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Dossier : Migrants : dépasser les catégories

Prendre le temps d’un autre regard

Le camp de Bira, à Bihac, en Bosnie-Herzégovine. 24 janvier 2020. © Kristof Hölvényi
Le camp de Bira, à Bihac, en Bosnie-Herzégovine. 24 janvier 2020. © Kristof Hölvényi

Accompagner un demandeur d’asile à travers les méandres de l’administration française, participer à un atelier de conversation avec des personnes migrantes. Deux expériences que propose le service jésuite des réfugiés (JRS). Pour un changement de regard riche de surprises. Témoignage.


Un désir de vivre

B. a été accueilli neuf mois dans le programme JRS Welcome au sein de sept familles successives. En tant qu’accompagnateur, je l’ai rencontré une à plusieurs fois par semaine, durant ce parcours. Depuis, nous continuons à nous voir périodiquement.

Pendant les premiers mois, nous n’avons jamais évoqué avec B. les circonstances et les motivations de son exil. Je les rattachais, inconsciemment sans doute, aux drames que vivait son pays d’origine. Nos discussions portaient souvent, en revanche, sur les péripéties de son parcours migratoire, son arrivée en France, nos joies et difficultés quotidiennes et, bien sûr, les matchs du Real Madrid. La veille de son entretien à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), lors d’un dîner à la maison, B. m’a brusquement tendu un papier sur lequel figurait son récit. Il n’osait me demander mon avis, mais guettait ma réaction. C’était la première fois qu’il me dévoilait son histoire « d’avant ». J’ai accueilli ce geste comme une marque de confiance. M’étais-je « imaginé » sa vie différemment ? Avais-je tenté de conforter la légitimité de mon engagement à ses côtés, en le plaçant dans une certaine catégorie ? Ces questions ont surgi à la lecture de son récit : il était, au sens propre, « incroyable ». Pour tomber dans la bonne case, B. avait menti aux autorités du pays dans lequel il demandait à s’intégrer. Expérience déstabilisante de confrontation entre un récit « imaginaire » et un récit « attendu » (ou « imaginé » ?), mais dont aucun ne permet de dire ce qui est vraiment.

C’est seulement alors qu’

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