Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site
Dossier : Violences. Symptôme ou système ?

Violences : symptôme ou système ? Introduction

©Charles Monier
©Charles Monier

La vulgate médiatique ou politique réduit la violence à sa plus simple expression : directe, aveugle et a priori dépourvue de sens. La violence se déplore et se condamne. Oser la comprendre, serait-ce l’excuser ? Ce numéro de la Revue Projet, coordonné en lien avec le pôle formation du Ceras, récuse le sous-entendu de cette question.

Aucune violence ne s’affronte sans être nommée et, ainsi, approchée. Car approcher la violence pour la dépasser, c’est aussi s’emparer de l’autre enjeu fondamental qu’elle induit : ménager un espace au conflit dans une société démocratique qui en a, par essence, besoin.

Les imageries et émotions associées à la violence empêchent d’en percer les ressorts. Christian Mellon opère, à ce titre, un distinguo nécessaire : si la violence directe se révèle souvent le symptôme d’un mal-être social ou d’une injustice, elle peut aussi être l’instrument d’une stratégie rodée.

Animateur social et ancien braqueur, Yazid Kherfi s’attelle surtout au premier cas de figure : la violence par dépit d’une jeunesse désœuvrée, aux prises avec une société qui s’en méfie. Ce travail patient, au contact de mineurs délinquants, constitue le quotidien de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) que relate Angelina Chapin.

Ce cadre aux visées éducatives ne s’adresse malheureusement pas à tous les mineurs. La charge des jeunes exilés non accompagnés revient en général à une administration froide et procédurale. La sociologue Noémie Paté en décrit les mécanismes tournés vers un unique objectif : convertir ces mineurs en majeurs pour mieux les expulser.

Une autre violence se dessine, organisée et institutionnelle. Elle aussi reçoit l’attention médiatique dans ses expressions les plus visibles, en l’occurrence les violences policières. Instrumentalisée à l’excès par une classe dirigeante meublant son impuissance, la force publique perd la confiance des citoyens, relève Anthony Caillé, lui-même policier.

Pis, ce dévoiement de la « violence légitime » rejaillit sur l’armature de notre système pénal, analyse la magistrate Kim Reuflet. Dans leurs évolutions récentes, les doctrines du maintien de l’ordre finissent par inverser le lien de subordination entre les forces de l’ordre et l’autorité judiciaire chargée de les contrôler.

La survie démocratique se joue désormais dans le traitement des violences. C’est toute l’équation qu’a eue à résoudre la Cour d’assises spéciale chargée de juger les attentats du 13 Novembre et dont l’ancien juge Denis Salas a suivi les 148 jours de débat. Face à l’ampleur et la portée du crime commis s’imposait une réponse pénale allant bien au-delà de la punition d’une infraction.

Repoussée ou refoulée, la violence porte en elle notre propre fascination à son endroit. C’est en la démystifiant que nous parviendrons à la réduire, estime Bernard Perret, afin de remettre le conflit à sa juste place. C’est aussi en semant des graines de non-violence, méthode éprouvée que nous rappelle Jacques Semelin, qu’une légitime contestation peut prendre corps.

Sommaire du dossier

Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Rôle et nature de l'actionnariat dans la vie des entreprises

Resumé Si la croissance rentable est le principal objectif pour les actionnaires, elle ne peut être leur seule visée. Il importe de mettre en œuvre des processus qui précisent les modes de relation avec les dirigeants de l’entreprise. Celle-ci a les actionnaires qu’elle mérite : seront-ils les partenaires du développement social ? De nombreuses situations récentes ont montré l’influence grandissante des actionnaires. Dernier exemple en date, en France, celui de Danone : après avoir renoncé à acq...

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

Du même dossier

Par-delà les violences

De la rue aux ministères, les violences peuvent être symptomatiques d’un mal-être social ou bien institutionnellement organisées. Pour les dépasser, il est nécessaire de ménager une vraie place au conflit. Retour sur le dossier en quatre points saillants. 1 Mot piégéQuotidiennement, nous nous confrontons dans nos sociétés, occidentales en particulier, à un phénomène paradoxal. Les détenteurs du pouvoir politique l’appellent par euphémisme « fo...

« Je n'ai peur de rien »

La Protection judiciaire de la jeunesse a pour charge d’accompagner les mineurs délinquants. Comment parvient-elle à les arracher à la violence ? Entretien avec une directrice de service. Quelles sont vos fonctions au sein de la PJJ et comment cette institution a-t-elle été créée ?Angelina Chapin – Je dirige un service territorial en milieu ouvert (Stemo) en Seine Saint-Denis, qui compte trois unités (cinq cents jeunes au total, au Raincy, à Noisy-le-Grand et à ...

Les succès d’une démarche

Les luttes non violentes contre les dominations favorisent davantage la construction d’une démocratie que les actions violentes. Une étude de deux chercheuses américaines semble étayer ce constat. Quand un peuple subit une oppression (régime tyrannique, occupation coloniale, violation des droits fondamentaux, etc.), beaucoup croient qu’il ne peut s’en libérer que par une révolte ou une résistance incluant des moyens violents. Cette croyance est battue en brèche ...

Du même auteur

Au- delà des fractures

La Nouvelle union populaire, écologique et sociale a pris corps lors des législatives de 2022 malgré de fortes dissensions entre ses composantes. L’historien Gilles Candar nous rappelle que la gauche a toujours combiné oppositions et convergences. Que vous inspire la récente formule des « deux gauches irréconciliables », qui continue d’ailleurs de diviser ?Qu’elle n’est qu’un bon mot d’un politique et qu’elle a eu une grande fortune médiatique. Certes, l’histoir...

Fauteur de paix

Animateur social et enseignant, Yazid Kherfi a lancé avec Médiation nomade une formule originale de pacification dans les quartiers réputés sensibles. L’ancien braqueur fait mentir, à son échelle, des politiques publiques contre-productives. Reportage. C’est une camionnette d’allure peu banale, qui cherche son stationnement en cet après-midi parisien caniculaire. Ses portières arrière arborent un portrait tagué de Martin Luther King, assorti de l’u...

« Je n'ai peur de rien »

La Protection judiciaire de la jeunesse a pour charge d’accompagner les mineurs délinquants. Comment parvient-elle à les arracher à la violence ? Entretien avec une directrice de service. Quelles sont vos fonctions au sein de la PJJ et comment cette institution a-t-elle été créée ?Angelina Chapin – Je dirige un service territorial en milieu ouvert (Stemo) en Seine Saint-Denis, qui compte trois unités (cinq cents jeunes au total, au Raincy, à Noisy-le-Grand et à ...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules