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Le campemement de la Porte de Paris, à Saint-Denis (93), où vivaient entre 400 et 800 personnes migrantes, a été évacué le 17 novembre 2020. Selon une enquête menée par le Secours Catholique-Caritas France, Utopia 56 et Action contre la faim, 25% des personnes se retrouvent à la rue le soir-même d'une évacuation. © Collectif Solidarité migrants Wilson, Saint-Denis, 17 novembre 2020.
Le campemement de la Porte de Paris, à Saint-Denis (93), où vivaient entre 400 et 800 personnes migrantes, a été évacué le 17 novembre 2020. Selon une enquête menée par le Secours Catholique-Caritas France, Utopia 56 et Action contre la faim, 25% des personnes se retrouvent à la rue le soir-même d'une évacuation. © Collectif Solidarité migrants Wilson, Saint-Denis, 17 novembre 2020.

Solidarité migrants Wilson : Le collectif en lutte malgré lui Contre-pouvoirs


Évacuer les camps pour mettre à l’abri les migrants : l’intention semble louable. Le collectif Solidarité migrants Wilson dénonce pourtant une stratégie d’invisibilisation des personnes exilées. Face à celle-ci, les membres du collectif ont été obligés de s’ériger en contre-pouvoir, faute d’une réelle coopération possible avec le gouvernement.


En 2016, des centaines de femmes et d’hommes exilés, chassés de Paris, se sont installés sur l’avenue Wilson, à Saint-Denis (93). C’est là qu’est né notre collectif, de l’initiative de quelques habitants désireux de partager un peu d’humanité, de pain et d’eau avec leurs nouveaux voisins. Très vite, une prise de conscience s’opère : les évacuations à répétition des camps résultent d’une stratégie délibérée d’invisibilisation des exilés. D’imposants et coûteux dispositifs policiers empêchent les réinstallations, reléguant les personnes remises à la rue de plus en plus loin de Paris et de ses ressources (alimentation, soins, cours de français, accès aux droits, etc.). Cette stratégie, qui ajoute du chaos à la misère, crée de nouveaux campements, plus précaires, dans les zones pauvres et isolées et brise les exilés. Elle est le prolongement d’une politique des frontières mortifère qui, de Tripoli à Lille, a déjà tué des dizaines de milliers de personnes et assassine encore.

Face à cette réalité meurtrière sciemment orchestrée, la réponse humanitaire des citoyens et citoyennes engagés ne peut suffire.

Face à cette réalité meurtrière sciemment orchestrée, une chose devient claire : la réponse humanitaire des citoyens et citoyennes engagés ne peut suffire ! Sollicités, État et mairies se renvoient la balle. Pire, nous faisons face à des pressions et des tentatives réitérées d’interdire nos distributions. Les rares actions municipales, toujours obtenues de vive lutte, sont dérisoires face aux besoins des camps où l’on devient fou ; dérisoires face à l’impératif de préserver notre démocratie. Cette attitude nous contraint malgré nous à un rapport de force, pour exiger une justice élémentaire pour tous.

Guerre de l’image, pour rendre visible la situation des exilés dans l’espace public. Guerre de la communication, pour acquérir la notoriété qui nous protège des dissuasions policières. Guerre juridique, pour permettre à ces personnes l’accès à leurs droits fondamentaux et rappeler à leurs obligations l’État et les instances locales, liés par des conventions internationales systématiquement bafouées. Guerre de territoire, en refusant de nous cacher pour agir, en organisant des rassemblements malgré les intimidations policières, en continuant à distribuer dans Paris afin de contrecarrer la stratégie de bannissement.

Heureusement, face à la frustration et au sentiment d’impuissance, la dimension collective change la donne. Dans notre collectif, chacun s’engage en conscience et contribue comme il ou elle le peut et le souhaite. Dans cet esprit, nous travaillons en réseau avec d’autres acteurs de terrain : Médecins du monde, la Ligue des droits de l’Homme, le Secours Catholique-Caritas France et tant d’autres. Une vaste chaîne de solidarités qui, au-delà de Paris, s’étend au travers des continents et des années.

Et nous avons remporté des batailles, au prix de mobilisations harassantes et de leur forte médiatisation : prise en charge des distributions alimentaires par la mairie de Paris en 2017 et 2018 ; ouverture d’un centre de jour en 2019 ; arrêt de l’interdiction des distributions dans la capitale en 2019 ; installation d’équipements sanitaires sur les camps à Paris, Saint-Denis, Aubervilliers… Victoires dérisoires au regard de la catastrophe en cours, inespérées pourtant, et symboliquement fortes.

Nous sommes fiers d’être parvenus à sortir un tant soit peu la question de la maltraitance des personnes exilées à Paris d’une invisibilisation planifiée.

S’il fallait établir un bilan, nous sommes fiers d’être parvenus à mener une action humanitaire de cette ampleur et à sortir un tant soit peu la question de la maltraitance des personnes exilées à Paris d’une invisibilisation planifiée. Dans cette guerre d’usure, notre résistance portera ses fruits dans un avenir lointain. Mais nous ne nous décourageons pas ! En insistant sur l’urgence de la mobilisation, en l’érigeant en impératif moral et politique, nous refusons la résignation, nous réouvrons le champ des possibles, nous proposons aux individus comme aux collectivités de se positionner – l’exemple des « villes sanctuaires » aux États-Unis, qui refusent de cautionner les violations des droits et proposent des modalités d’intégration des personnes sans papiers, montre qu’il existe d’autres voies. Notre engagement et nos réalisations prouvent que nos valeurs peuvent se traduire en actes. L’enjeu, au-delà des vies à sauver, est celui de notre vivre-ensemble et de notre devenir commun. C’est aussi de rester, nous-mêmes, simplement humains. Pour affirmer ces valeurs, nous avons été contraints à la désobéissance civile et nous nous étonnons que les simples citoyens et citoyennes que nous sommes aient dû se positionner comme contre-pouvoir, dans un rapport de force permanent avec une politique meurtrière pourtant menée en notre nom.

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