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Dossier : Faut-il toujours payer ses dettes ?

La dette publique aux mains de la BCE

La Banque centrale européenne, Francfort © Imagesines/iStock
La Banque centrale européenne, Francfort © Imagesines/iStock

Pour maintenir leurs économies à flot depuis l’apparition de la Covid-19, les États européens se sont très largement endettés auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Si la politique monétaire européenne est officiellement indépendante des États, la BCE est aujourd’hui la première détentrice de dettes publiques. Faudra-t-il rembourser ces dettes ? Trois scénarios possibles.


Le nerf de la guerre, même sanitaire, est bien l’argent. Or l’État n’en a pas manqué pour financer le chômage partiel, les prêts garantis ou les mesures de relance. La contrepartie de ces dépenses exceptionnelles est une augmentation tout aussi extraordinaire de la dette publique. Une situation analogue est observée chez nos voisins européens, poussant leurs dettes à des niveaux inédits, par exemple en Italie, où elle atteint 160 % du produit intérieur brut (PIB). Sans minorer l’ampleur de la crise sociale, on peut se réjouir de cette action. D’une part, face à un choc d’une brutalité inédite, les économies européennes ont tangué sans s’effondrer. D’autre part, ces mesures ont été immédiates et consensuelles, ce qui tranche avec les tergiversations qui avaient suivi la crise des subprimes et l’inertie des « pères la rigueur » et autres prophètes du chaos1. Deux raisons peuvent être avancées.

D’abord, la vision du rôle de l’État est en train de changer. Il y a une très forte attente d’un État qui protège, le poussant à endosser le costume d’assureur général qui éponge les pertes. En cas de difficultés, l’État est là pour nous secourir ; or cette puissance vient de la dette publique. Se développe ainsi un modèle hybride du rôle de l’État, ni libéral ni social, à l’équité douteuse : gains privés quand tout va bien, résilience par la dette publique quand tout va mal.

Ensuite, le rapport de force entre les États et les marchés évolue. Pour relancer l’activité dans la zone euro, la BCE (voir encadré) achète depuis la crise des subprimes des actifs sur les marchés financiers. Depuis 2015, ses achats incluent les titres de dette publique. Officiellement, la BCE respecte l’interdiction qui lui est faite de financer les États car elle se limi

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2 réactions pour « La dette publique aux mains de la BCE »

Marc Pourroy
11 February 2021

Merci Jacques pour votre commentaire.
La BCE est détenue par les banques centrales nationales, avec des poids proches des PIB de chaque pays. La BCE affirme ainsi ne pas avoir d’actionnaire privé ( https://www.ecb.europa.eu/explainers/tell-me/html/who-owns-the-ecb.fr.html).
Dans le détail, trois banques centrales ont encore des actionnaires privés : la Belgique, l’Italie et la Grèce. Mais leurs poids est absolument marginal ! Par exemple pour le plus gros pays des trois : les actionnaires privés détiennent 5% du capital de la Banque d’Italie qui détient 17% de la BCE, ce qui l’un en l’autre fait moins de 1%.

Jacques Ghisgant
06 February 2021

Merci pour votre no et ici article.
Vous écrivez : " Y a-t-il un sens à ce que l’État transfère ses recettes à une institution telle que la BCE, dont il est l’actionnaire ?" N'est ce pas une vision gallo-centrée ? La Banque de France, d'abord entièrement privée à sa création, n'a été nationalisée qu'après-guerre. Comment convaincre les actionnaires privés de la BCE ?

Réponse de La rédaction

Bonjour Jacques,
Merci pour votre commentaire. Nous l'avons transmis à l'auteur qui vient de vous répondre. Vous trouverez la réponse de Marc Pourroy au-dessus de votre commentaire.

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