Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Réfugiés : sortir de l'impasse

Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile… de qui parle-t-on ?

Syrian refugee camp, Karkosik Erbil 2014 © Mustafa Khayat
Syrian refugee camp, Karkosik Erbil 2014 © Mustafa Khayat
Une même personne peut être qualifiée différemment ou changer de statut au cours de son déplacement – de réfugié à clandestin par exemple -, ce qui a des répercussions fortes sur ses droits. Voici un petit memento pour éclaircir ces termes et comprendre qui sont les 65,3 millions de personnes « déracinées » dans le monde et qui ne vivent pas dans leur pays de naissance. Les chiffres sont ceux de l’année 2015 .

Migrant

Selon l’Onu, le migrant est une personne qui vit plus d’un an dans un pays autre que celui de sa naissance. Les 2/3 des migrants s’installent dans un pays limitrophe au leur, afin de rester proches de leurs réseaux. Leurs déplacements peuvent être volontaires (études, travail, raisons familiales) ou forcés (demandes d’asile). En 2015, l’Onu en dénombre 244 millions (soit 3,3 % de la population mondiale). En France, en 2014 et hors Mayotte, l’Insee évaluait leur nombre à 5,9 millions (environ 8,9 % de la population).

Réfugié

D’après la convention des Nations unies relative au statut des réfugiés de 1951, dite convention de Genève, le réfugié est une personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». L’Onu met en œuvre cette convention grâce au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), créé en 1949.

En 2015, il y avait 21,3 millions de réfugiés dans le monde, dont 51 % de moins de 18 ans, divisé en deux catégories. Le réfugié « statutaire » est celui dont la demande de protection est étudiée individuellement, sur la base des critères de la convention de Genève. Les réfugiés « prima facie » sont identifiés collectivement à la suite d’une situation de violence, telle qu’un un bombardement. Ils sont plus nombreux que les statutaires. En France, ils relèvent de la « protection subsidiaire ».

Il faut ajouter les 5,2 millions de réfugiés palestiniens (dont s’occupe l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) auxquels la convention de Genève ne s’applique pas.

La majorité des personnes déplacées ou réfugiées sont accueillies dans les pays limitrophes. L’Asie du Sud-Est, l’Afrique de l’Est et le Moyen-Orient sont très concernés. Si le nombre total de réfugiés décroissait depuis 1990, la crise syrienne contrarie cette tendance. 54 % des réfugiés viennent d’Afghanistan, de Syrie et de Somalie.

L’UNHCR propose trois solutions aux réfugiés : le rapatriement volontaire au pays d’origine – si les risques ayant motivé le déplacement ont disparu –, l’intégration locale dans le pays d’accueil (en 2015, 3,2 millions de réfugiés demandent l’asile dans le pays d’accueil) ou l’installation dans un pays tiers. S’ils sont déboutés, ils peuvent devenir clandestins (ou « sans-papiers »).

Déplacés internes

Ce sont des personnes qui ont dû quitter leur habitat par la force, mais qui sont restées dans leur pays. Elles étaient 40,8 millions en 2015. Avec la fermeture croissante des frontières, leur nombre est en constante augmentation. Proportionnellement à la population nationale, c’est en Colombie que les déplacés sont les plus nombreux.

Apatrides

Ce sont ceux qui n’ont plus de papiers, parce qu’ils viennent d’une région non reconnue officiellement ou parce que leurs droits ne sont pas attribués suite à des discriminations. Ils seraient 10 millions en 2015.

Migrants économiques

Il est difficile de dire à partir de quand quelqu’un, qui part de sa région d’origine car il ne peut y survivre, est un migrant « économique » et en quoi ce départ est « volontaire ». La majorité des « migrations non contraintes », dans nos pays, a pour motivation les études ou le regroupement familial. En France, 9,5 % des titres de séjour délivrés en 2015 par le ministère de l’Intérieur l’ont été pour le travail (32,2 % pour des études et 41,5 % pour regroupement familial ou réunion de conjoints).

Migrations environnementales

Qualifiées également de « climatiques », elles ne répondent pas à une définition spécifique. Dans quelle mesure les causes de départ sont-elles « environnementales » ou conséquentes de problèmes politiques qui ont dégradé l’environnement ?

Les camps

Afin d’apporter une aide d’urgence et de stabiliser les flux migratoires, 56 % des réfugiés ont été dirigés vers des camps en 2015. Ces camps sont souvent administrés par l’UNHCR et par des Ong, mais beaucoup d’entre eux sont informels et reçoivent peu d’aide : c’est souvent le cas des camps de déplacés. Ils incarnent de nouveaux centres urbains, qui perdurent parfois : au sein des villes, ils peuvent se transformer en quartiers, organisés et légiférés par les gestionnaires responsables, mais aussi en bidonvilles. La durée moyenne de séjour dans un camp est de plus de 12 ans.

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Rôle et nature de l'actionnariat dans la vie des entreprises

Resumé Si la croissance rentable est le principal objectif pour les actionnaires, elle ne peut être leur seule visée. Il importe de mettre en œuvre des processus qui précisent les modes de relation avec les dirigeants de l’entreprise. Celle-ci a les actionnaires qu’elle mérite : seront-ils les partenaires du développement social ? De nombreuses situations récentes ont montré l’influence grandissante des actionnaires. Dernier exemple en date, en France, celui de Danone : après avoir renoncé à acq...

Religion et conflits

Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur, elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine. Existe-t-il des conflits à proprement parler religieux ? A priori, on serait tenté de répondre de manière affirmative au vu des incidents sanglants qui opposent des groupes et des communautés, se réclamant, de par le monde, de leurs croyances religieuses pour défendre et promouvoir des intérêts politiques. L’actualité internationale évoque avec constance ces guerres...

Du même dossier

La solidarité, un délit ?

« Aider un étranger à pénétrer ou à séjourner » en France est devenu un délit, à quelques exceptions près. Devrait-on accepter, sans ciller, que la France viole sa propre légalité ? « Si la solidarité est un délit, je demande à être poursuivi(e) pour ce délit »Aucun texte, bien sûr, n’incrimine la solidarité[1]. Mais l’expression a été popularisée lorsque, en mai 2003, 354 organisations et près de 20 000 personnes ont apposé leur signature au bas d’un Manifeste des délinquants de la solidarité2,...

Chacun rejette les exilés sur son voisin

Si les États européens (dans et hors de l'Union) semblent se renvoyer les réfugiés entre eux, c'est qu'ils peuvent s'appuyer sur une réglementation ad hoc : la procédure Dublin. Entre gestion des flux et désengagement, retour sur les coulisses des politiques européennes. Les stratégies menées par des États européens ressemblent à des politiques de gestion de flux plus qu’à de réelles politiques d’asile conformes au droit. Ils déplacent et transforment la fonction des frontières à partir d’un mod...

Droits de l’homme : tenir notre promesse

Que pense le Défenseur des droits de la façon dont les étrangers sont accueillis et traités sur notre territoire ? L'avis de Jacques Toubon ou comment la France regarde les individus d'abord en fonction de leur nationalité et non de leur individualité. Les différentes lois relatives aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers ont, à de rares exceptions, conduit à une régression de la situation des étrangers. Ce faisant, elles ont renforcé la banalisation, dans les esprits et dans le droit...

Du même auteur

L’Ofpra, les migrants sahraouis et l’anthropologue

Quand l’organisme qui instruit les dossiers des demandeurs d’asile, l’Ofpra, demande de l’aide à une anthropologue au sujet des migrants sahraouis, leurs logiques entrent en confrontation. Retour d’expérience. Alors que j’avais réalisé une thèse en anthropologie sur la situation des camps sahraouis, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) me contacta pour répondre aux questions des officiers de protection qui devaient statuer ...

Quand l’humanitaire choisit ses victimes

Les organisations humanitaires viennent en aide aux victimes, grâce, notamment, à notre argent. Pour nous inciter au don, elles mettent en scène les victimes les plus à même de nous émouvoir, au risque de simplifier le message et d’en oublier d’autres, moins idéales. Régulièrement, sur les murs des villes, sur les écrans des téléviseurs, des images chocs. Une enfant maigre, une mouche au coin de la bouche : la faim. Une image floue, en mouvement, dans laquelle on discerne les éclats d’une arme e...

Quel développement sans État ? Le cas d’Haïti

Table ronde – Nul pays n’est davantage qu’Haïti l’objet de la compassion et de l’aide internationale. Pourtant la population lutte pour survivre. À qui la faute ? À l’État, aux ONG, aux puissances étrangères, aux multinationales, aux élites locales ? Débat entre le coordonnateur de l’aide française, une anthropologue et une volontaire d’ATD Quart Monde. prLe 12 janvier 2010, le séisme fait des dizaines de milliers de morts en Haïti1. Est-ce uniquement le résultat d’une « catastrophe naturelle » ...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules