Logo du site
Dossier : Faut-il toujours payer ses dettes ?

Faut-il toujours payer ses dettes ?

Crédits :NotWithClaws / iStock
Crédits :NotWithClaws / iStock

La dette publique française devrait dépasser les 120 % du produit intérieur brut pour la seule année 2020, soit près de 80 000 euros par ménage. Ces chiffres donnent le vertige ! Il faudra bien, à un moment donné, payer la facture. La dette n’est-elle pas liée par définition au devoir de rembourser ? Qui n’a pas entendu ce discours, voire ce dogme, difficilement contestable ?

On peut pourtant réinterroger cette prétendue évidence morale, comme nous y invite David Graeber. L’anthropologue américain retrace 5 000 ans d’histoire de la dette dans un ouvrage qui a connu un vrai succès aux États-Unis. Il questionne la relation de pouvoir qui existe entre le débiteur et son créditeur et la dimension morale par laquelle on justifie la violence exercée. Et si on décidait d’effacer l’ardoise ? Pourquoi tous les gens doivent-ils forcément rembourser leurs dettes ? Après avoir décortiqué l’histoire longue du fonctionnement de la monnaie et de la dette, David Graeber en vient à remettre en cause un sacro-saint principe dans l’intérêt de la communauté : « Nous n’avons pas “tous” à payer nos dettes. Seulement certains d’entre nous. Rien ne serait plus bénéfique que d’effacer entièrement l’ardoise pour tout le monde, de rompre avec notre morale coutumière et de prendre un nouveau départ. »

Quoi de commun entre la dette des ménages, de l’État ou des entreprises ?

Ce dossier de la Revue Projet permet d’éclairer le paysage des dettes, à l’heure de la crise sanitaire. Quoi de commun entre la dette des ménages, de l’État ou des entreprises ? Dans une première partie, nous explorons successivement ces trois entrées, la nature des rapports de force qui sont en jeu et les leviers spécifiques dont dispose l’État. La deuxième partie propose plusieurs éléments pour un diagnostic : une économiste analyse le pouvoir d’influence du secteur bancaire et financier sur nos gouvernants, une philosophe aborde la manière dont nos sociétés ont généré de nouvelles formes d’aliénation par la fabrique d’individus surendettés et « addictés », et un sociologue revient sur les histoires imbriquées de la dette et du néolibéralisme. Quant à la troisième partie, elle se situe sur le registre de l’action, avec un retour sur les pratiques des systèmes d’échanges locaux (SEL) et la mobilisation de la société civile pour l’annulation de la dette des pays émergents. Enfin, Gaël Giraud propose d’exploiter intelligemment le pouvoir de création monétaire ex nihilo de la Banque centrale européenne (BCE) pour financer un plan de reconstruction écologique.

Alors que la commission Jean-Arthuis, chargée de proposer des scénarios de retour à l’équilibre des comptes publics, devrait remettre son rapport fin février, nous dégageons en guise de conclusion et d’ouverture quatre points saillants du dossier pour rebattre les cartes et prendre vraiment à bras-le-corps cette question de la dette en temps de crise.


Sommaire du dossier

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Le religieux face au politique

Resumé La société a-t-elle besoin du religieux ? Oui sans doute. Mais ce religieux est disséminé, vécu « à la carte » par l’individu. Quant au politique, il gère mais ne mobilise plus les citoyens. D’où la même relative faiblesse de l’Etat et des Eglises, le même déclin du militantisme. Le partage entre religion et politique, tel qu’il a été pensé depuis deux siècles, en France surtout, correspond à deux visions de base (certes en elles-mêmes très différenciées) du religieux et de ce qu’il repré...

Religion et conflits

Resumé Quand la religion est phagocytée par la menace et la peur, elle ne peut plus se mettre à distance de la violence souveraine. Existe-t-il des conflits à proprement parler religieux ? A priori, on serait tenté de répondre de manière affirmative au vu des incidents sanglants qui opposent des groupes et des communautés, se réclamant, de par le monde, de leurs croyances religieuses pour défendre et promouvoir des intérêts politiques. L’actualité internationale évoque avec constance ces guerres...

Du même dossier

Pouvoir du lobby bancaire

Sous la pression du lobby bancaire, la crise sanitaire pourrait bien faire céder les digues de régulation bancaire péniblement érigées depuis 2008. Rencontre avec l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran. A-t-on tiré les leçons de la crise de 2007-2008 en termes de régulation du système bancaire ?Jézabel Couppey-Soubeyran – Pas suffisamment, me semble-t-il. L’après-crise financière, certes, a été une période de réformes. Les accords de Bâle II...

David Graeber contre l'argent sacré

L’anthropologue anarchiste invitait à repenser la dette et les « vérités économiques » pour remettre les droits humains et la démocratie au centre. Hommage à sa pensée iconoclaste. Figure d’Occupy Wall Street, professeur d’anthropologie à la London School of Economics et militant anarchiste aux mille visages, David Graeber est sans nul doute la personne qui a le mieux révélé les ficelles que cadre la maxime selon laquelle « à la ...

Sans dette, point de néolibéralisme

Elles fustigent la dette publique et exigent son remboursement. Pourtant, les politiques néolibérales n’existeraient pas sans elle.   Alors que les politiques néolibérales se sont imposées dans le monde depuis quarante ans, l’emprise de la dette financière n’a jamais été aussi importante : le cabinet McKinsey calculait que l’endettement total dans le monde (hors secteur financier) s’élevait à près de 147 000 milliards d’euros en 2018, avant même la pandémie. Un cons...

Du même auteur

Écologie, passer le relais

Dans une période qui risque de nous laisser pantois, il existe des réflexions qui ouvrent de nouvelles perspectives. Après « où atterir ? », le philosophe et sociologue Bruno Latour se demande « où suis-je ? ». On a comme l’impression de se retrouver dans une classe de rattrapage, en présence d’élèves en difficulté qui espèrent revenir aussi vite que possible au « monde d’avant ». Mais le maître se livre à une leçon de métaphysique. Et, en bon pédagogue, plutôt que d’asséner des connaissances, ...

Le droit de manifester menacé

« Arrêté·e·s pour avoir manifesté. La loi comme arme de répression des manifestant·e·s pacifiques en France », titrait un récent rapport d’Amnesty International. Défiler pacifiquement expose-t-il au risque de finir en garde à vue ? Y a-t-il une volonté politique de pénaliser le fait de manifester, tout comme ce fut le cas, rappelez-vous, de certains actes de solidarité avec des exilés ? Ou, plus simplement, le gouvernement veut-il instiller une peur diffuse, afin de limiter le nombre de manifes...

Un monstre en gestation ?

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Cette citation d’Antonio Gramsci peut nous aider à comprendre la situation politique que nous traversons actuellement en France. Le niveau d’abstention historique lors des dernières élections municipales met à mal la légitimité des élus locaux. Les maires, pourtant les représentants politiques les plus appréciés des Français, se trouvent eux aussi confrontés à cette crise aiguë de c...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules