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Pour une vraie démocratie culturelle

Patrice Meyer-Bisch
Chercheur

Sans droits culturels, point de démocratie. Ils développent le désir de savoir des citoyens, confèrent à chacun sa dignité. La puissance d’une démocratie résidera dans sa capacité à accueillir les savoirs des plus vulnérables, afin de former un véritable corps...

La culture pour résister à la misère

Anne de Margerie
Acteur de terrain

L’accès à la culture, à la lecture, à la création, permet à des personnes en précarité de prendre confiance en elles, de créer du lien, de se relever. Et la présence de volontaires et de médiateurs est souvent un facteur décisif dans l’accès à ces droits culturels primordiaux. L'accès à la culture à la lecture à la création p...

Les droits culturels, leviers du pouvoir d’agir

Anne Aubry et Christelle Blouët
Acteur de terrain

Comment revendiquer ses droits aux soins, au logement, à l’alimentation, à l’éducation, au travail ou aux loisirs quand ses références culturelles (langues, savoirs, arts, valeurs, traditions, modes de vie etc.) sont méprisées ? C’est là tout l’enjeu de la rec...

Pour des territoires ruraux vivants !

Maximilienne Berthelot-Jerez
Acteur de terrain

Les jeunes, rendus acteurs au niveau culturel et politique, contribuent à faire vivre l’identité de leurs territoires. Le Mouvement rural de jeunesse chrétienne, animé par des 13-30 ans, développe dans ce but les initiatives locales, privilégiant le travail bénévole et l’interg&eac...

Les droits culturels, un chemin vers l’altérité

Jean-Baptiste Jobard
Acteur de terrain

Les « droits culturels » sont souvent méconnus. Pourtant, en permettant à chacun de composer sa manière d’être au monde, ils confèrent le droit de participer à la vie de la cité et rendent possible la relation, au-delà de nos différences. Les droits culturels sont souve...

Pour une politique culturelle du temps libre

Lionel Arnaud
Chercheur

La culture, prise dans son sens le plus large, permet aux individus de développer leur sens critique. Mais pour rester émancipatrice, elle doit s’inscrire dans un rapport au temps propice à la contemplation et à la réflexivité. La culture prise dans son sens le plus large permet aux individus de déve...

En Palestine, le cirque libérateur

Cécile Leclerc-Laurent
Journaliste

La Palestinian Circus School (PCS), partenaire du Secours Catholique, parcourt la Cisjordanie avec ses spectacles de cirque à la rencontre des populations les plus vulnérables. Des spectacles qui adoucissent les souffrances de l’occupation militaire. La Palestinian Circus School PCS partenaire du Secours Catholique parcourt la C...

Mythes et limites de la politique culturelle

Guy Saez
Chercheur

La politique culturelle participe souvent, sans le vouloir, à la reproduction des inégalités sociales. Une véritable démocratisation culturelle implique de repenser la place faite à chacun dans la société. La politique culturelle participe souvent sans le vouloir à la reproduction des inégal...

« C’est la première fois que j’entre dans un musée »

Jacques Duffaut
Journaliste

Parmi les sorties culturelles proposées aux personnes accueillies par le Centre d’entraide pour les demandeurs d’asile et les réfugiés (Cedre), antenne du Secours Catholique-Caritas France, il en est une qui impressionne et émeut : celle qui conduit au jardin du musée Rodin. Parmi les sorties ...

« Ce qui m’intéresse, c’est de créer avec les gens »

Marjorie Nakache
Acteur de terrain

Entretien - Pour la metteuse en scène Marjorie Nakache, le théâtre est éminemment politique. Au Studio théâtre de Stains, elle souhaite préparer des citoyens et des citoyennes à affronter avec conviction le monde qui les entoure. Entretien Pour la metteuse en scène Marjorie Nakache le théâtre...

Un bien fou

Aurore Chaillou
L'équipe de rédaction

Souhaite t on vraiment la participation de toutes et de tous à la vie culturelle Celle ci en un sens recèle un véritable pouvoir de subversion Joseph Wresinski fondateur du mouvement ATD Quart Monde en 1957 en était convaincu Ce n'est pas avec des colis alimentaires qu'il se rendait dans le camp d'hébergement d'urgence de Noisy le Grand mais ...

Révéler la culture partout où elle se trouve

Alain Cugno
Question de sens

La culture est ce qui se joue, fondamentalement, dans le langage. Elle est ce qui donne sens au vécu. En cela, elle ne se limite pas aux œuvres dignes des musées. Elle est vitale pour tous. Les personnes ayant l’expérience de la précarité y ont ainsi déjà accès, à condition ...

La culture, bien essentiel, lien essentiel

Jean Tonglet
Acteur de terrain

Lecture, peinture, musique, poésie… Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde, a fait de l’expression de soi un outil d’émancipation des plus pauvres. Il a élevé, par ses actes comme par ses discours, la culture au rang de nécessité vitale. Lecture peinture musique poésie ...

Quand je peins, j’existe !

Aurore Chaillou
L'équipe de rédaction

Peindre pour s’exprimer, pour partager, pour conjurer un passé douloureux, pour cultiver sa joie de vivre… Tous les mercredis, Dominique, Ginette et Pauline se retrouvent dans les locaux du Secours Catholique-Caritas France, à Rosny-sous-Bois. Au printemps prochain, elles exposeront leurs oeuvres. Peindre pour s'exprimer ...

Dossier : La culture, c’est pas du luxe !
Sandrine Néel // CC BY 2.0
Sandrine Néel // CC BY 2.0

Les droits culturels, un chemin vers l’altérité


Les « droits culturels » sont souvent méconnus. Pourtant, en permettant à chacun de composer sa manière d’être au monde, ils confèrent le droit de participer à la vie de la cité et rendent possible la relation, au-delà de nos différences.


En 2007, un groupe international d’universitaires rédigeait la déclaration de Fribourg sur les droits culturels. Huit pages qui ont fait couler beaucoup d’encre, notamment au moment de l’inscription de ces « droits culturels » en droit français1. Pourtant, en dehors du secteur culturel – où ils sont parfois mal compris –, ces droits demeurent encore largement méconnus sous cette appellation. Difficile donc d’y voir un concept porteur d’un espoir d’émancipation et de transformation sociale. Cet article se propose pourtant, une fois le terme dégagé de sa gangue de malentendus, d’en examiner le potentiel de reliance dans une véritable perspective politique.

Le droit de participer à la cité

« Le terme “culture” recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement.2 » Cette définition simple doit permettre d’éviter un premier piège, lié à la manière d’entendre le qualificatif « culturel » en France. Loin de se réduire au périmètre étroit délimité par le champ d’intervention du ministère de la Culture, les droits culturels s’appliquent à l’ensemble de ce qui donne la liberté de composer une façon singulière et sociale d’être au monde : les arts comme la cuisine, la science comme le patrimoine, le cinéma comme le logement, les langues comme le sport, etc. Autrement dit, et de manière vertigineuse, les droits culturels nous concernent tous et dans toutes les facettes de la vie. Les douze articles de la déclaration de Fribourg, centrés sur la notion de dignité des personnes et la reconnaissance de l’égalité de ces dignités, résument à eux-seuls tout un corpus juridique de textes internationaux en leur donnant une cohérence d’ensemble. Ainsi, les droits culturels ne se limitent pas à la vie artistique de la cité : ils soulignent le droit de participer à la vie de la cité tout court, d’être pleinement citoyen.

 Les droits culturels concernent les arts comme la cuisine, la science comme le patrimoine, le cinéma comme le logement, les langues comme le sport.

Des conquis sociaux et politiques

Une fois levé ce premier contre-sens, nous commençons à cerner les enjeux politiques, philosophique, moraux et pragmatiques de cette notion. L’approche par les droits culturels a en effet une portée transversale : droit du travail, droits politiques et civiques, droits sociaux, droit d’expression, droit à l’information, droit à l’éducation, droit à la formation, droit au logement, droit de circulation, etc. Un droit n’est que la cristallisation, à un moment donné, d’un rapport social marqué par des champs de luttes, liées à des intérêts antagonistes. Les droits culturels sont donc des « conquis » politiques et ils concernent un ensemble très vaste de sphères de l’action publique3.

 Un droit n’est que la cristallisation à un moment donné d’un rapport social marqué par des champs de luttes.

Quelles sont les conditions d’accueil au guichet des caisses d’allocations familiales, dans l’école de mes enfants ou à la maison de retraite de mes grands-parents ? Quelles sont les marges de liberté laissées aux personnes en situation de handicap, à celles qui ont fait le choix d’un habitat nomade ou aux défenseurs des langues régionales ? Aux montagnards désirant venir en aide à des personnes étrangères entre deux frontières ? Quelle possibilité d’intervention d’habitants de quartiers populaires dans une opération de « rénovation urbaine » ? De riverains de sites en proie à des risques sanitaires et écologiques ? Derrière ces interrogations, quelle conception de l’autre (et donc de moi) et quelle éthique de la relation se révèlent ?

Interroger les droits culturels amène rapidement à interroger la notion de « liberté ». Mais pour remettre en cause l’approche communément admise selon laquelle la liberté des uns s’arrêterait là où commence celle des autres. Il s’agit précisément de l’inverse. Bakounine l’écrivait déjà : « Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens libre vraiment que par la liberté d’autres, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté.4 »

Il conviendrait certainement d’explorer la façon dont cette approche particulière de la notion de liberté, véhiculée par la déclaration de Fribourg, permettrait peut-être de concevoir un peu autrement le rapport entre liberté, égalité et fraternité.

Cet effort, accompagné de relecture historique de quelques épisodes fondamentaux (la révolution de 1848 ou la commune de Paris en 1871 par exemple) donnerait probablement à penser autrement l’aporie décrite par Habermas comme une contradiction, une tension irréductible entre développement du capitalisme (qui engendre des inégalités) et développement de la démocratie (qui postule une égalité).

Revenons au texte de Fribourg. Il y est question, notamment, de respect des droits d’autrui et de la diversité culturelle, de dignité, d’identité culturelle, de partage de connaissances, de liberté d’expression, d’information pluraliste, de « droit de participer (…) à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des décisions qui [nous] concernent » (article 8), de droits des personnes défavorisées « en raison de leur situation sociale ou de leur appartenance à une minorité » (article 9), de responsabilité des acteurs publics de « respecter, protéger et réaliser les droits énoncés dans la présente Déclaration dans des conditions d’égalité, et [de] consacrer au maximum leurs ressources disponibles en vue d’en assurer le plein exercice » (article 11)…

Quels échos une telle ouverture rencontre-t-elle chez celles et ceux qui sont engagés dans des luttes politiques et sociales visant, par l’économie solidaire, à réencastrer les mécanismes du marché dans des objectifs du « bien vivre ensemble » ? Chez ceux qui perpétuent l’ambition de l’éducation populaire en inventant une société permettant la participation de tous à la citoyenneté ? Quelles armes procure-t-elle aux militants associatifs s’attaquant, en actes, à la double insoutenabilité de nos modèles de développement (l’accroissement des inégalités et la catastrophe environnementale) ? Quels outils met-elle à disposition de ceux qui expérimentent avec les « communs » un nouveau rapport à la propriété ? Ou de ceux qui, dans le sillage de Nancy Fraser, pensent la bidimensionnalité des politiques publiques pour tenir ensemble la question de la reconnaissance des identités culturelles et celle de la résolution des inégalités économiques ?

La différence, particule élémentaire de la relation

Répondre à ces questions nécessite peut-être de faire un pas de côté en écoutant, par exemple, la résonance des droits culturels dans l’œuvre d’Édouard Glissant : « Penser que sa propre valeur entre dans un entrecroisement de valeurs, c’est un beaucoup plus grand, noble et généreux projet que celui de tenter que sa propre valeur devienne valable pour le monde entier. (…) La différence, ce n’est pas ce qui nous sépare. C’est la particule élémentaire de toute relation. C’est par la différence que fonctionne ce que j’appelle la Relation avec un R.5 » Mais pour qu’il y ait relation, il faut que l’identité des différents qui se rencontrent soit assurée (et que je puisse changer en échangeant avec l’autre sans me perdre ou me dénaturer). De là découle l’invention de « l’identité-racine » et de « l’identité-relation ». Ces deux concepts sont indissociables de celui d’« archipel », cher à Glissant. Comme pour les îles d’un archipel, le contact, la relation entre les identités, n’implique pas leur fusion ; le monde peut être regardé comme une somme de différences, toutes également nécessaires6. La notion d’archipel permet de réfléchir en dehors des pensées totalisantes de système.

Pour qu’il y ait relation, il faut que l’identité des différents qui se rencontrent soit assurée.

Les actions concrètes de transitions écologiques, les communs, l’éducation populaire, l’action publique, l’économie solidaire... sont autant d’îlots de résistance et de résilience permettant de penser hors du système totalisant (totalitaire en puissance) de la globalisation-mondialisation libérale. Peut-être est-ce là le principal enjeu des droits culturels : relier ces îles de mouvements politiques et sociaux, être les pirogues de cet archipel. Pour espérer, ainsi, éviter les catastrophes écologico-illibérales à venir…

1 « La responsabilité en matière culturelle est exercée conjointement par les collectivités territoriales et l’État dans le respect des droits culturels », loi  n° 2015-991 portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTre), article 103,  Journal officiel, n° 0182, 08/08/2015 ; «  L’État (…) et les collectivités territoriales (…) définissent et mettent en œuvre, dans le respect des droits culturels (…) une politique de service public construite en concertation avec les acteurs de la création artistique », loi n° 2016-925 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (loi LCAP), article 3, Journal officiel, 08/07/2016.

2 Déclaration de Fribourg, Les droits culturels, article 2.

3 « Ne me parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux » disait Ambroise Croizat, ministre du Travail (1945-1947) qui a participé à la mise en œuvre de la Sécurité sociale.

4Mikhaïl Bakounine, « Dieu et l’État », dans Œuvres, éd. P.-V. Stock, coll. « Bibliothèque sociologique », 1895, p. 281.

5 Édouard Glissant, L’imaginaire des langues, Gallimard, 2010.

6 Muriel Rosemberg, « La géopoétique d’Édouard Glissant, une contribution à penser le monde comme Monde », L’Espace géographique, n° 45, vol. 4, pp. 321-334, [NDLR].


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