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Dossier : Internet réinvente-t-il le militantisme ?

Qu’est devenue l’utopie d’Internet ?

Le premier serveur web, actuellement au musée du CERN, étiqueté « This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!! », ce qui signifie : « Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !! »
Coolcaesar at the English language Wikipedia [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)]
Le premier serveur web, actuellement au musée du CERN, étiqueté « This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!! », ce qui signifie : « Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !! » Coolcaesar at the English language Wikipedia [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)]

Aux débuts d’Internet, un idéal d’horizontalité, de gratuité, de liberté. Trente ans après, le web s’est centralisé, marchandisé, et a été colonisé par les géants du numérique. Ces derniers ont-ils trahi l’utopie des pionniers d’Internet ?


Internet a été parfois décrit comme un espace de liberté inédit permettant aux utilisateurs de contourner la censure et d’enjamber les frontières, de créer et d’échanger à l’infini, de se réinventer artiste, journaliste ou militant. Aujourd’hui, ce discours semble désuet : on met plutôt l’accent sur l’hypercentralisation du web, sa neutralité est remise en cause, la censure et la surveillance généralisée des réseaux se développent. Alors, ne reste-t-il vraiment plus rien de l’utopie numérique ?

Si les réseaux de communication informatique naissent bien au cœur de l’écosystème « militaro-industrialo-universitaire » issu de la Guerre froide, on aurait tort d’associer le projet Internet aux seuls intérêts stratégiques du gouvernement américain. Dans les années 1970, les laboratoires de recherche informatique sont marqués par l’expérience de la contre-culture : on y défend une approche créative et collaborative du travail, contre la lourdeur, le cloisonnement et les hiérarchies bureaucratiques. Les chercheurs en informatique élaborent des procédures de discussion plus informelles, plus horizontales, et défendent une nouvelle manière de faire de la recherche. Internet, et surtout le web, qui s’est développé dans les années 1990, sont vus comme l’accomplissement d’un vieux rêve scientifique : le partage de la connaissance au sein d’une bibliothèque sans frontières, à laquelle chacun peut accéder et contribuer. En 1995, Tim Berners-Lee, principal auteur des protocoles du web au sein de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern), déclare ainsi : « J’ai fait (et je continue à faire) le rêve que le web devienne moins une nouvelle chaîne de télévision qu’un vaste océan interactif de savoirs partagés. Je nous imagine ainsi immergés dans un environnement chaleureux, amical, composé de toute

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