Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Pour ce numéro d’été, la Revue Projet propose une vaste compilation d’articles publiés dans ses pages « Exploration Démocratique », inaugurées en 2022, en partenariat avec le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Démocratie et Participation.
On n’a pas fini d’explorer la condition démocratique. Alors que le nombre de régimes qualifiés de « démocraties libérales » continue de décroître et se situe aujourd’hui au niveau le plus bas depuis trente ans1, que chaque jour l’actualité donne à voir les attaques de dirigeants, certes démocratiquement élus, envers la justice, les libertés associatives, les agences de régulation ou les contre-pouvoirs, et que l’université elle-même est prise en étau entre l’austérité et la remise en cause des libertés académiques, les sciences sociales poursuivent leurs investigations sur ce qui fait tenir la démocratie.
Les articles réunis dans ce dossier, pour la plupart signés par de jeunes chercheuses et chercheurs, témoignent de cette vitalité scientifique que tente d’animer le GIS Démocratie et Participation en partenariat avec la Revue Projet. Ces explorations démocratiques s’intéressent en particulier aux réponses qui s’inventent face à déconsolidation démocratique, aux expérimentations en acte.
Les dispositifs de démocratie participative – ici en France, mais aussi en Amérique latine – se heurtent aux écueils bien connus de l’inclusion des classes populaires ou de l’impact sur la décision publique. Les lignes bougent malgré tout, comme en atteste la légitimation croissante du tirage au sort au sort en politique à laquelle ont contribué ces dernières années la Convention citoyenne pour le climat ou le processus constituant chilien.
À côté de ces innovations démocratiques venues d’en haut, le dossier donne également à voir la vitalité des formes d’auto-organisation à la base, comme le montre le renouveau des pratiques coopératives, autogestionnaires ou communalistes. Entre deux, plusieurs articles reviennent sur le travail d’intermédiation nécessaire à la mobilisation des groupes marginalisés en particulier, femmes des quartiers populaires, exilés ou classes populaires.
Reconstruire, ou approfondir, la démocratie suppose de valoriser et défendre le rôle des collectifs aujourd’hui attaqués.
Car la démocratie ne se résume pas à un ensemble d’institutions, elle requiert également l’inclusion des groupes dominés dans les processus de décision collective et la fabrique du commun. Reconstruire, ou approfondir, la démocratie comme forme de vie suppose de valoriser et défendre le rôle des collectifs qui sont précisément attaqués aujourd’hui quand ils osent interpeller les gouvernants.
Derrière ces conflits, qui sont le carburant de la démocratie, c’est la définition des frontières du politique qui est en jeu : la vie de la cité se résume-t-elle à l’exercice du suffrage ou suppose-t-elle aussi d’autres modalités d’intervention ?
Si la réponse peut paraître évidente, elle fait l’objet de luttes intenses que documentent les sciences sociales, sur le rôle par exemple dévolu à la société civile. Celle-ci doit-elle demeurer neutre ? « Si vous voulez faire de la politique vous n’avez qu’à vous présenter aux élections », défendait un des rapporteurs de la loi confortant le respect des principes de la République en 2021, qui cible notamment les associations2.
Derrière ces conflits, c’est aussi l’essor d’un autoritarisme doux qui se dessine dans notre pays, dont les instruments pourraient s’avérer incontrôlables en cas d’arrivée de forces anti-démocratiques au pouvoir en 2027.