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Vers un avenir convivialiste

Nathanaël Wallenhorst
Chercheur

L’avenir est indéterminé. Radieux pour certains, inexistant pour d’autres. Une troisième hypothèse se dessine : celle d’un futur convivialiste, où la technologie pourrait avoir toute sa place. L'avenir est indéterminé Radieux pour certains inexistant pour d'autres Une troisième hypothèse se...

Taïwan – Une pirate au ministère

Émilie Frenkiel
Chercheur

Audrey Tang a commencé sa carrière politique en hackant les sites du gouvernement taïwanais pour rendre leur contenu accessible à tous. Aujourd’hui ministre du numérique, elle entend faire de l’esprit du web la base de la démocratie de son pays. Audrey Tang a commencé sa carrière politique en ha...

Okhin, hacker battant

Anne de Mullenheim
L'équipe de rédaction

Okhin est un « hacktiviste » : il détourne, contourne, défait les systèmes qui contreviennent aux libertés des citoyens sur Internet. Pour tenter de changer le monde avec des lignes de code. Okhin est un hacktiviste il détourne contourne défait les systèmes qui contreviennent aux libertés des citoye...

Le militantisme, cinquante ans après Mai 68

Anaïs Theviot
Chercheur

Nouvelles causes, nouveaux collectifs, nouveaux moyens : Internet permet aujourd’hui de gagner en visibilité et d’organiser les mobilisations. Sans rendre l’action de terrain obsolète pour autant ! Nouvelles causes nouveaux collectifs nouveaux moyens Internet permet aujourd'hui de gagner en visibilité et d'organ...

Pour une reconquête de l’attention

Marion Dualé, Yves Marry et Florent Souillot
Acteur de terrain

La démocratisation du smartphone a profondément changé nos manières d’être et d’interagir en société. Avec quelles conséquences sur l’engagement individuel et collectif ? La démocratisation du smartphone a profondément changé nos manières d'être et d'interagir en sociét...

Chine – La grande muraille numérique

Agathe Mellon
L'équipe de rédaction

Internet fait partie intégrante de la stratégie de censure du gouvernement chinois, renforcée par l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. De quelle marge de manœuvre les citoyens disposent-ils encore pour exprimer une contestation sociale en ligne ? Internet fait partie intégrante de la stratégie de c...

Grand débat : ce que la technique dit du politique

Clément Mabi
Chercheur

Dans le cadre du « grand débat national », de nombreuses plateformes de concertation et de participation citoyennes ont été créées, testées, contestées. Chacune d’entre elles reflétant un projet politique différent. Dans le cadre du grand débat national de nombreu...

Protéger ses données sur Internet

Agathe Mellon
L'équipe de rédaction

La moindre de nos recherches sur Internet génère des informations sur nous. Pour éviter d’être « tracé » et protéger sa vie privée, quelques techniques simples. La moindre de nos recherches sur Internet génère des informations sur nous Pour éviter d'être tracé et protéger s...

Réseaux sociaux : ont-ils enterré le débat public ?

Amaelle Guiton
Journaliste

En cinq ans, les réseaux sociaux, longtemps considérés comme catalyseurs de mobilisations citoyennes, seraient devenus des fossoyeurs de la démocratie. Or l’usage qu’il en est fait dépend grandement de leur architecture technique… En cinq ans les réseaux sociaux longtemps considérés comme cat...

Afrique – Quand la démocratie se joue en ligne

Laurent Duarte
Acteur de terrain

Le virage numérique qu’a connu l’Afrique a permis à de nombreuses voix dissidentes de se faire entendre, contournant la censure. Mais il pose la question de la sécurité des cybermilitants… et ne remplace pas l’engagement de rue. L’expérience du collectif « Tournons la page...

Fracture numérique, fracture sociale

Guillaume Garczynski
Acteur de terrain

Une connexion vous manque et tout est dépeuplé. L’injonction sociale et administrative à maîtriser l’outil numérique est forte ; ceux qui n’y parviennent pas peuvent rapidement se replier sur eux-mêmes. La fracture numérique serait-elle un facteur de démobilisation citoyenne...

« Partager c’est sympa »

Victor Vauquois
Acteur de terrain

Des formats vidéo courts, dynamiques, attractifs : la chaîne YouTube « Partager c’est sympa » mise, comme son nom l’indique, sur la viralité de ses contenus pour mobiliser autour de la question climatique. Témoignage du scénariste de l’équipe. Des formats vidéo courts dyn...

L’engagement à l’heure du haut débit

Benoît Guillou
L'équipe de rédaction

L'arrivée d'Internet puis du web a bouleversé nos comportements nos relations sociales mais aussi notre répertoire de mobilisation politique Dès les élections américaines de 2008 Barack Obama réussit la première campagne on line du XXIe siècle en utilisant massivement les réseaux sociaux On compte aujourd'hui 4 4 milliards d'internautes ...

Pour un métissage des pratiques de mobilisation

Manuèle Derolez et Léna Lazare
Acteur de terrain

« Youth for climate » est né grâce à Internet, quand le CCFD-Terre solidaire, fondé dans les années 1960, a dû apprendre à l’utiliser. Aujourd’hui, un métissage entre les pratiques est nécessaire, pour décupler leur force de frappe. Entretien crois&eacut...

Internet, dates, chiffres et notions clés

Anne de Mullenheim et Agathe Mellon
L'équipe de rédaction

Quelques définitionsInternetInternet est un réseau mondial de câbles informatiques Il sert de support à différents protocoles comme les messageries électroniques les échanges de fichiers les intranets des entreprises et le web la toile des pages formatées en langage HTML mises en réseau par les hyperliens CodeIl s'agit des consignes donn...

Qu’est devenue l’utopie d’Internet ?

Anne Bellon
Chercheur

Aux débuts d’Internet, un idéal d’horizontalité, de gratuité, de liberté. Trente ans après, le web s’est centralisé, marchandisé, et a été colonisé par les géants du numérique. Ces derniers ont-ils trahi l’utopie des pionniers d’...

Question en débat : Internet réinvente-t-il le militantisme ?
Audrey Tang CC0 1.0
Audrey Tang CC0 1.0

Taïwan – Une pirate au ministère


Audrey Tang a commencé sa carrière politique en hackant les sites du gouvernement taïwanais pour rendre leur contenu accessible à tous. Aujourd’hui ministre du numérique, elle entend faire de l’esprit du web la base de la démocratie de son pays.


Audrey Tang naît en 1981 à Taïwan. Elle se passionne pour la programmation à 8 ans, codant sur des cahiers. Cette programmeuse de génie prend sa retraite en tant que consultante à 33 ans pour mettre son talent au service de la politique. « Notre génération est la première à s’exprimer librement après quarante ans de dictature de Tchang Kaï-chek. […] Internet et la démocratie ont évolué ensemble.1 » Audrey cherche à démocratiser la politique en lui apportant l’autogestion, la confiance dans l’intelligence collective et de meilleurs outils pour rendre possibles des espaces de parole.

Sa vision de la politique est profondément inspirée de l’esprit de partage et d’autogouvernement des pionniers du world wide web. En effet, ni institution ni gouvernement ne régulaient Internet à ses débuts. Il s’agissait d’un ensemble de protocoles conçus par des opérateurs télécoms qui s’étaient mis d’accord pour rendre disponibles leurs lignes de code sur le réseau. Quiconque souhaitant prendre part à la construction de la « toile » devenait simplement membre en s’inscrivant bénévolement aux groupes de travail. Les documents publiés donnaient lieu à de longs débats en ligne ; les décisions étaient prises par consensus, sans système de représentation, ni de chef ou de lobby. Un accord n’était trouvé que lorsque plus personne n’exprimait d’opposition. Tous partageaient le même objectif : que le code fonctionne.

Sa vision de la politique est profondément inspirée de l’esprit de partage et d’autogouvernement des pionniers du world wide web.

gOv, point de bascule de la politique taïwanaise

En 2012, un clip du gouvernement taïwanais s’attire les foudres des internautes. Il présente des citoyens dépassés par la complexité d’une réforme économique, auxquels une voix off explique que, plutôt que de comprendre, « il est préférable de se retrousser les manches et de se mettre au travail ». Une ode à l’autorité insupportable pour la « société Internet », fondée sur la rapidité, la confiance, l’égalité et le partage.

Quatre hackers lancent alors un système d’audit citoyen du budget gouvernemental : rendant accessibles les données du Bureau des comptes et statistiques, ils permettent au public de noter et de commenter chaque section. Le principe est de construire pour chaque site officiel (terminant par gov.tw) une bifurcation (g0v.tw) en open data (littéralement, « données ouvertes ») plus transparente et participative. La description et l’origine des projets de loi ainsi que leurs amendements sont présentés de façon ludique et lisible. Pour favoriser les débats, chaque section peut également être publiée et discutée sur les réseaux sociaux. Audrey Tang rejoint rapidement le mouvement : g0v (lire gov-zero) est né.

En 2014 (à la suite d’une procédure expéditive de ratification d’un accord avec la Chine sur le commerce des services), naît un grand mouvement d’occupation citoyenne du Parlement taïwanais. Pendant vingt-quatre jours, des milliers d’étudiants campent sans relâche à ses abords, réclamant que les élus respectent des procédures démocratiques.

Pendant vingt-quatre jours, des milliers d’étudiants campent sans relâche aux abords du Parlement taïwanais.

Grâce à g0v, les moindres faits et gestes des occupants du Parlement sont diffusés en ligne et à l’extérieur du bâtiment, sur grand écran. En tant que « hackeuse civique », Audrey Tang crée des outils facilitant transparence, libération de la parole et délibération. Elle contribue à la création du site Internet où les discussions sont diffusées en direct, enregistrées et archivées. Ces trois semaines de participation intense permettent aux programmeurs de g0v (constamment appelés à coder pour répondre aux nouveaux besoins) de gagner en ampleur et en efficacité.

Vers une démocratie numérique

À l’issue de l’occupation, les étudiants s’entendent sur la nécessité d’étendre ce processus délibératif. « Le paysage politique a changé après ça. Les gens ont commencé à demander que les décisions politiques soient le fruit d’une démocratie délibérative et pas seulement des représentants élus.2 » De nouveaux profils émergent des urnes, des hommes et des femmes politiques n’appartenant ni au Kuomintang ni au DPP, les deux partis politiques majeurs. C’est une avancée formidable pour g0v : les velléités de transformation de la bureaucratie et du gouvernement rencontrent une écoute officielle inédite. « Vous avez dit que vous pouviez faire mieux que les législateurs. Prouvez-le maintenant.3 » Le fait que les sites gouvernementaux détournés par g0v soient officiellement reconnus d’utilité publique marque une rupture majeure de la part des autorités, qui lâchent ainsi prise. La passation de pouvoir de janvier à mai 2016 confirme le passage radical à l’open data du gouvernement taïwanais, qui donne à la population accès aux mêmes données qu’aux dirigeants. En 2016, Audrey Tang a été nommée ministre du numérique.

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans la revue « Participations », n° 17, 2017, pp. 121-153, sous le titre « Hacker la démocratie taïwanaise : Audrey Tang et la réinvention de la politique ».

1 La trajectoire d’Audrey Tang est reconstituée à partir de ses propos lors de notre premier entretien, le 15/09/2015.

2 Claire Richard, « Audrey Tang, programmeuse géniale, hacke la politique à Taïwan », L’Obs avec Rue89, 28/09/2015.

3 Ibid.


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