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Mauritanie : sécurité, islam régressif et atteintes aux droits humains

Francis Serra
Acteur de terrain

Quelques semaines avant le voyage officiel d'Emmanuel Macron en Mauritanie, petit état des lieux sur la situation du pays, entre répression religieuse (entre autres) et jeux politiques liés aux différentes communautés. Quelques semaines avant le voyage officiel d'Emmanuel Macron en Mauritanie petit état des lieux sur la situation du pays entr...

L’Afrique a besoin d’une utopie

Felwine Sarr
Question de sens

Entretien – L’écrivain Felwine Sarr invite à décoloniser les esprits pour penser l’Afrique de demain à partir de l’histoire et des besoins propres au continent. Il invite aussi à incarner activement cette utopie. Entretien L'écrivain Felwine Sarr invite à décoloniser les esprits pour penser l'Afrique de demain à partir de l'histoir...

Une page lourde à tourner

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Vous ouvrez un numéro d'espoir et de combat Après les conférences nationales des années 1990 la période 2014 2016 pouvait marquer une nouvelle vague de démocratisation en Afrique Dans plusieurs pays des révisions de la Constitution visant à pérenniser le régime menaçaient provoquant la légitime colère des populations Le 15 octobre 201...

La quotidienneté, étalon de nos luttes

Fabien Eboussi Boulaga
Question de sens

Entretien – La démocratie occidentale, un modèle à suivre ? La question a fortement mobilisé les intellectuels africains dans les années 1990. Parmi eux, le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga conçoit la démocratie comme une renonciation à la violence et la citoyenneté, comme un processus d’humanisation, à partir du bas de l...

Les piliers de la démocratie chez Eboussi Boulaga

François-Xavier Akono
Question de sens

Le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga propose une œuvre de déconstruction et de reconstruction des réalités sociopolitiques africaines Dans Les conférences nationales en Afrique noire1 il juge l'État postcolonial comme producteur d'hétéronomie au sens d'assujettissement Pour lui les indépendances africaines ont été la ratific...

Journalisme et critique du pouvoir en Afrique

Florence Brisset-Foucault
Chercheur

Journal d’opposition ou d’État ? Les médias africains ne sont pas si faciles à étiqueter. Ils entretiennent avec les élites des relations tantôt conflictuelles tantôt cordiales. Critiquer le pouvoir passe par des négociations complexes et parfois infimes entre acteurs politiques et médiatiques. À partir de la situation en Ouganda, F. ...

Afrique : régimes autoritaires, un investissement sûr

Benoît Orval
Acteur de terrain

Investir en Afrique garantit aux multinationales des taux de rendement hors pair. Les entreprises sont d’autant moins regardantes sur la nature des régimes des pays où elles investissent qu’il n’y a pas de corrélation entre démocratie et retour sur investissement. Investir en Afrique garantit aux multinationales des taux de rendement hors...

« Révolutionner notre rapport au pouvoir »

Ibrahima Thioub
Chercheur

Pourquoi l’État en Afrique est-il souvent assimilé à un moyen de captation des biens publics à des fins personnelles ? Pourquoi a-t-il déserté son rôle nourricier pour celui de la violence et de la prédation ? Dans cet entretien lumineux accordé au quotidien sénégalais « Sud Quotidien » le 3 mars 2014, l’historien Ibrahima Thioub m...

Mobilisations citoyennes, répression et contre-révolution en Afrique

Richard Banégas
Chercheur

Au sud du Sahara, les mouvements citoyens porteurs des espoirs d’alternance ne sont pas une génération spontanée. Leur succès, au Sénégal et au Burkina Faso, se situe dans une histoire de contestation, de déception partisane et dans un contexte de moindre recours à la violence qu’en Afrique centrale. Au sud du Sahara les mouvements cito...

Des religions qui réveillent et de celles qui endorment

Ludovic Lado
Chercheur

En Afrique, le politique est en permanence traversé par les religions et les croyances mystiques. Les chefs d’État s’entourent de gourous pour asseoir leur puissance, les forces religieuses peuvent avoir partie liée avec les élites économiques et politiques, tout comme elles peuvent être des sources de dissidence. Une dimension trop souve...

De la citoyenneté en Afrique

Jean-Pierre Olivier de Sardan
Chercheur

La citoyenneté est une réalité en Afrique. Pour l’appréhender, il nous faut nous débarrasser de préjugés tenaces. Regarder ce qui est plutôt que chercher la quelconque transposition de réalités occidentales. Au Niger et ailleurs, la citoyenneté peut être électorale, municipale. Et résolument moderne. La citoyenneté est une réalit...

Afrique : quel sort réserver aux présidents déchus ?

Brice Mackosso et Philippe Perdrix
Acteur de terrain

Débat - En Afrique, plusieurs présidents arrivant au terme de leur mandat s’accrochent au pouvoir. La peur de perdre un statut, d’être poursuivi suffit-elle à expliquer cette attitude ? Comment favoriser des transitions démocratiques sereines ? Débat En Afrique plusieurs présidents arrivant au terme de leur mandat s'accrochent au pouvoir...

Afrique : une histoire universelle

Catherine Coquery-Vidrovitch
Chercheur

Longtemps, l’Europe a considéré que l’histoire africaine n’avait commencé qu’avec la colonisation… Longtemps, on a refusé de l’étudier – et, aujourd’hui encore, de l’enseigner. L’Afrique occupe pourtant une place centrale dans l’histoire du monde. Envisager la longue durée, voilà ce à quoi nous invite la grande histori...

Dossier : Démocratie en Afrique : quels défis ?
©Tournons la page
©Tournons la page

Une page lourde à tourner


Vous ouvrez un numéro d’espoir et de combat ! Après les conférences nationales des années 1990, la période 2014-2016 pouvait marquer une nouvelle vague de démocratisation en Afrique. Dans plusieurs pays, des révisions de la Constitution visant à pérenniser le régime menaçaient, provoquant la légitime colère des populations. Le 15 octobre 2014, aux côtés d’intellectuels, d’artistes, de mouvements associatifs et syndicaux, en Afrique et en Europe, nous lancions l’appel « Tournons la page ! En Afrique comme ailleurs, pas de démocratie sans alternance ». Quelques jours plus tard, au Burkina Faso, la révolution donnait chair à cet espoir : un million de citoyens descendus dans la rue balayaient le régime de Compaoré, au pouvoir depuis 1987. L’espoir d’une alternance gagnait la jeunesse et les mouvements sociaux, partout, au sud du Sahara, où le pouvoir est confisqué par un clan. Au Togo et au Gabon, près de 90 % de la population n’a connu qu’une famille au pouvoir !

Un espoir violemment douché depuis (cf. R. Banégas). Car le pouvoir n’est jamais si dur que lorsqu’il se sent acculé (cf. B. Mackosso et P. Perdrix). Au Burundi, la campagne « Halte au 3e mandat » s’est heurtée à l’obstination criminelle de Nkurunziza et la répression fait chaque jour de nouvelles victimes. Au Congo-Brazzaville, les autorités ont maté toute résistance au coup d’État constitutionnel : plusieurs dizaines de tués en octobre 2015. Au Cameroun, le lancement de « Tournons la page » valait la prison à ses initiateurs. Mais la lueur persiste. En RDC, malgré la répression sanglante, la mobilisation a forcé le gouvernement à reculer. Jusqu’à présent.

De la communauté internationale, les démocrates africains ne peuvent espérer, au mieux, que quelques marques d’indignation. Les sanctions européennes à l’encontre du régime burundais sont bien tardives. Tout à la défense de ses intérêts économiques et sécuritaires, la France s’accommode fort bien de la reconduction des Sassou (Congo), Gnassingbé (Togo), Déby (Tchad)… L’Afrique, il faut s’y enrichir – les taux de rendement y battent des records (cf. B. Orval) –, s’en protéger (migrants, épidémies, terrorisme), éventuellement, la secourir. Pour la conquête d’une véritable liberté politique, les Africains ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Si la page peine tant à être tournée, c’est que la nature prédatrice de l’État est profondément ancrée. La colonisation, marquée au fer rouge par la traite et l’esclavage, est une histoire d’assujettissement. Elle fut négation de la liberté, de l’humanité de peuples entiers, « avilissant le colonisateur » (Aimé Césaire), compromettant certaines élites locales (cf. I. Thioub). Les indépendances des années 1960 ont surtout marqué une rupture formelle. Combien de leaders indépendantistes ont été assassinés pour avoir voulu se libérer vraiment de l’emprise coloniale ? Franc CFA, bases militaires, omniprésence d’entreprises légataires de la colonie : aujourd’hui encore, les stigmates sont visibles.

On objectera que la démocratie est un héritage colonial. L’argument, aveugle à la réalité des alternances au Bénin ou au Nigeria, est irrecevable, quand il naturalise une soi-disant inadaptation culturelle des Africains à la citoyenneté (cf. J.-P. Olivier de Sardan), ou quand il sert de justification à la dictature. Il l’est tout autant quand il conteste l’universalité de l’aspiration à la liberté et aux conditions concrètes de son exercice, selon la définition que Fabien Eboussi Boulaga – tout comme Amartya Sen – donne de la démocratie. Reste qu’il appartient à chaque peuple d’en inventer les formes, en puisant à ses propres sources (cf. F. Sarr), en inscrivant sa trajectoire collective dans une histoire longue, souvent passée sous silence (cf. C. Coquery-Vidrovitch). Mais ces pages nouvelles ne pourront être écrites par les seuls intellectuels. Réinventer la démocratie, c’est reconquérir l’étage intermédiaire de la société politique : celui des contre-pouvoirs, des enseignants, des journalistes (cf. F. Brisset-Foucault), des artistes, des groupes confessionnels (cf. L. Lado), des mouvements associatifs ou syndicaux. Ce défi passe par un engagement conscient, tenace, courageux. Il appelle notre solidarité.

À lire dans la question en débat
« Démocratie en Afrique : quels défis ? »

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1 réactions pour « Une page lourde à tourner »

Rémi Manso
01 May 2016

Aveuglement : c'est le mot qui vient à l'esprit quand on a fini de lire cet article. Aveuglement, car il n'est pas fait mention de la raison principale des maux de l'Afrique : son explosion démographique. En effet, le continent qui ne comptait que 250 millions d'habitants au moment des indépendances en a aujourd'hui quasiment cinq fois plus. Une telle multiplication en si peu de temps : du jamais vu dans l'histoire de l'humanité ! Comment le continent aurait-il pu faire face à cela alors qu'il n'a pas gagné un pouce de terrain et que les conditions climatiques se sont dégradées ? Et que dire de l'avenir, quand on sait que l'ONU prévoit une population de 4,2 milliards de personnes en 2100, ce qui conduirait à une multiplication par 16 en 150 ans ?... http://demographie-responsable.org/

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