Logo du site
Question en débat : Réfugiés : sortir de l'impasse

Aux racines de la crispation anti-migrants

Hartmut Rosa
Question de sens

D’où vient la crainte farouche que suscite chez certains l’arrivée de personnes migrantes ? Pour le sociologue Hartmut Rosa, spécialiste de l’accélération, la peur de l’autre résulte notamment du fait que l’on ne se sent pas soi-même reconnu et considéré. C’est vrai : si nous les laissons entrer chez nous et si nous acceptons ...

Les migrants au village

Lucile Leclair
L'équipe de rédaction

En milieu rural, l’arrivée de migrants constitue un événement. Elle suscite certes des peurs, mais quand les habitants se mobilisent, elle peut aussi revitaliser un tissu social fragilisé. Reportage en février 2017, dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne. À Penne (81), Emad est arrivé voici cinq mois. « Je viens de signer mon CDI », dit l...

Un Conseil des migrants s’invente à Calais

Vincent De Coninck
Acteur de terrain

Entretien - L’initiative a pris naissance au cœur du bidonville, dans la jungle de Calais, en 2015. Pendant plus d’un an, un Conseil a réuni des migrants. L’objectif : représenter « les exilés » de manière la plus directe possible, sans la médiation d’une association. Retour sur l’expérience. Comment est né le Conseil des migran...

L’asile, une affaire de droit

Pascal Brice
Acteur de terrain

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) est chargé de faire respecter le droit d’asile en France. Son directeur salue la mobilisation locale autour des réfugiés. Et appelle à défendre le droit d’asile contre toute instrumentalisation et contre toute confusion. Besançon, Saint-Nazaire, Perpignan… partout j...

« Ce n'est pas une crise des migrants mais une crise des politiques d’hospitalité »

Karen Akoka
Chercheur

Entretien - La notion de réfugié serait-elle neutre ? Non, pour la sociologue Karen Akoka, qui se penche sur son utilisation en France. La définition et les procédures d’octroi du statut n’ont cessé d’évoluer au gré de considérations politiques. Immanquablement, une politique migratoire restrictive se reflète sur le droit d’asile. ...

Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile… de qui parle-t-on ?

Alice Corbet
Pour en savoir plus

Une même personne peut être qualifiée différemment ou changer de statut au cours de son déplacement – de réfugié à clandestin par exemple -, ce qui a des répercussions fortes sur ses droits. Voici un petit memento pour éclaircir ces termes et comprendre qui sont les 65,3 millions de personnes « déracinées » dans le monde et qui ne v...

« Avant, j’étais vide d’espoir »

JRS
Droit de cité

Depuis 2007, le programme Welcome France du Jesuit Refugee Service (JRS) accueille les majeurs isolés et propose différentes activités à celles et ceux qui le souhaitent. Voici les témoignages précieux de leurs premiers pas en France. Dormir à la rue Selon l’adage, ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage. Pour les réfug...

Réfugiés : « Les États membres n'ont pas été à la hauteur »

Brando Benifei, Juan Fernando Lope Aguilar, Sylvie Guillaume, György Hölvényi et Jean Lambert
Responsable politique

Que pensent les eurodéputés des politiques de l'Union en matière d'accueil ? Nous avons posé la question à cinq d'entre eux. Brando Benifei, Juan Fernando Lope Aguilar et Sylvie Guillaume (vice-présidente du Parlement européen) sont membres du groupe de l'alliance progressiste des socialistes et démocrates. Jean Lambert est membre du groupe...

Le choix de l’hospitalité

Bertrand Hériard Dubreuil et Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Que l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle ne puisse plus être écartée avec certitude, en dit long sur le raidissement de la société française. Dans un tel contexte, le risque est grand que l’accueil des étrangers ne devienne, toujours davantage, un tabou. Comme si, pour paraître « responsable...

Droits de l’homme : tenir notre promesse

Jacques Toubon
Question de sens

Que pense le Défenseur des droits de la façon dont les étrangers sont accueillis et traités sur notre territoire ? L'avis de Jacques Toubon ou comment la France regarde les individus d'abord en fonction de leur nationalité et non de leur individualité. Les différentes lois relatives aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers ont...

Réfugiés : une convention vaut mieux que deux tu l’auras

François Gemenne
Chercheur

On aurait d’un côté les réfugiés, fuyant la guerre, de l’autre des migrants venus chercher fortune ? La distinction, née après-guerre, ne résiste pas à l’analyse, d’autant qu’aux motifs politiques et économiques se conjuguent désormais les facteurs environnementaux. Mais il est urgent de n’y rien changer : sur elle, repose le ...

Accueillir aussi les déboutés du droit d’asile

Marie-Dominique Dreyssé
Responsable politique

Chaque année, 2000 à 3000 personnes demandent l’asile à Strasbourg. Une ville qui fait le pari de l’hospitalité, même pour ceux qui ne se voient pas reconnaître le statut de réfugié. Accueillir des réfugiés au plan local, c’est d’abord exprimer des messages, affirmer des valeurs de solidarité et d’ouverture, refuser le commerce...

Allemagne : les villes–laboratoires, un autre accueil possible ?

Sophie Hinger
Vu d'ailleurs

L’accueil massif des exilés en Allemagne en 2015 a permis aux villes de rappeler qu’elles sont souvent pionnières en matière de politiques d’hospitalité. Du moins, certaines. Car les marges de manœuvre existent, et in fine, les modalités de l’asile résultent largement d’une négociation locale. « On parle trop de quotas, de chiff...

La solidarité, un délit ?

Danièle Lochak
Question de sens

« Aider un étranger à pénétrer ou à séjourner » en France est devenu un délit, à quelques exceptions près. Devrait-on accepter, sans ciller, que la France viole sa propre légalité ? « Si la solidarité est un délit, je demande à être poursuivi(e) pour ce délit » Aucun texte, bien sûr, n’incrimine la solidarité[1]. Mais l...

L’accueil des demandeurs d’asile : une politique de gestion des flux

Matthieu Tardis
Chercheur

Face à une multiplication de dispositifs à destination des exilés, sommes-nous réellement passés d'une gestion administrative à un accueil plus humain ? Rien n'est moins sûr. Incontestablement, l’année 2015 fut une année singulière pour l’accueil des réfugiés en Europe. L’arrivée de plus d’un million de personnes sur les côtes...

[Vidéos] Lancement du numéro « Réfugiés : sortir de l’impasse »

Martin Monti-Lalaubie
L'équipe de rédaction

À l’occasion de la publication du numéro de la Revue Projet « Réfugiés : sortir de l’impasse », nous avons souhaité donner la parole à ceux qui ont contribué à son élaboration. Rassemblés pour une conférence de presse, nos partenaires de La Cimade, de JRS et du Secours catholique ainsi que le chercheur Matthieu Tardis, ont pu parta...

Le pari de la réciprocité

Lucile Froitier
Acteur de terrain

Trois ans après avoir obtenu leur statut, seuls 12% des réfugiés déclarent avoir encore des liens avec des Français. Autrement dit, une fois passée l'étape administrative, les espaces de rencontres sont encore trop rares. Comment aller au-delà de la relation aidant/aidé pour valoriser les expériences et capacités de chacun ? Le programme...

Chacun rejette les exilés sur son voisin

Madeleine Trépanier
Chercheur

Si les États européens (dans et hors de l'Union) semblent se renvoyer les réfugiés entre eux, c'est qu'ils peuvent s'appuyer sur une réglementation ad hoc : la procédure Dublin. Entre gestion des flux et désengagement, retour sur les coulisses des politiques européennes. Les stratégies menées par des États européens ressemblent à des p...

Réfugiés : quand l'Europe se déleste sur la Turquie

Merly H. MAGBA
Vu d'ailleurs

Par l'accord du 18 mars 2016, l'Union européenne sous-traite ses demandeurs d'asile à la Turquie. Se soucie-t-elle seulement du sort qui leur y est réservé ? Et des milliers de personnes parquées en Grèce ? Analyse. Contexte De nombreux migrants passent par la Turquie pour atteindre l’Europe, via la Bulgarie ou la Grèce, en empruntant d...

« Soit on les laisse mourir devant les yeux de nos enfants, soit… »

Collectif Solidarité Migrants Wilson
Droit de cité

Ça se passe depuis cet hiver à la porte de Paris, à quelques encablures du siège de la Revue Projet. Des migrants, par centaines, dont on viole les droits et que l’on ne veut pas voir. Mais les riverains refusent de rester les bras croisés. Le Collectif Solidarité Migrants Wilson nous raconte... Notre collectif s’est créé dans le quarti...

Migrations : qu’en dit l’Église ?

Christian Mellon
Question de sens

Faut-il accueillir les étrangers ? Tous ? Sans distinction ? Peut-on exiger d’eux une « assimilation » au pays qui les reçoit ? Ces questions divisent les catholiques. Le pape François en choque même certains. Le discours de l’Église est pourtant d’une grande constance. Je me propose d’évoquer rapidement ce que disent les responsabl...

Question en débat : Réfugiés : sortir de l'impasse
Un jeudi par mois, une vingtaine de convives, Français et migrants, se retrouvent à la mairie du IVe arrondissement de Paris pour un dîner partagé : « Le Goût de l’autre ». L’idée ? Aller à la rencontre de l’autre, pour combattre ses peurs et ses préjugés, le temps d’un repas. © Aurore Chaillou
Un jeudi par mois, une vingtaine de convives, Français et migrants, se retrouvent à la mairie du IVe arrondissement de Paris pour un dîner partagé : « Le Goût de l’autre ». L’idée ? Aller à la rencontre de l’autre, pour combattre ses peurs et ses préjugés, le temps d’un repas. © Aurore Chaillou

Aux racines de la crispation anti-migrants


D’où vient la crainte farouche que suscite chez certains l’arrivée de personnes migrantes ? Pour le sociologue Hartmut Rosa, spécialiste de l’accélération, la peur de l’autre résulte notamment du fait que l’on ne se sent pas soi-même reconnu et considéré.

C’est vrai : si nous les laissons entrer chez nous et si nous acceptons d’avoir affaire avec eux, les réfugiés vont nous changer ; nous nous transformerons et serons bientôt différents de ce que nous sommes aujourd’hui ! En ce sens, ce serait certainement une erreur de prétendre que la question des réfugiés ne représente pas un défi pour notre société. Mais le reconnaître ne signifie en aucun cas faire tout notre possible pour rejeter ce défi ou le minimiser. Dans les propos qui suivent, je vais esquisser deux réactions possibles. La première, proche du populisme de droite, est ethnocentrique et s’oriente vers des formes de résolution de conflit qui visent l’assimilation à une identité (nationale). Cette réponse, à mes yeux, se fourvoie en tentant, dans toute la mesure du possible, de tenir à distance ce qui est autre, étranger et nous oblige au changement, et en se raidissant culturellement. Ce faisant, elle ne voit pas que c’est précisément cette attitude qui mène à un rapport au monde pour ainsi dire pétrifié qui, à son tour, provoque inévitablement une forme d’aliénation.

Je souhaite proposer une autre manière d’aborder le défi : loin d’être ethnocentrique, elle vise à créer un espace de rencontre des personnes et des cultures, propice au dialogue et à la résonance. À cet égard, les réflexions menées dans les années 1980 et 1990 par Charles Taylor, philosophe social canadien, sur le multiculturalisme, et qu’il a confirmées dans ses dernières recherches, sont une précieuse source d’inspiration1. Certes, on ne peut pas transposer purement et simplement ses conclusions, qui se situent dans le contexte du débat sur l’unité et la diversité culturelles du Canada, dans notre situation actuelle. Il est cependant évident, et l’exemple canadien en est la preuve,

Cet article est réservé aux abonné.e.s

vous pouvez l'acheter à l'unité ou par Question en débat
Pour accéder à cet article :

Déjà abonné.e ?

M'identifier

Revue-Projet.com offre l'accès gratuit aux articles de moins de 2 mois ou plus de 4 ans.

Vous devez être connecté pour commenter cet article

3 réactions pour « Aux racines de la crispation anti-migrants »

Alain LE GRAND
12 avril 2018

Réponse à l’article "Immigration" de Hartmut Rosa, sociologue allemand, paru dans la revue "projet "
_________________
C’est avec intérêt, vigilance et esprit critique, que je m’intéresse à tous sujets sur l’immigration.
Je constate encore une fois, que ceux qui sont réservés quant à l’intérêt de favoriser l’accueil des étrangers, sont immédiatement catalogués.
Ainsi je ferai partie des "populistes de droite". C'est-à-dire, ceux qui ont une crainte farouche de l’arrivée des migrants, ont peur, sont sclérosés, refusent le changement, sont déçus, déprimés et se replient en se radicalisant. Je m’arrête là en me rappelant que mon évêque même, m’avait dit sur ce sujet que "la peur de l’autre, la peur de l’Islam, était le signe d’une faiblesse intérieure"(ça fait mal).
Culpabilisons, culpabilisons, il en restera toujours quelque chose !
Pourtant, j’ai eu avec mon épouse 3 enfants, 7 petits enfants que nous suivons de près. J’ai changé 3 fois de métier dans ma carrière industrielle. Je vis dans une banlieue marquée par une communauté maghrébine visible. Je crois être ouvert aux autres et ne pas manquer d’empathie, ce qui me fait choisir quand je voyage, plutôt les chambres d’hôtes pour rencontrer "la France profonde"…
Ne votant, ni extrême droite, ni extrême gauche, Je suis comme beaucoup de français très réservé sur cette absolue nécessité de l’accueil. "ça va dans le sens de l’histoire" me disait un proche. L’histoire il ne vaut mieux pas la subir, sinon nos enfants nous le reprocheront.
Hartmut Rosa présuppose que ces migrants vont nous "régénérer" en nous apportant, la jeunesse, le dynamisme, l’esprit d’entreprise et l’audace qu’ils ont en surabondance. Il faudrait d’abord se demander pourquoi nous n’aurions plus de sang neuf et en particulier pourquoi une partie de la jeunesse tarde à "faire des enfants" ou ne le juge pas nécessaire. La meilleure solution serait-elle de guérir cela, par l’accueil de migrants ?
Enfin on ignore volontairement ou non, 2 points importants dans ce domaine :
- Il faut oser parler de régulation de flux migratoires et de limites (le vilain mot). Car, il est légitime de ne pas se faire imposer des décisions qui vont impacter notre avenir et de s’y opposer. Il est légitime de ne pas vouloir accepter un multiculturalisme pour lequel rien ne plaide actuellement. Il est légitime de rejeter le communautarisme. Si notre pays est nommé "terre d’accueil", c’est qu’il a déjà beaucoup été fait dans ce domaine pour l’accueil des maghrébins et des africains (osons les mots vrais). Venez chez moi assister à la sortie des écoles, des collèges, des lycées et vous ouvrirez les yeux.
o Une limite est souhaitable, si l’on veut préserver un équilibre dans cette mixité que l’on prône, tout en réclamant pour ceux qui entrent, le droit de ne pas s’assimiler et de faire comme chez eux. C’est ainsi que les petits enfants arabes décrochent maintenant à l’école parce que l’on parle arabe chez eux. L’osmose ne se fait plus !

- Second point. Que donne la politique d’aide au développement, sensée aider ces peuples à vivre en paix, se développer, rester chez eux en conservant leurs racines. Quel est le bilan de la politique européenne sur ce point et des efforts entrepris par les occidentaux en général ?
- Ne sommes-nous pas trop complaisants avec les chefs incompétents ou corrompus de certains pays, parce que nous y avons des intérêts ? Peu de reportages nous éclairent à ce sujet.
Enfin, l’auteur esquisse une solution pratique en proposant un accueil des migrants dans des villages et des petites agglomérations. Cela me parait être une bonne solution pour mieux les intégrer, à condition qu’ils le veillent bien. Il y a d’ailleurs un nouveau courant de jeunes français quittant la capitale pour venir s’installer et travailler dans ces milieux ruraux, plus favorables à une vie équilibrée et par la même redynamiser ces villages.
Harmut Rosa termine en affirmant qu’une communauté ne se construit pas à partir d’une tradition ou d’une origine mais sur un projet commun. Et si, il fallait les deux ?

Alain Le Grand

Jean Merckaert
15 mars 2018

Merci pour votre commentaire. Peut-on vraiment prêter à Hartmut Rosa la prétention, avec cet article, de convaincre les personnes réticentes ou hostiles à l’accueil des migrants ?
Il donne en tout cas, aux personnes que la situation inquiète ou indigne, des clés d’analyses sur les racines de cette peur ou de ce rejet. Qui plus est, il esquisse des pistes en fin d’article. Le tout sous un angle (la résonance) qui nous a paru original. Autant d’éléments qui nous ont décidés à traduire et publier ce texte.
Et tant mieux s’il suscite du débat !

Christophe Engels
15 mars 2018

"Les réfugiés représentent peut-être notre dernière grande chance de surmonter l’aliénation, d’échapper à la fossilisation et de nous régénérer.
En effet, ils ont le potentiel d’assouplir les structures qui se sont sclérosées.
Avec eux, et en eux, nous rencontrons la voix d’un autre, d’un étranger qui peut nous amener à percevoir à nouveau notre propre voix, à l’exprimer et à nous transformer nous-mêmes dans l’écoute et l’échange."
Réflexion en profondeur et analyse brillante.
Avec, quand-même, cette vertigineuse limite liée au fait qu'elle ne semble pas susceptible de percoler au-delà du "clan" de ceux qui sont convaincus d'avance.
Trop complexe, sans doute, pour retenir l'attention des hésitants. Quant au "camp d'en face", n'en parlons pas: le populisme de droite, si puissant aujourd'hui, s'avère tout à fait hermétique à quelque considération que ce soit pourvu que, de près ou de loin, elle fasse mine d'esquisser une alternative à celle(s) qui débouche sur le rejet.
https://projetrelationnel.blogspot.be/2014/09/immigration-aleatoire-mon-cher-watson.html

* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules