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Le pouvoir de la non-violence

Jean-Marie Muller
Question de sens

Les victimes peuvent se rendre complices, malgré elles, de leurs oppresseurs. Refuser de collaborer en s’affirmant non-violent, c’est faire un pas vers la liberté. Les victimes peuvent se rendre complices malgré elles de leurs oppresseurs Refuser de collaborer en s'affirmant non violent c'est faire un pas vers la liberté Une na tion de 350 ...

La médiation pour retisser les fils du temps

Emanuele Iula
Chercheur

Si l’étiquette « victime » peut rendre le sujet passif, en l’enfermant dans le trauma, le rôle de la médiation est de le dé-victimiser, de le mettre en condition de participer activement à l’élaboration d’une issue satisfaisante pour tous. Si l'étiquette victime peut rendre le sujet passif en l'enfermant dans le trauma le rôle de ...

Les victimes : un appel à refaire société

Sylvie Bukhari-de Pontual
Chercheur

La justice pénale internationale reconnaît de mieux en mieux les droits des victimes. Trop lente, trop éloignée, incapable de faire droit à la souffrance individuelle lors de crimes de masse, elle déçoit aussi. Mais la justice peut prendre d’autres formes. Et s’inscrire dans un processus collectif de réparation sociale. La justice péna...

Faut-il canoniser les victimes ?

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Vendredi 18 avril 2014 15h19 Une sirène retentit à intervalles réguliers sur toutes les fréquences radio les chaînes de télévision tandis qu'un message géant s'affiche sur les autoroutes et inonde le web Le pays s'arrête Sur un fond sonore anxiogène une voix grave Un enfant a été enlevé Ceci est une alerte enlèvement du ministère de...

Justice réparatrice : reconnaître notre humanité au-delà du crime

Estelle Drouvin
Droit de cité

Depuis quelques années, la justice restaurative est apparue en France, en s’inspirant notamment de ce qui se fait au Canada à travers la justice réparatrice. À quels besoins répond-elle ? Comment se déroulent les rencontres détenus-victimes ? Quelles conditions permettent aux uns et aux autres de se libérer ? Depuis quelques années la ju...

Entendre la parole des victimes

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Les victimes ont brisé le silence. Mais les écoutons-nous vraiment ? Au-delà de la plainte, c’est à un dialogue qu’elles nous invitent, pour renouer les liens que le traumatisme a rompus. Les victimes ont brisé le silence Mais les écoutons nous vraiment Au delà de la plainte c'est à un dialogue qu'elles nous invitent pour renouer les li...

Prendre soin des victimes de la torture

Sibel Agrali
Acteur de terrain

Quand on a été torturé, être reconnu comme victime, c’est accéder à un statut, mais aussi risquer d’être enfermé dans le traumatisme. Au Centre de soins Primo Levi, des professionnels de la santé et du droit accompagnent des demandeurs d’asile au-delà de la souffrance. Quand on a été torturé être reconnu comme victime c'est acc...

Sacrées victimes !

Alain Cugno
Question de sens

Pendant longtemps, l’État a pu arracher les victimes à leur sort en leur permettant de dépasser leur situation, de trouver une réponse à leur douleur. Aujourd’hui, le retrait de l’État et du politique nous laisse nus face au malheur. La victime est alors sacralisée : nous attendons d’elle cette transcendance dont elle est la preuve e...

Les victimes : une juste reconnaissance

Alain Boulay
Acteur de terrain

Les victimes et leurs familles se sont progressivement fait reconnaître par la justice. Pour cela, elles se sont mobilisées, structurées en associations, au niveau national et au-delà. L’association Aide aux parents d’enfants victimes est l’une d’entre elles. Les victimes et leurs familles se sont progressivement fait reconnaître par l...

Les pauvres : victimes ou coupables ?

Geneviève Defraigne Tardieu
Droit de cité

Les pauvres, victimes du fonctionnement de la société ? Ils ne ressentent pas le besoin d’être reconnus comme tels : ils se sentent coupables. L’Université populaire Quart Monde leur offre un lieu de réflexion pour ouvrir le chemin d’une libération. Les pauvres victimes du fonctionnement de la société Ils ne ressentent pas le besoin d...

La victime contre le prévenu ?

Alain Blanc
Acteur de terrain

La victime occupe désormais une place importante dans le procès pénal. Est-ce, pour autant, la bonne place ? Que devient la présomption d’innocence si la parole de la victime est irrécusable ? Prendre en charge les victimes demande aussi de s’interroger sur la place et sur la parole accordées aux prévenus. La victime occupe désormais un...

Quand l’humanitaire choisit ses victimes

Alice Corbet
Chercheur

Les organisations humanitaires viennent en aide aux victimes, grâce, notamment, à notre argent. Pour nous inciter au don, elles mettent en scène les victimes les plus à même de nous émouvoir, au risque de simplifier le message et d’en oublier d’autres, moins idéales. Les organisations humanitaires viennent en aide aux victimes grâce not...

Dossier : Quels pouvoirs ont les victimes ?
Mémorial de l'Holocauste ©UN Photo/Evan Schneider
Mémorial de l'Holocauste ©UN Photo/Evan Schneider

Faut-il canoniser les victimes ?


Vendredi 18 avril 2014, 15h19. Une sirène retentit à intervalles réguliers sur toutes les fréquences radio, les chaînes de télévision, tandis qu’un message géant s’affiche sur les autoroutes et inonde le web. Le pays s’arrête. Sur un fond sonore anxiogène, une voix grave : « Un enfant a été enlevé. Ceci est une alerte enlèvement du ministère de la Justice. N’agissez pas seul… La survie d’un enfant en dépend. » Comment ne pas sentir battre son cœur au rythme des nouvelles égrenées sur le sort de la petite Miah, 4 mois, enlevée dans la nuit en Moselle et dont il est précisé qu’elle est de santé fragile ? La victime est parfaite. La France entière, rassurée de se sentir humaine, peut communier. Comme elle le fera, quelques jours plus tard, autour des otages libérés de Syrie. Révéler notre commune humanité : voilà le miracle accompli par les victimes. Mais faut-il se réjouir de les voir devenir l’unique ciment de nos sociétés (cf. A. Cugno) ?

Longtemps réduites au silence, les voilà enfin reconnues. Et c’est heureux. La mobilisation des victimes a fait considérablement évoluer la loi et la procédure pénale, vers une reconnaissance spécifique du préjudice subi, du besoin d’information et d’écoute (cf. A. Blanc). Mais peut-on faire droit aux attentes des victimes, quand elles demandent de mettre l’agresseur « définitivement hors d’état de nuire » (cf. A. Boulay) ? L’angoisse de devenir soi-même un jour victime en fait une figure centrale de nos sociétés (cf. B. Cassaigne). Au point que le risque est aujourd’hui proscrit. De peur qu’il n’arrive malheur à nos enfants, à notre entreprise, à notre santé. Sur la route, à l’école, au travail, à l’hôpital, dans nos ministères, nos tribunaux, nos cantines ou nos loisirs, tout n’est plus que procédures, protection ou report de sa responsabilité propre. Comme si vivre consistait d’abord à s’assurer que surtout, rien ne m’arrive.

Sacraliser la victime ne lui rend pas service, à elle non plus. L’icône est précieuse, bien des ONG le savent, mais à condition qu’elle soit, comme Miah, innocente, vulnérable, passive (cf. A. Corbet). L’homme (invulnérable, forcément !), la victime agissante, ne font pas recette. La victime complexe non plus : combien cherchent à comprendre les racines de la guerre au Kivu, le sort réservé aux Roms ou les dynamiques économiques qui privent 5 millions de Français de l’accès à l’emploi ? Du reste, si le rôle dévolu à la victime peut d’abord la rassurer, il l’enferme aussi. Pour ne pas décevoir, elle doit n’être que victime. Et le rester. Que s’est-il passé avant ? Que peut-il advenir après ? On ne veut pas l’entendre. Canonisée, la victime se voit privée de son histoire. L’économie de la consolation est au fondement d’une telle consommation de biens et de services, de tant de pratiques religieuses, d’engagements bénévoles ou professionnels !

Il est pourtant d’autres façons d’accueillir les victimes. Il s’agit de reconnaître que, dans le traumatisme subi, c’est l’humanité qui est touchée. Celle de la victime, bien sûr, qui requiert des soins particuliers (cf. S. Agrali). Celle de l’auteur aussi. Car l’agression avilit l’agresseur (pour paraphraser Aimé Césaire). Il s’agit alors, par la parole, de retisser les fils d’une humanité déchirée. La justice pénale n’y suffira pas (cf. S. Bukhari). Des « commissions justice et vérité » aux « gacaca » rwandaises, de la justice réparatrice (cf. E. Drouvin) aux procédures de médiation (cf. E. Iula), les voies institutionnelles sont nombreuses. Ne pas réduire l’être humain aux épreuves endurées : ici réside le pouvoir des victimes. Ne pas davantage le réduire aux actes commis, aussi graves soient-ils : ici réside la force du pardon. Pour les uns comme pour les autres, le défi est de croire en l’homme, capable de renaître avec les autres, de devenir plus humain. Pour les chrétiens, « Dieu divinise ce que l’homme humanise » (F. Varillon). Les bourreaux, eux aussi, sont appelés à la sainteté.

À lire dans la question en débat
« Quels pouvoirs ont les victimes ? »

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