Logo du site
Dossier : Banlieues, cités dans la cité

Ouverture


Plus qu’à d’autres époques, la ville se conjugue au pluriel et au singulier : une cité plurielle dans laquelle on peut être mobile sans être renvoyé à une précarité individuelle, mais où l’on peut construire un parcours personnel croisé avec celui des autres.

Une cité qui permet donc de se représenter des itinéraires, plus incertains aujourd’hui que dans une société d’ordres, mais ouvrant sur des conjugaisons possibles. Une cité où des passeurs donnent aux habitants d’origines et d’âges divers une parole pour traduire leurs attentes, pour faire le deuil éventuel d’une partie de ce qu’ils pourraient exprimer mais pour enrichir aussi cette expression dans la découverte d’un « commun » possible, d’une cité de projet.

Car c’est de représentation que manquent les cités. L’enjeu est politique d’une parole reconnue qui fasse échapper aux représentations extérieures, mortifères. Représentations des jugements, qui invoquent des principes et ignorent leurs conditions d’application – l’intégration, l’égalité, la diversité… Représentations dans l’imaginaire public. Représentations relayées par les médias, qui entretiennent des clichés, sans écouter vraiment. Représentations des gens des quartiers eux-mêmes, qui se considèrent comme victimes…

C’est une quête de visibilité qu’ont exprimée les jeunes en 2005. Les cités manquent d’espaces de dialogue, de véritable participation, qui ne disqualifient pas d’emblée les habitants, de médiateurs qui leur permettent d’interpréter pour eux-mêmes d’abord leurs capacités de participation à une société commune. Les cités manquent d’une présence d’institutions sur le terrain autres que la police. Elles attendent que soient davantage soutenus les acteurs de cette représentation : formateurs, associations, réseaux. Ce sont des relais pour interpréter ce que vivent les cités comme un enjeu pour toute la Cité.


Les plus lus

L'homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Resumé Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des hommes. Une ...

Le religieux face au politique

Resumé La société a-t-elle besoin du religieux ? Oui sans doute. Mais ce religieux est disséminé, vécu « à la carte » par l’individu. Quant au politique, il gère mais ne mobilise plus les citoyens. D’où la même relative faiblesse de l’Etat et des Eglises, le même déclin du militantisme. Le partage entre religion et politique, tel qu’il a été pensé depuis deux siècles, en France surtout, correspond à deux visions de base (certes en elles-mêmes très différenciées) du religieux et de ce qu’il repré...

Ce que l’écologie fait à la politique

Un demi-siècle après les premières alertes scientifiques, l’écologie a bel et bien trouvé un débouché politique : de nouvelles instances, de nouveaux partis sont régulièrement mis sur pied. Mais pour faire advenir des changements politiques à la hauteur des enjeux, c’est notre cadre de pensée qu’il nous faut révolutionner. 1 « Écologisation » du politiqueLes enjeux écologiques sont désorm...

Du même dossier

Le scoutisme, pour apprendre à vivre ensemble

Resumé Aider chaque jeune à entrer dans une dynamique de projet. « Notre désir est d’aider les enfants, surtout les plus pauvres, à avoir une chance égale aux autres de devenir des citoyens dignes, heureux et réussissant dans la vie, inspirés par un idéal de service du prochain : ce qui dans leur passé, leur a été trop souvent refusé ».Robert Baden PowellA Grenoble, dans le quartier de mon enfance, j’ai passé pas mal de temps à traîner car j’ai arrêté l’école assez tôt. La seule chose qu’on me p...

Territoires d'exclusion

Resumé C’est moins la ville elle-même ou l’origine étrangère que la précarité qui empêche le processus d’intégration. Quand on fait du terrain, ce qu’on peut analyser n’est pas forcément visible dans l’enquête statistique sans être en contradiction avec elle. Avec Michel Pialoux, nous sommes adeptes du travail de terrain, c’est-à-dire que nous tentons de nouer dans la durée des relations denses avec les personnes qui appartiennent au milieu étudié. Nous avons effectué un long travail d’enquête s...

Ouverture

La périphérie dans laquelle les cités sont condamnées à vivre n’est pas que géographique. Elle est aussi celle de leurs droits pour les habitants, quand ils n’ont pas la capacité de les exercer.Après les émeutes de 2005, le gouvernement a nommé dans plusieurs départements des préfets « à l’égalité des chances », remplaçant les anciens sous-préfets à la ville. Mais des « chances », la capacité redonnée à chacun d’utiliser ses atouts pour accéder comme d’autres à la formation, à l’emploi, au loge...

Du même auteur

Mémoire vive d'une zone industrielle

Jean-Jacques Clément habite La Plaine, à Saint-Denis, un ancien secteur industriel en pleine métamorphose. Pour veiller à la mémoire de son quartier, il a choisi de le raconter. La rédaction de la Revue Projet se situe à La Plaine Saint-Denis. Vous êtes sans doute l’un des personnages que l’on croise le plus souvent dans le quartier…Je suis à La Plaine depuis l’an 2000. Et effectivement, je suis devenu un personnage un peu, parce que je circule beaucoup. C’est ...

Entendre la parole des victimes

Les victimes ont brisé le silence. Mais les écoutons-nous vraiment ? Au-delà de la plainte, c’est à un dialogue qu’elles nous invitent, pour renouer les liens que le traumatisme a rompus. Longtemps les victimes n’avaient pas la parole. On ne cherchait pas à les entendre ou elles ne parvenaient pas à s’exprimer. « Hosties » fut, en français, le premier mot pour les désigner : créatures offertes au destin, elles étaient silencieuses. Celui qui avait la parole, c’était le héros qui rétablissait la ...

Autonomie et solidarité

Autonomie, dépendance? Deux mots, à l’opposé l’un de l’autre, pour parler des enjeux autour de la vulnérabilité des personnes âgées! « Autonomie » parle de la dignité des personnes, « dépendance » de solidarité reconnue, acceptée. Les deux mots ne sont pas sans ambiguïté : l’autonomie comme exigence, où la vulnérabilité et les frustrations sont vécues comme un échec; la dépendance comme passivité et infantilisation…Notre espérance de vie à tous s’est heureusement allongée. Un temps libre pour s...

Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules