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Assouplissons les catégories migratoires !

Christian Mellon, Antoine Paumard, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky et Catherine Wihtol de Wenden
Coup de projecteur

Si les catégories actuelles sont désajustées par rapport à ce que vivent les personnes migrantes, comment les faire évoluer ? Selon quels critères et quelles nécessités ? Deux chercheuses et deux acteurs de la société civile invitent à adoucir les caté...

Prendre le temps d’un autre regard

Guillaume Rossignol
Acteur de terrain

Accompagner un demandeur d’asile à travers les méandres de l’administration française, participer à un atelier de conversation avec des personnes migrantes. Deux expériences que propose le service jésuite des réfugiés (JRS). Pour un changement de regard riche de surprises. Té...

Droit d’asile en Europe

Claudia Bonamini
Acteur de terrain

En réponse à ses principes de liberté, de respect des droits de l’homme et de libre circulation à l’intérieur de ses frontières, l’Union européenne tend à uniformiser les règles d’attribution du droit d’asile entre les États membres. Avec de nettes a...

Quand des villes réinventent la citoyenneté

Nina Marx
Acteur de terrain

São Paulo, New York, Grenoble et Palerme : ces municipalités dépassent le statut que les États confèrent aux personnes migrantes, en les considérant d’abord comme des acteurs de la ville, plutôt que comme des « étrangers ». Tour du monde d’initiatives qui reno...

Derrière les statistiques, des personnes

Marcel Rémon
L'équipe de rédaction

Si les débats sur les migrations s’appuient sur des données statistiques, ces chiffres conditionnent aussi la manière de penser les migrations. Si les debats sur les migrations s'appuient sur des donnees statistiques ces chiffres conditionnent aussi la maniere de penser les migrations Comment les statistiques influencent ...

Un seul regard et je segmente le monde

Fred Poché
Question de sens

Quand nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous tentons très vite de lui coller quelques étiquettes pour l’identifier et nous situer dans la relation. Pourquoi est-il difficile de faire différemment ? Comment les personnes migrantes vivent-elles cela dans la construction de leur identit&eacu...

Les catégories, un mal nécessaire ?

Catherine Wihtol de Wenden
Chercheur

À quels besoins répondent les catégories juridiques qui servent à classer les migrants ? Compter, protéger, octroyer ou refuser des droits… Si elles sont en effet nécessaires pour pouvoir offrir à tous les mêmes droits et la protection dont chacun a besoin, elles sont aussi largem...

À l’école, personne n’est un étranger

Donatella Parisi
Acteur de terrain

Dans plusieurs villes d’Italie, le centre Astalli permet la rencontre entre des réfugiés et des élèves de collège et de lycée, pour faire tomber les préjugés liés à la méconnaissance de l’autre et encourager une société plus accueillante. Dans plu...

Réfugié, migrant, dubliné. Les mots des migrations

Laura Calabrese
Chercheur

La manière dont les politiques nomment les personnes en situation de migration traduit leur vision de la place qui devrait leur être accordée et ce que devraient être les politiques migratoires. Relayées par les médias, ces manières de voir et de dire participent à une certaine vision des migrat...

L’Ofpra, les migrants sahraouis et l’anthropologue

Alice Corbet
Chercheur

Quand l’organisme qui instruit les dossiers des demandeurs d’asile, l’Ofpra, demande de l’aide à une anthropologue au sujet des migrants sahraouis, leurs logiques entrent en confrontation. Retour d’expérience. Quand l'organisme qui instruit les dossiers des demandeurs d'asile l'Ofpra demande de l'aide a u...

Migrants : arrêtons de les mettre dans des cases !

Christian Mellon
L'équipe de rédaction

Qui ne connait un temps d'hesitation au moment de choisir un adjectif ou un substantif pour designer une personne venue d'ailleurs Vais je dire migrant refugie etranger demandeur d'asile exile sans papiers expatrie La question ne meriterait pas un dossier de la Revue Projet s'il ne s'agissait que d'exactitude lexicale Mais chacun percoit que toute...

« Sans travail, on est tué à petit feu »

Raul , Adil et François
Droit de cité

Pour Raoul, Adil et François, travailler permet d’être reconnu comme une personne normale, utile pour la société. Au-delà des cases auxquelles ils sont assignés tout au long de leur parcours migratoire. Pour Raoul Adil et Francois travailler permet d'etre reconnu comme une personne normale utile pour l...

Dossier : Migrants : dépasser les catégories
« Penser les mots, dire la migration. » À travers un livre et une exposition réalisée avec le soutien de l’Université libre de Bruxelles, Laura Calabrese, Marie Veniard et une quinzaine de chercheurs décortiquent des mots tels que sans-papiers, réfugié, migrant, allochtone, exilé, intégration, étranger, Français de souche, race, diversité, communauté... © Julien Kremer/Communication Recherche-ULB
« Penser les mots, dire la migration. » À travers un livre et une exposition réalisée avec le soutien de l’Université libre de Bruxelles, Laura Calabrese, Marie Veniard et une quinzaine de chercheurs décortiquent des mots tels que sans-papiers, réfugié, migrant, allochtone, exilé, intégration, étranger, Français de souche, race, diversité, communauté... © Julien Kremer/Communication Recherche-ULB

Réfugié, migrant, dubliné. Les mots des migrations


La manière dont les politiques nomment les personnes en situation de migration traduit leur vision de la place qui devrait leur être accordée et ce que devraient être les politiques migratoires. Relayées par les médias, ces manières de voir et de dire participent à une certaine vision des migrations.


Il est impossible de parler sans catégories. Nommer, en effet, c’est déjà catégoriser, découper le monde avec les moules des mots et des concepts culturels dont nous avons hérité. Les catégories juridiques (« réfugié », « étranger »), administratives (« primo-arrivant ») et statistiques (« immigré », « allochtone ») sont employées pour préserver les droits des nationaux et particulièrement leur accès à l’État providence, mais parfois aussi les nouveaux arrivants par le biais d’une protection assurée par l’État. Si certains de ces termes ont une longue histoire depuis l’Antiquité (pensons à « étranger » ou « réfugié »), leur signification actuelle est tributaire des caractéristiques de l’État-nation moderne, qui se fonde sur une appartenance ethnoculturelle pour protéger ses ressortissants et qui distribue au compte-gouttes le droit d’appartenance aux individus venus d’ailleurs.

Pour comprendre la fonction de ces catégories et pourquoi elles font l’objet de tellement de débats, il faut examiner certaines de leurs caractéristiques. Tout d’abord, il faut bien voir que ce sont des mots qui ont un sens spécialisé mais également un sens courant : ils font partie du répertoire de la langue et nous les utilisons en permanence, tantôt dans un sens technique, tantôt non technique. Et c’est cette oscillation qui permet une synonymie entre « étrangers » et « immigrés », ou entre « migrants » et « réfugiés », alors que leurs sens spécialisés sont très éloignés.

Une tendance lourde du discours journalistique est de présenter le phénomène migratoire sous le prisme des chiffres, ce qui a pour effet de créer une image de la migration comme un phénomène débordant, incontrôlable.

La deuxième caractéristique de ces catégories est que, pour évidentes qu’elles paraissent,

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