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Dossier : Faut-il toujours payer ses dettes ?

Accros à la dette

© Maria Ponomariova/iStock
© Maria Ponomariova/iStock

La dette crée une relation d’interdépendance entre créancier et débiteur. Comme l’addiction, elle va jusqu’à la dépossession de son propre corps.


Un des signes de notre temps est la fabrique d’individus surendettés et « addictés ». C’est un phénomène massif de nos sociétés dites libérales qui ont généré des nouvelles formes d’aliénation1. Depuis la crise des subprimes en 2008, déclenchée par un système financier ayant pris des risques inconsidérés, nous traversons une crise de l’insolvabilité qui a broyé nombre d’individus et conduit des États à la faillite. Cette crise des dettes n’est pas sans lien avec l’augmentation des consommations de produits psychotropes et des conduites addictives. L’exemple de la classe moyenne américaine des « petits blancs », écrasée par le surendettement et dévastée par la consommation d’opioïdes prescrits légalement qui produisent de l’addiction, est particulièrement frappant pour illustrer cette double dérive. Les mesures d’austérité et les cures d’abstinence apparaissent comme des remèdes inefficaces. Dette et addiction se déplacent d’une situation à une autre, révélant une dépendance qui expose à des rapports d’aliénation intraitables, voire incurables.

L’étymologie latine permet de comprendre cette dimension d’aliénation présente dans l’addiction, en relation avec une dette impayable parce qu’illimitée. Malgré la résonance actuelle anglo-saxonne, le mot addiction vient du latin ad-dictus qui signifie « être dit par ». L’esclave romain n’avait pas de nom propre, il était voué et nommé par le maître auquel il était attribué et qu’il devait servir. Celui qui est dit par un autre est privé de la liberté de se gouverner. Puis le terme a évolué pour désigner un individu en situation de servitude par

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