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Des préoccupations quotidiennes à l’intérêt général

Manifestation contre la privatisation de l'hôpital d'Angoulême, 2005 (c) Pierre-Alain Dorange
Manifestation contre la privatisation de l'hôpital d'Angoulême, 2005 (c) Pierre-Alain Dorange
Intérêts particuliers et intérêt général ne sont pas forcément contradictoires. Au contraire. En s’engageant pour une cause locale, on peut découvrir le goût du faire ensemble, la satisfaction des luttes remportées à plusieurs et être pris de l’envie d’explorer des horizons plus vastes.

En France, l’idéal démocratique de la participation de tous, qui s’impose de plus en plus, s’oppose à l’idéal de l’égalité de tous, hérité de la Révolution française. L’idéal d’égalité des droits s’était alors traduit par l’interdiction de toutes les associations, groupes de pression et autres corporations, qui viendraient parasiter la formation de l’intérêt général, en rendant certains citoyens plus influents que d’autres. L’intérêt général devrait notamment être atteignable grâce au progrès de la science et à son objectivité supposée. L’élite scientifique et administrative forme alors une technocratie, à la fois progressiste et paternaliste, qui a souvent tendance à rendre les citoyens passifs et à inhiber des mises en mouvement. Elle monopolise la formulation du commun et délégitime la participation citoyenne.

Pourtant, dans les faits, les processus de prise de décision sont très inégalitaires, comme l’illustrent le rôle du lobbying des grandes entreprises dans les décisions publiques ou les discriminations liées aux origines, à la religion, à l’âge, aux niveaux d’études, etc. Devenu central, l’impératif participatif vient interroger un modèle très centralisé et pyramidal. Mais cette injonction se heurte à des écueils, qui illustrent un héritage toujours très présent : la recherche théorique du citoyen ordinaire et l’idée que l’intérêt général, si tant est qu’il existe, devrait être la porte d’entrée de la participation politique. Finalement, les mobilisations citoyennes sont parfois disqualifiées au nom de l’intérêt général, quand, paradoxalement le lobbying des entreprises ne l’est presque jamais.

Partir du monde tel qu’il est

Un détour par le pragmatisme anglo-saxon nous apprend que l’on peut commencer par se préoccuper uniquement de ses intérêts pe

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4 réactions pour « Des préoccupations quotidiennes à l’intérêt général »

Hervé Bry
14 May 2018

La reconstruction du "commun" à partir de communautés existantes est, d'une certaine manière, ce que décrit Rod Dreher dans son livre "comment rester chrétien dans un monde qui ne l'est plus" : fonder de petites communautés solides et bien formées aux questions de foi et de doctrine sociale chrétienne, afin de devenir les noyaux d'une reconstruction de la société alors que celle-ci se morcelle en individualismes et communautarismes ne cherchant au mieux qu'un intérêt à peine général, et certainement pas le bien commun. Tout à fait d'accord avec l'article lorsque l'accent est mis sur la question de l'éducation. La difficulté étant que plus personne aujourd'hui ne sait faire la différence entre "intérêt général" et "bien commun", et que même l'intérêt général, qui est une façon de trouver un équilibre entre des tensions égoïstes, est mis au rebut par une grand nombre de personnes (individus à tous les niveaux de responsabilité) qui, sans en avoir toujours conscience, se comportent comme des prédateurs du système et de la société elle-même.

Hervé Bry
14 May 2018

Il y a quelque chose de gênant à parler de luttes et d'intérêt général. Le langage est martial, alors que l'évangile nous parle d'amour. Travailler au bien de tous, construire localement par amour, utiliser à plein nos espaces de responsabilité, de liberté, cela s'appelle participer au bien commun. Saint Paul nous dit que l'amour ne cherche pas son intérêt. L'enseignement social chrétien n'est pas moins exigeant, mais me paraît plus pacifique dans l'esprit, que le ton de cet article, très intéressant au demeurant.

Jean Merckaert
24 April 2018

Cher lecteur,
En effet, les ONG font elles aussi du lobbying et ne s'en cachent pas. Un lobbying citoyen que l'on nomme "plaidoyer". Je vous invite à lire à ce sujet l'article "Plaidoyer pour le plaidoyer", de Jean Merckaert, paru dans notre numéro "Monde cherche citoyens". Bonne lecture.

Jean-Louis PY
21 April 2018

"Lobbying"... toujours ou presque associé à Entreprises. Il n'y a pas que les entreprises qui font du lobbying. Toutes les ONG font du lobbying, tous les groupes de pensée de l'Eglise catholique au CRIF, les mouvements LGBT, ou la franc-maçonnerie. Qu'est ce que le lobbying ? Au sens étymologique c'est se poster dans un lobby, un salon, pour exposer à un décideur (ou un législateur qui décide du contenu de la loi) des arguments en faveur ou défaveur de telle ou telle position. La complexité du monde est telle que LA Vérité n'existe pas et que, donc, personne ne peut s'en prétendre dépositaire. Il est donc utile au décideur de connaitre la vérité de l'un, de l'autre et... des autres. Ce lobbying va des rencontres plus ou moins discrètes en tête à tête, jusqu'aux dîners en ville et aux inaugurations de chrysanthèmes. Et ceux qui dénoncent le lobbying n'en sont souvent pas les acteurs les moins actifs.

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