Logo du site

Coopawatt L’aiguillon de la transition

L’association CoopaWatt accompagne des initiatives citoyennes visant l’autonomie et la sobriété énergétiques au niveau local. © Denis Meyer
L’association CoopaWatt accompagne des initiatives citoyennes visant l’autonomie et la sobriété énergétiques au niveau local. © Denis Meyer

Depuis 2016, l’association CoopaWatt accompagne citoyens et collectivités dans la production locale d’énergies renouvelables. De quoi faire de ces initiatives des fers de lance d’une transition écologique et participative.


En cette fin d’après-midi aux allures printanières, Colette et Paul, la présidente et le vice-président de la Cevival, viennent inspecter l’avancement des travaux. Ici, à 10 kilomètres de Lyon, en zone périurbaine, les ouvriers s’activent pour construire un futur hangar agricole, qui devrait accueillir le nouveau projet phare de la société : 800 m2 de panneaux solaires, installés sur le toit dès la fin du chantier. Un pas de géant pour les 150 actionnaires habitués jusqu’à présent à des projets ne dépassant pas les 50 m2 !

Créée en 2016 sous l’impulsion de la communauté de communes des vallons du Lyonnais, Cevival est une des premières sociétés à gouvernance coopérative (sur le principe d’un actionnaire une voix). Elle produit de l’énergie locale en installant des centrales solaires photovoltaïques sur des toitures de particuliers, d’entreprises et de collectivités territoriales. « Nous avons trois autres projets d’envergure similaire ou plus importante encore », sourit Colette, pas peu fière de cet effet boule de neige, particulièrement bienvenu pour attirer toujours plus de citoyens capables d’accompagner ce développement.

Colette et Paul sont présidente et vice-président de la Cevival, une société à gouvernance coopérative. © Denis Meyer

La puissance actuelle installée, 207 kWh, correspond certes à la consommation de 200 personnes (hors chauffage), mais cette contribution reste encore anecdotique par rapport aux besoins. De plus, si tous les projets aujourd’hui dans les cartons se réalisent, il faudra réunir 120 000 euros de capital pour financer les investissements à la charge de la Cevival. Ce qui suppose de doubler par ricochet le nombre de personnes prêtes à dédier du temps et des ressources financières à ce changement d’échelle.

CoopaWatt facilite les initiatives citoyennes et participatives de production d’énergies renouvelables.

Le pari n’est pas encore gagné, mais Colette et Paul savent qu’ils peuvent d’ores et déjà compter sur l’appui de CoopaWatt. Créée il y a six ans, cette association ne ménage pas ses efforts pour faciliter le développement des initiatives citoyennes et participatives de production d’énergies renouvelables avec un fort ancrage territorial. « Trop souvent, les programmes lancés par des opérateurs privés profitent peu aux territoires qui les acceptent, met en avant Thomas Le Bris, son fondateur. Les retombées se limitent aux loyers versés en échange de la possibilité d’accéder aux toits de bâtiments publics pour poser des panneaux solaires, et de quelques ressources fiscales supplémentaires, mais les citoyens sont très rarement associés à la gouvernance. »

Citoyens acteurs

Pour inverser la tendance, l’entrepreneur a donc cherché à convaincre les collectivités – mais aussi leurs administrés – de l’intérêt de retrouver les moyens de peser sur les décisions, afin de passer du rôle de spectateurs à celui d’acteurs engagés en faveur de la transition énergétique. Réunions publiques citoyennes, prises de contact avec les communes, partenariats avec d’autres structures actives sur les mêmes champs, CoopaWatt a depuis affiné ces moyens d’action, désormais orientés autour de programmes structurants.

Le programme Étincelle, en Bourgogne-Franche-Comté, soutenu par la région et l’agence de la transition écologique Ademe, accompagne ainsi l’émergence de démarches citoyennes. « Je travaille sur une dizaine d’initiatives », explique Emmanuelle Petitdidier, salariée de CoopaWatt et une des chevilles ouvrières de cette dynamique. Celle-ci commence en réalité très en amont quand il s’agit de repérer les toits pouvant faire l’objet de telles initiatives et de solliciter l’attention, voire l’implication active des élus des territoires dans la démarche. « Dans la région, il n’y a pas une habitude d’initiative citoyenne. Donc cela prend du temps, mais les choses bougent », reconnaît-elle.

CoopaWatt, l’aiguillon de la transition

CoopaWatt est une association qui impulse et accompagne le développement de projets participatifs et citoyens de production d’énergie renouvelable sur les territoires, qui se concrétisent par des coopératives énergétiques citoyennes.

Ces projets locaux permettent une réappropriation citoyenne des enjeux énergétiques : à l’heure de la décarbonisation et de la reterritorialisation de notre économie, repenser la production, la distribution, et la consommation d’énergie à l’échelle des territoires devient essentiel.

CoopaWatt accompagne également les collectivités dans la définition d’une stratégie de développement des énergies renouvelables et travaille à la mise en place de partenariats publics-privés-citoyens.

Du temps et de l’énergie, il en faut aussi à CoopaWatt pour faire évoluer les mentalités dans la métropole de Lyon. Celle-ci a beau être aujourd’hui entre les mains d’un président « vert », « toucher les habitants n’est pas si simple », reconnaît Paul-Jean Couthenx, en charge de l’animation du programme soutenue par la collectivité dans un quartier de Villeurbanne. « Dans le milieu rural, le bouche-à-oreille fonctionne bien. En ville, il faut davantage s’appuyer sur les réseaux sociaux pour entrer en contact avec ceux qui, par exemple, s’intéressent au sujet de l’environnement », ajoute-t-il.

Faire pousser des groupes locaux qui vont ensuite s’associer à des groupes robustes déjà existants est le deuxième pilier sur lequel s’appuie CoopaWatt pour accroître l’impact des initiatives citoyennes. L’association porte d’ailleurs le programme Accélération, soutenu par la région Auvergne-Rhône-Alpes et la Fondation Terre solidaire : les structures citoyennes déjà matures comme la Cevival sont encouragées à aller de l’avant pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique régional, mais aussi pour des questions de rentabilité des futurs projets : les citoyens qui participent à ces collectifs vendent ensuite l’électricité à EDF à un prix garanti pendant vingt ans. Mais celui-ci est passé de 23 centimes par kWh il y a cinq ans à 10 centimes aujourd’hui. Seule une massification des projets apportera la certitude d’un retour sur investissement et des retombées pour les territoires…

Les collectivités l’ont d’ailleurs bien compris. À l’image d’Annonay, en Ardèche. L’agglomération a engagé un plan de développement conséquent des énergies renouvelables il y a une petite dizaine d’années. Avec l’objectif de devenir « territoire à énergie positive », c’est-à-dire couvrant la totalité de ses besoins, après les avoir fortement réduits, par des énergies renouvelables. La société À Nos Watts vient d’être créée pour mobiliser toutes les forces vives (citoyens, élus, entreprises, associations…) afin d’équiper 26 sites (dont beaucoup d’ombrières de parking) pour une superficie de plus de 6 000 m2.

CoopaWatt intervient auprès des élus en appui technique.

Fort de son expérience, CoopaWatt intervient auprès des élus en appui technique. Elle les épaule pour définir le potentiel du territoire, mais aussi sur les questions de gouvernance. Certains projets très importants peuvent en effet obliger la collectivité à s’appuyer sur un partenaire privé. « Il s’agit pour elle de savoir quelle place elle souhaite occuper, comment sélectionner le partenaire privé et comment va se répartir le pouvoir avec lui », décrit Arnaud Clappier, en charge de ce type de mission chez CoopaWatt.

Arnaud Clappier, salarié de CoopaWatt, épaule les élus sur le plan technique et stratégique pour définir le potentiel énergétique de leur territoire. © Denis Meyer

Volonté d’ouverture

Au fil des ans, l’association – qui est devenue partenaire de grands réseaux nationaux, comme l’association Energie partagée ou Centrales v sa place parmi les locomotives de la transition écologique. Mais, pour Thomas Le Bris et son équipe, leur mission n’est pas encore terminée. Les retombées économiques de leurs efforts commencent à porter leurs fruits – les projets entraînent de nouveaux projets avec des retombées économiques locales pour les collectivités à la clé – mais la mesure de l’impact social du développement des énergies renouvelable n’est en revanche pas facile à établir…

Les modèles d’autoconsommation rendent les retombées pour les citoyens plus concrètes.

Si, au niveau des collectivités, les élus de différentes couleurs politiques s’adressent à CoopaWatt, à l’échelle des citoyens, « ceux qui sont engagés sont majoritairement des hommes blancs de 50 ans et diplômés, souligne Paul-Jean Couthenx. Nous avons confié une étude à un stagiaire afin d’élargir cette base. » Les modèles d’autoconsommation individuelle et collective, en plein essor, permettant aux membres des coopératives d’utiliser directement l’énergie produite (jusqu’ici vendue à EDF), pourraient ainsi attirer de nouveaux citoyens en rendant plus concret le lien entre leur engagement et les retombées pour lui et pour la collectivité.

Mais plus encore, la clé pourrait être le déménagement de l’association au cœur d’un ancien hôpital désaffecté transformé pour trois ans en un lieu temporaire rebaptisé « Les Grandes voisines ». Y cohabitent un hébergement d’urgence, des artistes, des associations et des acteurs de l’économie sociale et solidaire impliqués dans la transition durable du territoire.

Bientôt, CoopaWatt déménagera dans un lieu mixte et éphémère explique Céline Provost, de la coopérative d’urbanisme Plateau urbain. © Denis Meyer

« Cette mixité des usages favorise la mixité des publics », reconnaît Pierre Sauze, salarié de CoopaWatt chargé d’assurer le lien avec la dynamique des Grandes voisines. Déjà entre « résidents » via des jardins partagés et des activités en commun. « Mais nous avons aussi vocation à être ouverts vers l’extérieur », ajoute Céline Provost, la porteuse de projet de Plateau urbain, une coopérative d’urbanisme transitoire et responsable du lieu. Ce lieu éphémère (le bail a été signé pour trois ans, renouvelable une fois) sera notamment dédié aux soins, sa vocation originelle, mais organisera aussi des manifestations culturelles, susceptibles d’attirer une population plus jeune et plus populaire.

Portrait

Thomas Le Bris, l’entrepreneur-citoyen

Avec ses quinze ans d’expérience professionnelle en gestion et accompagnement de projets, principalement dans les énergies renouvelables, et ses convictions en bandoulière, Thomas Le Bris résume à lui seul ce qui fait l’identité de CoopaWatt : la volonté de mettre des compétences techniques et un savoir-faire en matière de mobilisation au service des territoires, en entraînant les citoyens dans l’aventure. « J’ai commencé au début de ma carrière à travailler sur des projets éoliens de grande envergure pour un opérateur privé, par intérêt pour le secteur, explique-t-il. Mais c’est en poursuivant cette activité en Afrique que j’ai commencé à m’intéresser aux retombées de ces projets pour les économies locales. »

Une fois rentré en France, cet ingénieur titulaire d’un master en politique énergétique de l’université d’Otago, en Nouvelle-Zélande, poursuit ses réflexions en recherchant comment, sur toute la planète, des hommes et des femmes en quête des mêmes équilibres expérimentaient de nouveaux modèles. Ce voyage l’a conduit chez les pionniers, comme à Beganne, dans le Morbihan, où le premier parc éolien citoyen porté par plus de 1 000 habitants a été inauguré en 2014. Un modèle qu’il a cherché à « importer » en Auvergne-Rhône-Alpes, où quelques premières expériences, mais de portée réduite, avaient déjà été tentées.

« Le développement de ces projets citoyens a commencé à prendre de l’ampleur avec la création de plateformes de crowdfunding. Cette logique participative est aujourd’hui en train d’essaimer : dans les télécommunications, mais aussi dans les chemins de fer, pour ne citer que quelques exemples », se félicite celui qui s’est investi à titre personnel dans un habitat participatif au sein duquel il occupe un des appartements. Plus qu’une activité professionnelle, cette façon d’envisager la transformation économique, sociale et environnementale est d’ailleurs devenue pour le bouillant entrepreneur un véritable mode de vie.

Ce reportage a été réalisé en collaboration avec la Fondation Terre Solidaire, qui soutient le projet des Fleurs d’Halage.

Les plus lus

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

L’homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des...

Aux origines du patriarcat

On entend parfois que le patriarcat serait né au Néolithique, près de 5 000 ans avant notre ère. Avant cela, les femmes auraient été libres et puissantes. Les données archéologiques mettent en doute cette théorie. De très nombreux auteurs, de ce siècle comme des précédents, attribuent la domination des hommes sur les femmes à l’essor de l’agriculture, lors du Néolithique. Cette idée est largement reprise dans les médias, qui p...

Du même auteur

Or noir en Cotentin

Depuis 2019, l’association Les petits composteurs sillonne les communes de Cherbourg et des environs pour collecter les déchets et les transformer en compost. Une initiative pionnière qui commence à porter ses fruits. Depuis 6 heures du matin, Jean-Sébastien Tanguy, à bord de son camion, est sur les routes. En septembre 2020, ce « bourlingueur » des mers, adepte des voyages au long cours, est devenu le premier salarié de l’association Les petits composteurs, créée en 2...

Les horizons de l'emploi

Sur les voies de l’emploi, on découvre des failles, des impasses, des sommets à franchir et quelques raccourcis inattendus. Quatre points clés pour tracer de nouveaux horizons. 1 Les failles ressurgissentÀ en croire nombre de commentateurs, la crise sanitaire serait venue percuter de plein fouet les bonnes nouvelles qui se succédaient fin 2019 : 210 000 emplois créés cette année-là dans le secteur privé selon l’Insee, une réforme de l’apprentissage en passe de faire dé...

« Une organisation syndicale, c’est de la matière grise »

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, la crise offre l’opportunité de construire un autre modèle de société, avec à la clé une taxation du capital au même niveau que le travail. Alors que les conséquences économiques de la pandémie risquent d’avoir un fort impact sur le marché de l’emploi, sur quels leviers s’appuyer pour répondre aux inquiétudes et préparer la reprise ?Laurent Berger – Aujourd’hui, nous dev...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules