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Dossier : Impuissants face aux crises ?

S’enraciner avec Simone Weil

Simone Weil © Wikimédia Commons
Simone Weil © Wikimédia Commons

Le déracinement. Tel est, selon la philosophe Simone Weil, le grand mal qui ronge la société dans les années 1930-1940. Son analyse éclaire aussi notre monde d’aujourd’hui.


« Homère est nouveau ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui », écrivait Charles Péguy. Ainsi d’Homère, ainsi aussi de Simone Weil (1909-1943), dont l’œuvre, foisonnante, résonne encore avec force presque quatre-vingts ans après sa disparition. L’enracinement, son ultime ouvrage, en est un exemple probant.

Rappelons d’abord le contexte. En 1943, Simone Weil a rejoint le Conseil national de la Résistance (CNR) à Londres, qui lui demande d’imaginer une nouvelle Déclaration des droits de l’homme pour la France d’après-guerre. Très vite, ses réflexions l’amènent à élaborer un véritable « traité de civilisation », selon le mot d’Albert Camus, qui fera paraître l’ouvrage chez Gallimard, en 1949. Weil y décrit les contours du mal principal qui ronge selon elle le pays, le déracinement, et dont la conséquence la plus visible a été le peu de résistance que la nation, détricotée, a opposé aux nazis.

Ce déracinement, estime-t-elle, résulte de la domination de l’esprit de conquête (ce qu’elle appelle la « force ») qui, partout, transforme les moyens en fins : l’accumulation est alors recherchée pour elle-même, insatiablement. La technique, la rationalisation du travail et la bureaucratie deviennent les meilleures armes d’une puissance qui se rêve illimitée. Dans l’industrie, les ouvriers, soumis au travail à la chaîne et à la cadence des machines, sont broyés, « déshumanisés à tel point qu’ils ne croiront jamais plus qu’ils sont quelqu’un », confie Weil, après avoir elle-même travaillé à l’usine, en 1935.

Aux champs, le déracinement s’empare aussi des paysans : face à l’agriculture industrielle et à l’urbanisation, ces derniers ont la sensation de ne compter pour rien.

Aux champs, le d�

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