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Le capitalisme addictif

Patrick Pharo Puf, 2018, 344 p., 20 €

Capitalisme et compulsion addictive : Patrick Pharo pose un regard éclairant sur les réalités du quotidien de nos sociétés, en articulant de solides connaissances économiques et psychologiques, ainsi qu’un travail de fond sur les addictions individuelles ou collectives. Dans « Le capitalisme addictif », il poursuit ses analyses antérieures menées sur la dépendance. Évoquant les émancipations de Mai 68, il montre comment l’addiction à l’argent et à la consommation crée progressivement une aristocratie ploutocratique qui dirige nos sociétés et le monde. Là où Max Weber montrait que les entrepreneurs du XVIIIe siècle avaient pour idéal de jouir modérément de leurs biens, sans dilapider le fruit d’un labeur acharné, une dérive se fait progressivement jour depuis les années 1970, avec l’apparition et le développement chez les individus de manière très inégalitaire d’une « gloutonnerie généralisé ». De même que le processus de rationalisation de l’économie de marché s’étend au fil des dernières décennies à tous les domaines de la vie collective et individuelle, en les soumettant à des exigences d’efficacité et de rendement, de même l’addiction contamine notre manière de vivre, nos relations aux autres, et surtout produit notre aveuglement consumériste. Ce processus addictif repose sur des désirs et des habitudes de vie pratiques dont les moteurs sont tout à fait conscients (la récompense, le gain, la réussite) mais incontrôlables une fois enracinés dans la mécanique du désir. Dès lors, quel que soit ses critiques ou ses contradictions, le capitalisme a pour Patrick Pharo un bel avenir : les lois du marché s’articulent en spirale avec les processus addictifs du « toujours plus », même quand la raison en fait ressortir les impacts négatifs (sur l’environnement notamment). La démocratie elle-même est pervertie par les asservissements addictifs de la consommation, ce qui aboutit peu à peu à une perte d’immunité contre le totalitarisme, dont on pensait avoir circonscrit l’influence dans les démocraties libérales. L’auteur construit ses analyses en évoquant de nombreux films considèrés comme le miroir de nos comportements. Cette démarche originale est tout à fait stimulante pour faire ressortir des enjeux généralement occultés. Elle révèle comment le cinéma traduit ce qu’il y a de nocif dans nos collectivités, dans l’usage compulsif des technologies, dans la surconsommation marchande ou la frustration pour tous ceux qui n’y ont pas accès. Cette analyse et ce regard originaux enrichissent sous un prisme peu courant, les analyses classiques du fonctionnement de nos sociétés libérales « pseudo-démocratiques ». Pas de solution simple, mais une rigoureuse interpellation.

Jean-François Mézières
1er janvier 2019
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