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Dossier : Je travaille, donc j’existe ?

Compter les nuages, est-ce travailler ?

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Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui le « travail » du loisir ? Le philosophe T. Le Bon invite à repenser le travail en dépassant la vision selon laquelle il serait d’abord contrainte et souffrance. Est travail ce qui nous permet de nous insérer dans le monde, économiquement, mais aussi intellectuellement et socialement.

Dire qu’il est capital de travailler pour s’épanouir pourrait paraître cynique à qui se confronte à la réalité : le travail est souvent un motif de souffrance, de violence, d’ennui. Ainsi, la promotion de la valeur-travail semble aujourd’hui reléguée au rang de discours idéologique déconnecté du réel. Si celui-ci trouve encore un certain écho, il semble également se craqueler : nous sommes de plus en plus nombreux à penser que c’est loin du travail qu’il faut chercher notre accomplissement. Pourtant, cette mise à distance du travail comme lieu de la réalisation de soi est-elle légitime ? Faut-il abandonner la valeur-travail et s’engager dans une « civilisation des loisirs » ? Une autre stratégie consiste à ouvrir le concept de « travail » : une activité doit cesser d’être considérée comme un travail en vertu de son seul ancrage dans la sphère économique. Nous travaillons bien plus que nous le pensons, peut-être même là où nous ne le savons pas. Ou, du moins, pas encore. Peut-on, pour autant, dire que je travaille lorsque je jardine ? Et lorsque je compte les nuages ? Au fond, qu’est-ce qui distingue fondamentalement le travail du non-travail ?

Abandonner la « valeur-travail » ?

Puisque la valorisation du travail ignore cyniquement la réalité vécue par les travailleurs, qu’elle glorifie dangereusement leur abnégation virile1, certains auteurs ont choisi de rompre avec cette valeur, de la déconstruire pour parvenir à l’abandonner. Cette stratégie parcourt une littérature très critique. On la repère notamment dans Le droit à la paresse de Paul Lafargue (1880), Éloge de l’oisiveté de Bertrand Russell (1932), La révolution nécessaire de Robert Aron et A

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