ancien PDG de Michelin et aujourd’hui président de Renault. Au centre de ce mouvement multiforme, l’envie d’inscrire un nouveau chapitre dans l’histoire du capitalisme, sans tourner le dos au profit. Les « raisons d’être » des entreprises soulignent que celui-ci n’est qu’un outil pour promouvoir l’accès de tous à une alimentation saine, à l’eau, aux réseaux, à la mobilité durable…

Il n’y a pas de modèle de transition qui pourrait être décuplé de manière uniforme.

Si le risque de greenwashing n’est pas exclu, ces engagements ne se résument pas à des slogans totalement creux. Car les grandes entreprises sentent bien le vent du boulet siffler à leurs oreilles : le changement climatique menace leur existence, les inégalités siphonnent les réserves de consommateurs et ternissent leur réputation. Il est impératif d’agir pour éviter de perdre à la fois son âme et ses bénéfices, mais les multinationales n’ont ni certitudes ni boussole. Car le propre de ces transitions, c’est qu’il n’y a pas de modèle qui pourrait être décuplé de manière uniforme. Chaque entreprise a ses spécificités et ses contraintes. Alors, tous ceux qui partent en éclaireur avancent à tâtons. Chez Air Liquide, l’expérimentation est revendiquée. Tout comme chez Adecco ou Sodexo. En espérant trouver la lumière au bout du chemin…

Bien sûr, quelques grandes entreprises préfèrent exploiter le modèle d’un capitalisme dérégulé jusqu’à son épuisement total. À l’image d’Amazon, chez qui la précarisation des salariés est la règle. Mais les Uber et autres Deliveroo commencent à perdre la partie avec la multiplication de procès exigeant de reconnaître le statut de salariés – et les droits qui vont avec – aux livreurs à vélo et chauffeurs de taxi, obligeant les États à mettre en place des garde-fous. Bien sûr, il y a aussi, comme Danone, les entreprises qui replongent dans les travers passés. Par cynisme, diront sans doute certains. À moins que ce soit, comme chez les alcooliques, la difficulté de tourner définitivement le dos à une addiction qui risque pourtant de ne les mener nulle part…

Les plus lus

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

L’homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des...

Aux origines du patriarcat

On entend parfois que le patriarcat serait né au Néolithique, près de 5 000 ans avant notre ère. Avant cela, les femmes auraient été libres et puissantes. Les données archéologiques mettent en doute cette théorie. De très nombreux auteurs, de ce siècle comme des précédents, attribuent la domination des hommes sur les femmes à l’essor de l’agriculture, lors du Néolithique. Cette idée est largement reprise dans les médias, qui p...

Du même dossier

Le nouvel art de la négo

Quatre ans après les ordonnances sur la loi Travail, le bilan en matière de dialogue social est mitigé. Pour autant, la réforme a dégagé une marge de manœuvre qui reste à exploiter. Si la crise sanitaire peut trouver une issue à plus ou moins long terme, ses conséquences, en particulier dans le domaine économique et social, vont affecter notre pays pour de nombreuses années. D’où l’importance de mettre en place les conditions d’un dialogue s...

Château branlant

« Du jamais vu dans l’histoire. » Recensant l’impact sur l’emploi de la crise sanitaire, l’Organisation internationale du travail (OIT) tirait en janvier 2021 la sonnette d’alarme. La baisse du nombre d’heures de travail l’année dernière s’est traduite au niveau mondial par la destruction de 114 millions d’emplois, dont les femmes et les jeunes travailleurs ont été les premières victimes. Le nombre de chômeurs a fait un bond considérable – 33 millions de personnes ont glissé vers le chômage – m...

« Une organisation syndicale, c’est de la matière grise »

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, la crise offre l’opportunité de construire un autre modèle de société, avec à la clé une taxation du capital au même niveau que le travail. Alors que les conséquences économiques de la pandémie risquent d’avoir un fort impact sur le marché de l’emploi, sur quels leviers s’appuyer pour répondre aux inquiétudes et préparer la reprise ?Laurent Berger – Aujourd’hui, nous dev...

Du même auteur

Or noir en Cotentin

Depuis 2019, l’association Les petits composteurs sillonne les communes de Cherbourg et des environs pour collecter les déchets et les transformer en compost. Une initiative pionnière qui commence à porter ses fruits. Depuis 6 heures du matin, Jean-Sébastien Tanguy, à bord de son camion, est sur les routes. En septembre 2020, ce « bourlingueur » des mers, adepte des voyages au long cours, est devenu le premier salarié de l’association Les petits composteurs, créée en 2...

L’aiguillon de la transition

Depuis 2016, l’association CoopaWatt accompagne citoyens et collectivités dans la production locale d’énergies renouvelables. De quoi faire de ces initiatives des fers de lance d’une transition écologique et participative. En cette fin d’après-midi aux allures printanières, Colette et Paul, la présidente et le vice-président de la Cevival, viennent inspecter l’avancement des travaux. Ici, à 10 kilomètres de Lyon, en zone périurbaine, les ouvriers s’activent...

Les horizons de l'emploi

Sur les voies de l’emploi, on découvre des failles, des impasses, des sommets à franchir et quelques raccourcis inattendus. Quatre points clés pour tracer de nouveaux horizons. 1 Les failles ressurgissentÀ en croire nombre de commentateurs, la crise sanitaire serait venue percuter de plein fouet les bonnes nouvelles qui se succédaient fin 2019 : 210 000 emplois créés cette année-là dans le secteur privé selon l’Insee, une réforme de l’apprentissage en passe de faire dé...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules