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Aux racines de la crispation anti-migrants

Hartmut Rosa
Question de sens

D’où vient la crainte farouche que suscite chez certains l’arrivée de personnes migrantes ? Pour le sociologue Hartmut Rosa, spécialiste de l’accélération, la peur de l’autre résulte notamment du fait que l’on ne se sent pas soi-même reconnu et considéré. D'où vient la crainte farouche que suscite chez certains l'arrivée de per...

Les migrants au village

Lucile Leclair
L'équipe de rédaction

En milieu rural, l’arrivée de migrants constitue un événement. Elle suscite certes des peurs, mais quand les habitants se mobilisent, elle peut aussi revitaliser un tissu social fragilisé. Reportage en février 2017, dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne. En milieu rural l'arrivée de migrants constitue un événement Elle suscite certes des peu...

Un Conseil des migrants s’invente à Calais

Vincent De Coninck
Acteur de terrain

Entretien - L’initiative a pris naissance au cœur du bidonville, dans la jungle de Calais, en 2015. Pendant plus d’un an, un Conseil a réuni des migrants. L’objectif : représenter « les exilés » de manière la plus directe possible, sans la médiation d’une association. Retour sur l’expérience. Entretien L'initiative a pris naissan...

L’asile, une affaire de droit

Pascal Brice
Acteur de terrain

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) est chargé de faire respecter le droit d’asile en France. Son directeur salue la mobilisation locale autour des réfugiés. Et appelle à défendre le droit d’asile contre toute instrumentalisation et contre toute confusion. L'Office français de protection des réfugiés e...

« Ce n'est pas une crise des migrants mais une crise des politiques d’hospitalité »

Karen Akoka
Chercheur

Entretien - La notion de réfugié serait-elle neutre ? Non, pour la sociologue Karen Akoka, qui se penche sur son utilisation en France. La définition et les procédures d’octroi du statut n’ont cessé d’évoluer au gré de considérations politiques. Immanquablement, une politique migratoire restrictive se reflète sur le droit d’asile. ...

Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile… de qui parle-t-on ?

Alice Corbet
Pour en savoir plus

Une même personne peut être qualifiée différemment ou changer de statut au cours de son déplacement – de réfugié à clandestin par exemple -, ce qui a des répercussions fortes sur ses droits. Voici un petit memento pour éclaircir ces termes et comprendre qui sont les 65,3 millions de personnes « déracinées » dans le monde et qui ne v...

« Avant, j’étais vide d’espoir »

JRS
Droit de cité

Depuis 2007, le programme Welcome France du Jesuit Refugee Service (JRS) accueille les majeurs isolés et propose différentes activités à celles et ceux qui le souhaitent. Voici les témoignages précieux de leurs premiers pas en France. Depuis 2007 le programme Welcome France du Jesuit Refugee Service JRS accueille les majeurs isolés et propos...

Réfugiés : « Les États membres n'ont pas été à la hauteur »

Brando Benifei, Juan Fernando Lope Aguilar, Sylvie Guillaume, György Hölvényi et Jean Lambert
Responsable politique

Que pensent les eurodéputés des politiques de l'Union en matière d'accueil ? Nous avons posé la question à cinq d'entre eux. Brando Benifei, Juan Fernando Lope Aguilar et Sylvie Guillaume (vice-présidente du Parlement européen) sont membres du groupe de l'alliance progressiste des socialistes et démocrates. Jean Lambert est membre du groupe...

Le choix de l’hospitalité

Bertrand Hériard Dubreuil et Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Que l'hypothèse d'une victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle ne puisse plus être écartée avec certitude en dit long sur le raidissement de la société française Dans un tel contexte le risque est grand que l'accueil des étrangers ne devienne toujours davantage un tabou Comme si pour paraître responsable il fallait donner ...

Droits de l’homme : tenir notre promesse

Jacques Toubon
Question de sens

Que pense le Défenseur des droits de la façon dont les étrangers sont accueillis et traités sur notre territoire ? L'avis de Jacques Toubon ou comment la France regarde les individus d'abord en fonction de leur nationalité et non de leur individualité. Que pense le Défenseur des droits de la façon dont les étrangers sont accueillis et trai...

Réfugiés : une convention vaut mieux que deux tu l’auras

François Gemenne
Chercheur

On aurait d’un côté les réfugiés, fuyant la guerre, de l’autre des migrants venus chercher fortune ? La distinction, née après-guerre, ne résiste pas à l’analyse, d’autant qu’aux motifs politiques et économiques se conjuguent désormais les facteurs environnementaux. Mais il est urgent de n’y rien changer : sur elle, repose le ...

Accueillir aussi les déboutés du droit d’asile

Marie-Dominique Dreyssé
Responsable politique

Chaque année, 2000 à 3000 personnes demandent l’asile à Strasbourg. Une ville qui fait le pari de l’hospitalité, même pour ceux qui ne se voient pas reconnaître le statut de réfugié. Chaque année 2000 à 3000 personnes demandent l'asile à Strasbourg Une ville qui fait le pari de l'hospitalité même pour ceux qui ne se voient pas reco...

Allemagne : les villes–laboratoires, un autre accueil possible ?

Sophie Hinger
Vu d'ailleurs

L’accueil massif des exilés en Allemagne en 2015 a permis aux villes de rappeler qu’elles sont souvent pionnières en matière de politiques d’hospitalité. Du moins, certaines. Car les marges de manœuvre existent, et in fine, les modalités de l’asile résultent largement d’une négociation locale. L'accueil massif des exilés en Allem...

La solidarité, un délit ?

Danièle Lochak
Question de sens

« Aider un étranger à pénétrer ou à séjourner » en France est devenu un délit, à quelques exceptions près. Devrait-on accepter, sans ciller, que la France viole sa propre légalité ? Aider un étranger à pénétrer ou à séjourner en France est devenu un délit à quelques exceptions près Devrait on accepter sans ciller que la France...

L’accueil des demandeurs d’asile : une politique de gestion des flux

Matthieu Tardis
Chercheur

Face à une multiplication de dispositifs à destination des exilés, sommes-nous réellement passés d'une gestion administrative à un accueil plus humain ? Rien n'est moins sûr. Face à une multiplication de dispositifs à destination des exilés sommes nous réellement passés d'une gestion administrative à un accueil plus humain Rien n'est m...

[Vidéos] Lancement du numéro « Réfugiés : sortir de l’impasse »

Martin Monti-Lalaubie
L'équipe de rédaction

À l’occasion de la publication du numéro de la Revue Projet « Réfugiés : sortir de l’impasse », nous avons souhaité donner la parole à ceux qui ont contribué à son élaboration. Rassemblés pour une conférence de presse, nos partenaires de La Cimade, de JRS et du Secours catholique ainsi que le chercheur Matthieu Tardis, ont pu parta...

Le pari de la réciprocité

Lucile Froitier
Acteur de terrain

Trois ans après avoir obtenu leur statut, seuls 12% des réfugiés déclarent avoir encore des liens avec des Français. Autrement dit, une fois passée l'étape administrative, les espaces de rencontres sont encore trop rares. Comment aller au-delà de la relation aidant/aidé pour valoriser les expériences et capacités de chacun ? Le programme...

Chacun rejette les exilés sur son voisin

Madeleine Trépanier
Chercheur

Si les États européens (dans et hors de l'Union) semblent se renvoyer les réfugiés entre eux, c'est qu'ils peuvent s'appuyer sur une réglementation ad hoc : la procédure Dublin. Entre gestion des flux et désengagement, retour sur les coulisses des politiques européennes. Si les États européens dans et hors de l'Union semblent se renvoyer ...

Réfugiés : quand l'Europe se déleste sur la Turquie

Merly H. MAGBA
Vu d'ailleurs

Par l'accord du 18 mars 2016, l'Union européenne sous-traite ses demandeurs d'asile à la Turquie. Se soucie-t-elle seulement du sort qui leur y est réservé ? Et des milliers de personnes parquées en Grèce ? Analyse. Par l'accord du 18 mars 2016 l'Union européenne sous traite ses demandeurs d'asile à la Turquie Se soucie t elle seulement du ...

« Soit on les laisse mourir devant les yeux de nos enfants, soit… »

Collectif Solidarité Migrants Wilson
Droit de cité

Ça se passe depuis cet hiver à la porte de Paris, à quelques encablures du siège de la Revue Projet. Des migrants, par centaines, dont on viole les droits et que l’on ne veut pas voir. Mais les riverains refusent de rester les bras croisés. Le Collectif Solidarité Migrants Wilson nous raconte... Ça se passe depuis cet hiver à la porte de ...

Migrations : qu’en dit l’Église ?

Christian Mellon
Question de sens

Faut-il accueillir les étrangers ? Tous ? Sans distinction ? Peut-on exiger d’eux une « assimilation » au pays qui les reçoit ? Ces questions divisent les catholiques. Le pape François en choque même certains. Le discours de l’Église est pourtant d’une grande constance. Faut il accueillir les étrangers Tous Sans distinction Peut on ex...

Dossier : Réfugiés : sortir de l'impasse
©Collectif Solidarité Migrants Wilson
©Collectif Solidarité Migrants Wilson

« Soit on les laisse mourir devant les yeux de nos enfants, soit… »


Ça se passe depuis cet hiver à la porte de Paris, à quelques encablures du siège de la Revue Projet. Des migrants, par centaines, dont on viole les droits et que l’on ne veut pas voir. Mais les riverains refusent de rester les bras croisés. Le Collectif Solidarité Migrants Wilson nous raconte...

Notre collectif s’est créé dans le quartier de la Plaine à 500 mètres du centre d’accueil ouvert porte de la Chapelle, à la fin du mois de novembre 2016. Ce centre est largement sous-dimensionné dès le début et un camp s’est installé sur l’avenue Wilson à Saint-Denis de manière imprévue, rassemblant nombre de ceux qui ne peuvent y entrer. Les habitants du quartier se retrouvent du jour au lendemain avec des centaines de gens, dont beaucoup de mineurs, complètement démunis – alors que les températures sont négatives, et qui n’ont même pas à manger. Nous nous sommes dit : « soit on détourne les yeux, on les laisse mourir devant nos yeux et ceux de nos enfants, soit nous nous organisons pour faire quelque chose ». Nous centrons notre action sur les petits déjeuners : il faut bien commencer par quelque chose et nous savons qu’il y a déjà des maraudes le soir et parfois le midi... Très rapidement, nous sommes une centaine à participer.

Le campement est évacué le 16 décembre. Nous arrêtons donc les petits déjeuners. Mais nous nous rendons compte que les conditions à la porte de la Chapelle sont intenables : les personnes accueillies à la journée n’ont pas à manger dans le centre (on a du mal à le croire, mais l’information nous est confirmée par les associatifs intervenant à l’intérieur même du centre1). Beaucoup font la queue toute la nuit, parfois plusieurs jours et nuits, plusieurs semaines de suite même, dans le froid, sans rien. Nous décidons de reprendre nos petits déjeuners. Cette reprise, le 27 décembre, est plus difficile, car si la porte de la Chapelle ne se situe qu’à quelques centaines de mètres de notre quartier, ce n’est déjà plus en bas de chez nous. Et mine de rien, c’est une sacrée logistique que de nourrir plusieurs centaines de personnes... Il faut faire avec les moyens du bord, en transportant nos marmites de lait et thé chauds en trottinette, en vélo, en caddies, en récoltant les invendus des boulangeries, en payant tout de notre poche même si, depuis le 10 janvier, une cagnotte en ligne permet de financer une partie des achats. Mais nous réussissons à tenir ce pari fou, d’être présents 7 jours sur 7. Plus de 450 personnes participent ainsi depuis le début, d’une manière ou d’une autre, et 350 se relaient sur les petits déjeuners. Tous les matins, entre 200 et 600 personnes peuvent être servies.

Mettre à l’abri... des regards

Au milieu du mois de février, la mairie de Paris affirma aux journalistes que les dispositifs prennent tout le monde en charge : il n’y a personne de refoulé, personne à la rue, donc pas de problème de couvertures, ni de tentes, ni de nourriture – il n’y a pas de problème ! Mais le constat terrible, sur le terrain, c’est plutôt que la politique mise en œuvre vise à disperser les migrants dès qu’ils sont un peu trop nombreux, à les rendre invisibles. Les migrants sont surtout mis à l’abri... des regards. Sans parler de ces centaines de mineurs dans les rues de Paris, qui ne sont pas pris en charge, déclarés majeurs par estimation visuelle ou après des « tests osseux » bien peu fiables. Nous en croisons tous les jours. Dispersion des campements, dispersion de la queue devant le centre dès qu’elle devient trop importante, donc trop visible, dispersion quasi quotidienne des réfugiés qui dorment dans la rue et dont on jette régulièrement les couvertures et les tentes, même en pleine vague de froid !

À Saint-Denis, des grilles sont posées après le démantèlement, pour empêcher les réfugiés de se réinstaller au même endroit. Elles sont démontées à plusieurs reprises par des anonymes. Et sont recouvertes d’une banderole avec les paroles de la Chanson pour l’Auvergnat de Brassens, en hommage à l’investissement des habitants pour donner un « bout de pain ». La municipalité a fini par les enlever.

Les dispersions successives ont des répercussions dramatiques. Les adultes et les enfants à la rue se trouvent complètement isolés. Beaucoup se réfugient dans des souterrains, dans des trous ! Nous en rencontrons un certain nombre, comme cette femme enceinte dont on nous a parlé : des soutiens lui permettent finalement de sortir du tunnel où elle s’est terrée. Mais il devient très, très compliqué de nourrir, vêtir, informer ou soigner tous ces… invisibles.

Pierres d’achoppement

Le 10 février, nous rendons publique l’installation de pierres par la mairie de Paris pour bloquer l’accès au dernier minuscule petit endroit abrité utilisé par les réfugiés2 ! Ce n’est là, malheureusement, qu’une « pierre de plus » à l’édifice ! Mais c’est  peut-être la pierre de trop : des millions de Français en sont indignés.

Cette volonté d’invisibilisation et la politique du gaz et de la matraque finissent par atteindre les soutiens. Nous sommes là, tous les jours, une présence trop visible qui semble gêner. La pression est quasi quotidienne de la part des représentants des autorités : il faut qu’on se pousse, parce que là où on se met, on gêne. Et après s’être déplacés, on gêne encore... Et puis viennent des amendes, 135 € par ci, par là...

Nous sommes là, tous les jours, une présence trop visible qui semble gêner. La pression est quasi quotidienne de la part des représentants des autorités.

Pourtant, nous ne sommes pas les seuls à soutenir les réfugiés de la porte de la Chapelle. Comment ne pas évoquer ces milliers de gens venant spontanément apporter leur aide, surtout le soir et le week-end ? Tous les jours, nous croisons des dizaines de particuliers qui proposent des repas, des vêtements, des couvertures. Un élan spontané formidable dont on ne parle pas, bien sûr, puisque ça n’existe pas. Il s’agit d’initiatives volatiles, difficiles à appréhender. D’autant que plusieurs se sont vu interdire de distribuer ou ont écopé d’amendes.

Délit de solidarité ?

Puis tout s’accélère. Lundi 13 février, la tension est vive autour du centre plus que jamais engorgé. Les migrants sont à bout, ils ont faim et froid. La plupart n’ont pas pu dormir. L’ambiance est électrique. Des employés du centre interdisent, de manière très agressive, à des femmes de notre collectif de servir du thé à ceux qui ont fait la queue dans le froid toute la nuit. Des CRS viennent ensuite nous demander de plier bagage sur « demande du directeur du centre et ordre de la préfecture ». Ils sont surarmés, nous sommes avec nos enfants, nous partons.

Le mardi et le mercredi suivants, on nous laisse procéder aux distributions. Mais le jeudi, à peine arrivés, les membres de l’équipe se voient interdire les abords du centre. Ils partent s’installer plus loin, suivis par des réfugiés très énervés. Alors qu’ils éloignent leurs véhicules pour obéir aux ordres, les policiers viennent relever les plaques d’immatriculation, annonçant qu’il y aura des amendes.

Nous dénonçons ces agissements. D’innombrables retours indignés affluent sur la page Facebook du collectif et de nombreux médias s'intéressent à l’affaire, interrogeant la préfecture et la mairie de Paris sur ces interdictions. Si bien que cette dernière retourne complètement son discours. Au début, elle affirme que « les problèmes de fluidité sont réglés », qu’il n’y a « pas de saturation de l’équipement » et donc personne à attendre aux abords du centre. Quand des journalistes posent des questions sur l’interdiction des distributions, on leur répond « sécurité ! », « propreté ! ».

Quand des journalistes posent des questions sur l’interdiction des distributions, on leur répond « sécurité ! », « propreté ! ».

Pourtant, à mesure que la polémique enfle avec les interdictions de distribution, tous les médias, jusqu’au Washington Post, s'interrogent. Sur le terrain, ils peuvent constater qu’il y a bien des centaines de gens qui campent dans des conditions indignes aux alentours du centre. Madame Hidalgo [maire de Paris, NDLR] doit admettre qu’il y a un problème, mais elle renvoie la balle dans le camp de l’État !

Nous appelons les gens à se joindre à notre petit-déjeuner du samedi 25 février pour affirmer notre droit à exercer la solidarité. C'est un beau rassemblement ! Outre les bénévoles, amis et soutiens, les journalistes viennent en nombre et l’unique voiture de police qui patrouille ce matin-là fait mine de ne pas remarquer une manifestation pourtant très visible et très peu légale... Certes, ce ne devrait pas être à nous de faire tout ça. Mais puisque rien n’est fait, devrait-on renoncer à être simplement humains ? Et les pressions que nous subissons sont scandaleuses ! Au moment même où la police intervient pour tenter de faire cesser nos distributions, les forces de l’ordre procèdent, à Calais, à l’arrestation de bénévoles et de salariés du Secours Catholique… Hasard du calendrier ?

Mais puisque rien n’est fait, devrait-on renoncer à être simplement humains ?

Grâce à la présence médiatique, on ne nous ennuie plus, depuis, mais nous n’osons imaginer ce qui se serait passé sans la présence permanente des caméras. Les membres d’autres collectifs sont inquiétés, avec des menaces d’interdiction de toute distribution de nourriture dans Paris.

En attendant un épilogue…

Parallèlement à notre action humanitaire, nous continuons de communiquer aussi largement que possible, car le levier de l’opinion est le seul qui nous permette de peser un minimum. Notre présence quotidienne sur le terrain nous permet de donner des informations fiables et précises et de lever peu à peu l’opacité sur le fonctionnement du centre : sous-dimensionnement qui laisse une grosse majorité de réfugiés sur le carreau (dont des centaines de mineurs) à la merci de mafieux, non prise en charge des besoins humains élémentaires (nourriture, sanitaires, accès aux soins), non accès aux droits théoriquement garantis – comme celui de demander l’asile...

Aujourd’hui, grâce à l’investissement des bénévoles qui donnent chaque jour de leur temps et de leur argent, grâce aux dons en nature et en numéraire des particuliers et des commerçants, grâce à la mise en place d’une logistique qui relève de l’équilibrisme, nous continuons à assurer chaque matin de la semaine la distribution de plusieurs centaines de petits déjeuners.

Une de nos inquiétudes est la pérennité de cette action. L’augmentation du nombre de réfugiés, visible de semaine en semaine, pose des problèmes logistiques auxquels jusqu’alors, nous réussissons à faire face en repensant notre organisation, en améliorant nos équipements. Mais de combien l’afflux de migrants augmentera-t-il avec l’arrivée des beaux jours ? Comment pourrons-nous nous adapter au changement d’échelle, le cas échéant ? Sur le terrain, la tension monte de façon préoccupante, tant les conditions sont inhumaines et les perspectives souvent nulles pour les migrants. De nombreux intervenants à l’intérieur ou autour du camp alertent sur les risques d’explosion, voire de décès. Des révoltes quasi quotidiennes ont eu lieu, ces dernières semaines, dans différents centres d’accueil. Et jeudi 13 avril, une bagarre aux abords du camp a fait 20 blessés, dont un grave3

Sur le terrain, la tension monte de façon préoccupante, tant les conditions sont inhumaines et les perspectives souvent nulles pour les migrants.

Par ailleurs, cette contribution citoyenne à un coût, en temps passé et en achats, supporté uniquement par des particuliers ! De la nourriture pour plusieurs centaines de personnes, 20 à 40 litres de lait, du thé, du café et du sucre, plusieurs centaines de gobelets (près de 600 par distribution aujourd’hui) sont à réunir chaque jour. Si on se base sur un montant de 1€ par personne, le coût des distributions atteint aujourd’hui 500 ou 600 € par jour... Quant aux heures de bénévolat, on peut les estimer à 34 heures quotidiennes, à multiplier par les 150 distributions assurées depuis les débuts du collectif. Ces chiffres donnent la mesure de notre engagement. Mais aussi celle du désengagement de l’État, qui se défausse sur de simples particuliers de son devoir d’assistance et de ses obligations légales4.

Bien sûr, tant que les pouvoirs publics n’auront pas pris leurs responsabilités, l’urgence demeure de continuer nos distributions sans que cette action soit entravée, sans que nous soyons inquiétés ou menacés. Et de même pour les autres collectifs, associations ou simples particuliers ! Il est une chose, cependant, que nous devons garder à l’esprit : ces distributions n’ont de sens que si elles restent temporaires ; elles auront atteint pleinement leur objectif le jour où plus aucun réfugié n’aura besoin d’attendre nos marmites pour manger à sa faim !



1 Voir par exemple ce témoignage « Noël au Camp ’Humanitaire’ de la porte de la Chapelle, par une bénévole d’Utopia 56 », <blog.mediapart.fr>, 19 janvier 2017.

2 Voir le communiqué de presse publié, le 13 février 2017, sur la page Facebook du collectif.

3 Benoît Hasse, « Paris : flambée de violences entre migrants au centre de la Chapelle », Le Parisien, 13 avril 2017

4 Voir Danièle Lochak, « La solidarité, un délit ? », Revue Projet n°358, juin 2017.


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