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Charles Taylor et l’authenticité Ce que le spirituel fait à la démocratie

Charles Taylor lors d'un rassemblement devant le Palais de justice de Montréal, 2019. ©Lea-Kim Châteauneuf/Wikimedia
Charles Taylor lors d'un rassemblement devant le Palais de justice de Montréal, 2019. ©Lea-Kim Châteauneuf/Wikimedia

La quête d’authenticité qui traverse nos sociétés recompose en profondeur les formes d’engagement collectif. Le retour du spirituel, loin de revitaliser automatiquement la démocratie, peut aussi en accélérer la fragmentation.


En nous habituant à penser d’abord en termes de trajectoires individuelles, le capitalisme contemporain a progressivement érodé les ressorts de l’action collective. Dans un tel contexte, comment faire face, ensemble, au désenchantement démocratique ? En appeler aux ressources spirituelles des citoyens semble prometteur, à une époque marquée par une quête d’intériorité. Mais politiser l’intime n’est pas sans risque, et peut frôler certaines dérives totalisantes. Cette piste mérite donc d’être examinée avec prudence.

La philosophie morale et politique de Charles Taylor (1931 – ) offre, à cet égard, des outils précieux. Elle met notamment en lumière la force de l’aspiration contemporaine à l’authenticité dans les sociétés occidentales. Elle permet ainsi, tout en précisant les racines culturelles de cette soif d’intériorité, d’en mesurer les effets sur la vie sociale et politique. Si l’éthique de l’authenticité ne se réduit pas à un individualisme étroit, elle n’en recompose pas moins le social, en profondeur. La vie démocratique n’en sort pas indemne.

Idéal d’authenticité

Taylor identifie deux grandes aspirations morales, caractéristiques de la modernité occidentale. La première est liée à l’affirmation d’un sujet autonome, libre et rationnel : sa dignité repose notamment sur sa capacité à maîtriser le monde – naturel comme social. Cet horizon moral a favorisé des avancées majeures, tant scientifiques que politiques. Mais il s’est souvent fait au prix d’une rupture d’harmonie avec soi, les autres et le monde.

Afin de contrebalancer cette froide objectivation du sujet humain, le romantisme, notamment attaché à la figure de Johann Gottfried Herder (1744 – 1803), introduisit une vision alternative de l’être humain, alors inédite, selon laquelle chacun de nous a une façon particulière d’être humain, et possède sa prop

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