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Intériorité féconde Quand le spirituel appelle l’engagement

Mariann Edgar Budde, première femme élue évêque du diocèse épiscopal de Washington D.C., notamment célèbre pour avoir interpellé Donald Trump en janvier 2025 durant son sermon.
©NASA/Paul Alers/CC/Wikimedia
Mariann Edgar Budde, première femme élue évêque du diocèse épiscopal de Washington D.C., notamment célèbre pour avoir interpellé Donald Trump en janvier 2025 durant son sermon. ©NASA/Paul Alers/CC/Wikimedia

On connaît la rengaine. Le sentiment d’impuissance nous gagne, les crises s’accumulent, la parole publique s’épuise, les organisations qui portaient autrefois l’espoir – partis, syndicats, associations – peinent à mobiliser. Et l’injonction tombe, invariable : « Ne cédons pas au cynisme. Restons en mouvement. » Soit. Mais concrètement : où puiser son souffle ?

Ce dossier ose une réponse à contre-courant. Et si le changement social passait par le changement de soi ? Et si le spirituel – oui, le spirituel – était l’une des ressources les moins explorées, mais des plus sérieuses pour ne pas sombrer et continuer à agir ? Provocant, évidemment.

Dans un pays comme la France, où la religion est censée se tenir sagement dans l’espace privé, l’idée dérange. Elle déstabilise davantage encore quand on observe, à l’échelle mondiale, la montée des nationalismes religieux. Et elle surprendra peut-être les lecteurs habituels de la Revue Projet, davantage accoutumés à croiser dans nos pages les formes instituées de l’engagement citoyen.

Mais de quelle spiritualité parle-t-on ? C'est là que tout commence et que tout se complique. Le mot d’ordre « se transformer pour transformer le monde » est séduisant. Trop, peut-être. Car s’il laisse entendre que la conversion personnelle suffirait, par quelque vertu magique, à produire la transition écologique et sociale, il court le risque de dépolitiser ce qui exige précisément d’être combattu sur le terrain des institutions, de l’économie, du rapport de force.

Les spiritualités peuvent rouvrir le champ des possibles, à condition de ne pas s’y terrer.

Ce dossier part d’une question exigeante : dans quelles conditions les pratiques de l’intériorité – silence, retrait, sobriété, méditation, prière contemplative – peuvent-elles devenir des ressources pour renouveler les formes d’engagement démocratique ? En d’autres termes : à quelles conditions le changement individuel ouvre-t-il sur le changement collectif, et réciproquement ?

Le sommaire que vous allez parcourir est délibérément éclectique. Il dévoile un espace traversé de tensions fécondes : entre héritage chrétien et pluralisme des sagesses, entre intériorité et conflictualité, entre enracinement spirituel et ouverture à l’engagement.

Car c’est bien cela que nous voulions explorer : non pas un spirituel hors-sol, nébuleux et confortable, mais une spiritualité qui accepte de se frotter au réel, d’affronter la question des médiations, de mesurer ses propres risques – l’entre-soi affinitaire, l’apolitisme déguisé en sagesse, la pureté intérieure comme alibi du retrait.

À quelques mois de l’échéance présidentielle, restons confiants. Les spiritualités peuvent rouvrir le champ des possibles, à condition de ne pas s’y terrer.

Sommaire du dossier

  • Transition écologique. La voie des méditants-militants, par Michel Maxime Egger, sociologue et écothéologien, fondateur en Suisse du Laboratoire de transition intérieure
  • Du militantisme aux esprits. Torsader avec le chamanisme, par Arthur Laurent, docteur en sciences politiques, formé à la médecine chamanique
  • Béguinage. L’étonnante renaissance, par Camille de Villeneuve, philosophe et romancière, enseignante, Facultés Loyola
  • Sortir par le haut. Le pari des « spirituels démocrates », entretien avec Éric Vinson, spécialiste du fait religieux, du spirituel et des laïcités, directeur de l’Institut d’études bouddhiques
  • De l’autre à soi. Se donner pour se trouver, par Hélène Noisette, sœur auxiliatrice
  • CCFD-Terre Solidaire. Vers une spiritualité de l’engagement, par Virginie Amieux, présidente du CCFD-Terre Solidaire et Claire Riobé, chargée de mission relations à l’Église
  • Changer la société. Au Campus de la Transition, par Cécile Renouard, religieuse de l’Assomption, co-fondatrice et présidente du campus de la Transition, directrice scientifique du programme Codev à l'Essec Business School, professeur aux facultés Loyola et enseignante à l'École des Mines de Paris
  • Confucius. L’art de s’engager, par Yves Vendé, maître de conférences aux Facultés Loyola, enseignant à l’université Catholique de Lille
  • Charles Taylor et l’authenticité. Ce que le spirituel fait à la démocratie, par Benoît Ferré, jésuite, philosophe, membre du Ceras
  • Religion et démocratie. L'exigence d'une résonance, par Grégoire Catta, jésuite, docteur en théologie, enseignant aux Facultés Loyola
  • Points saillants. Spiritualité et politique. Une manière de travailler, par Damien de Blic, enseignant chercheur, université Paris 8
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