Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Extrême droite : écouter, comprendre, agir

Face à l’extrême droite

Drapeaux français @ Aurore Chaillou
Drapeaux français @ Aurore Chaillou

Les idées d’extrême droite ne cessent de progresser, dans les discours et dans les urnes. En France, le Front national perce y compris parmi les jeunes, les fonctionnaires, les femmes, les catholiques, voire chez les enfants d’immigrés, des catégories de population que l’on croyait, jusqu’ici, plus hermétiques. Le phénomène interroge.

Pour beaucoup, ce vote est délibérément transgressif. Qui n’a jamais éprouvé de colère devant l’hypocrisie de certains responsables politiques ? Qui ne s’est jamais senti moqué, voire trahi par le fossé entre les paroles et les actes ? Qui n’a jamais été tenté par une forme de désespérance quand les majorités successives semblent impuissantes à proposer un autre cap ? Quand ces sentiments rencontrent une réalité marquée par l’inquiétude quant à l’avenir des enfants, la précarisation du travail et des liens sociaux, la raréfaction des services publics de proximité, comment s’étonner qu’ils se muent en ressentiment envers des élites qui semblent sourdes à leurs cris ? Alors on ne vote pas. Ou, sans même souhaiter sa victoire, on vote FN, en forme de bras d’honneur.

Chez d’autres, le discours convainc – et ne voir dans leur choix que l’expression d’un ressenti serait leur faire injure. Le cadre d’analyse frontiste répond à une soif de comprendre le monde. Il met des mots intelligibles sur des maux vécus. Faut-il vraiment s’étonner que prospère un discours qui met en avant la protection des petites gens, la sauvegarde des services publics, la reconquête d’un pouvoir d’agir du politique, la défense de repères identitaires dans un monde qui bouge si vite ?

Le FN a beau jeu d’instrumentaliser ces légitimes préoccupations. De se prétendre le meilleur défenseur des valeurs républicaines. De faire miroiter le retour illusoire d’une France glorieuse, en prenant soin de taire l’alignement de sa politique étrangère derrière Poutine. De draper son nationalisme dans les atours sociaux de l’État-providence pour élargir son audience, tout en cultivant un poujadisme anti-étatiste pour satisfaire son électorat traditionnel. En France, comme ailleurs en Europe, l’extrême droite est un leurre, mais les ingrédients qui font son succès sont bien là.

S’il est nécessaire qu’au nom des valeurs humanistes ou évangéliques, des autorités morales et religieuses tracent des lignes rouges à l’attention des indécis, les condamnations seront vaines face au SOS lancé par nombre d’électeurs du FN. Car leur revendication première est existentielle. Exister. Être reconnus. Compter pour la société, et que la société compte sur eux. En témoignent certains territoires, où des projets économiques, sociaux, sportifs, culturels ou religieux suscitent des rencontres et contribuent à souder les habitants, à forger une fierté collective. À éloigner les sentiments d’humiliation, d’abandon ou d’impuissance.

Mais la réponse à l’extrême droite ne saurait être uniquement de proximité. La lutte contre le chômage, les inégalités d’accès aux services publics, la refondation du système de protection sociale, la crise du monde agricole, les dérives de la finance, le climat… appellent des réponses politiques nationales ou européennes, voire mondiales. Si tous nos responsables politiques et les médias qui leur servent de caisse de résonance déployaient autant d’énergie pour la faim dans le monde, le mal-logement ou la sortie de l’ère du pétrole que pour une tenue de bain érigée en menace pour la France, aboutirait-on aux mêmes résultats électoraux ? S’ils nous expliquaient, comme le font certains, le vécu des Érythréens, des Afghans et des Syriens, plutôt que de représenter le migrant comme une menace, les réfugiés ne recevraient-ils pas meilleur accueil dans notre pays ? Si les images en boucle de faits violents faisaient droit au silence nécessaire à la prise de recul ou à des initiatives enthousiasmantes, peut-être s’apercevrait-on que nos peurs sont largement construites. Et qu’aussi grands soient les défis, il n’est pas interdit de rêver. Ici réside sans doute la priorité du politique  : être capable, à nouveau, d’imaginer et de poursuivre un horizon commun.

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Rôle et nature de l'actionnariat dans la vie des entreprises

Resumé Si la croissance rentable est le principal objectif pour les actionnaires, elle ne peut être leur seule visée. Il importe de mettre en œuvre des processus qui précisent les modes de relation avec les dirigeants de l’entreprise. Celle-ci a les actionnaires qu’elle mérite : seront-ils les partenaires du développement social ? De nombreuses situations récentes ont montré l’influence grandissante des actionnaires. Dernier exemple en date, en France, celui de Danone : après avoir renoncé à acq...

Religion et conflits

Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur, elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine. Existe-t-il des conflits à proprement parler religieux ? A priori, on serait tenté de répondre de manière affirmative au vu des incidents sanglants qui opposent des groupes et des communautés, se réclamant, de par le monde, de leurs croyances religieuses pour défendre et promouvoir des intérêts politiques. L’actualité internationale évoque avec constance ces guerres...

Du même dossier

Aux chrétiens tentés par le Front national

L’extrême droite peut séduire des chrétiens, sur le fondement d’une interprétation de principes hérités du christianisme (sur la famille, le respect de la vie naissante, la valorisation du patriotisme…). Or l’extrême droite charrie des valeurs opposées à l’Évangile et à la pensée sociale chrétienne. Des intellectuels chrétiens ont pris la plume : pour eux, il s’agit de ne pas se tromper d’espérance. Longtemps, les convictions des catholiques (du moins les « pratiquants ») ont semblé faire barrag...

Note au Premier ministre

Mai 2017. Marine Le Pen est élue présidente de la République. Quelles conséquences pour les institutions ? Quelle résistance opposeront fonctionnaires, médias et société civile ? Dans une note fictive au chef du gouvernement, un haut fonctionnaire envisage froidement le scénario. Ou du moins, un scénario. Vous m’avez demandé de rédiger une note envisageant les conséquences de l’élection de Madame Marine Le Pen à la présidence de la République, le 7 mai 2017. La présente note aborde successivemen...

Une laïcité avec les religions

Dans une commune de l’est francilien, chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes se rencontrent régulièrement, dans les moments de fête comme ceux de recueillement. Une manière fraternelle de dépasser ses préjugés. À Bussy-Saint-Georges, commune de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, le vote d’extrême droite était de 17  % aux dernières élections régionales, contre 25  % dans les communes alentour. Une des principales explications me semble liée aux religions. Depuis 2012, un dialogue interrel...

Du même auteur

Chocolat amer

L’or brun. En Côte d’Ivoire, les fèves de cacao font vivre une bonne partie de la population. Mais elles aiguisent aussi les appétits. Non sans conséquences sur les fuites de capitaux, l’impossibilité de déloger la classe dirigeante et la violence  armée. C’est ce que révèle cette enquête… au goût amer. Un seul pays d’Afrique est leader mondial dans l’exportation d’une matière première a...

Pour une économie relationnelle

« On peut en savoir beaucoup sur quelqu’un à ses chaussures ; où il va, où il est allé ; qui il est ; qui il cherche à donner l’impression qu’il est ». À cette observation de Forrest Gump dans le film éponyme1, on pourrait ajouter : « Quel monde il invente ». Car l’analyse du secteur de la chaussure, objet du quotidien s’il en est, en dit long sur notre système économique. Un système qui divise. À commencer par les humains : quel acheteur est capable de mettre un visage derrière la fabrication ...

Libérons-nous de la prison !

Nous aurions pu, comme en 1990, intituler ce numéro « Dépeupler les prisons » (Projet, n° 222). Car de l’inventaire dressé alors, il n’y a pas grand-chose à retirer. Les conditions de vie en détention, notamment pour les courtes peines et les détenus en attente de jugement, restent indignes d’un pays qui se veut « patrie des droits de l’homme ». Mais à la surpopulation carcérale, on préfère encore et toujours répondre par la construction de nouvelles prisons. Sans mesurer que plus le parc pénit...

Vous devez être connecté pour commenter cet article

1 réactions pour « Face à l’extrême droite »

Michel Vial
30 November 2016

C'est toujours sur le même terreau de peur et de misère que prospère ces mouvements xénophobes et autoritaires. Dans notre société les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches.
La seule façon de dégonfler ces baudruches artificielles est pour les gouvernants de redonner de la dignité au peuple, de lutter contre les intolérances et les injustices sociales. Liberté Egalité Fraternité ne peuvent plus être vidés de leur sens

* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules