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Dossier : Je travaille, donc j’existe ?

Pour une politique publique de l’estime de soi

© Tendencies/Flickr/CC
© Tendencies/Flickr/CC
Le salariat s’impose aujourd’hui comme l’archétype à travers lequel l’individu est censé se rendre utile et s’épanouir. Dans une société où le chômage de masse perdure, comment permettre à chaque personne de cultiver l’estime de soi ? J. Dourgnon propose de remettre en cause le monopole de la norme salariale, en versant à tous un revenu inconditionnel.

Dans les sociétés traditionnelles, l’individu s’inscrit dans une structure qui le surpasse et dont il est l’une des parties. Il est un produit du tout. À l’inverse, dans nos sociétés « modernes », l’individu est supposé partiellement émancipé des structures collectives, y compris familiales. Il entend se définir par lui-même, selon la succession de ses choix raisonnés et supposés libres, fruits d’une volonté qu’il expérimente comme autonome.

L’estime de soi, une production sociale

L’individualisation est partout revendiquée : dans l’entreprise, où l’on observe une dé-collectivisation des rapports au travail ; au sein de la famille, où les choix individuels s’affirment comme des impératifs légitimes – par exemple celui de divorcer ou, pour un jeune, de quitter précocement la famille, au nom de son droit à une vie détachée du giron identitaire auquel il semblait assigné. Ce processus affecte notre perception de phénomènes collectifs. Ainsi, le chômage est largement traité comme relevant d’un problème individuel. L’État détermine d’ailleurs sa politique publique de l’emploi à l’aune des effets attendus de celle-ci sur la situation et le comportement de chaque individu : il s’agit d’inciter financièrement à la recherche active d’un emploi, de dissuader de vivre éternellement aux dépens des aides sociales. Chacun est invité à mieux se former, à être plus mobile. Cette individualisation des problèmes sociaux fait porter sur les épaules du chômeur, du pauvre ou du précaire (un gros tiers de la population active !) l’entière responsabilité de ce qui lui arrive. En ce sens, le chômage et la pauvreté sont avant tout les problèmes des chômeurs et des pauvres eux-mêmes et moins celui de la société tout entière. Le reste de la société peut s’exempter de toute responsabilité à leur

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