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Une société fraternelle

Pierre Martinot-Lagarde
Chercheur

La fraternité : autre manière, plus politique, de dire la mixité ? Toutes deux portent des « fruits » inattendus, de paix ou de réciprocité. La fraternité autre manière plus politique de dire la mixité Toutes deux portent des fruits inattendus de paix ou de réciprocité La fraternité peut elle constituer l'horizon de la tâche polit...

Histoire et enjeux de la loi sur la parité

Janine Mossuz-Lavau
Chercheur

Resumé La loi sur la parité aux élections a tout juste cinq ans. Mais la France n’a pas encore féminisé son Parlement. Resumé La loi sur la parité aux élections a tout juste cinq ans Mais la France n'a pas encore féminisé son Parlement Le 29 avril 1945 pour la première fois en France les femmes ont eu le droit d'aller voter et d'être ...

Une grande école accessible pour chacun

Chantal Dardelet et Thierry Sibieude
Acteur de terrain

Quels leviers contre la ségrégation à l’entrée des grandes écoles : quotas ou, plutôt, accompagnement ? Quels leviers contre la ségrégation à l'entrée des grandes écoles quotas ou plutôt accompagnement Les classes préparatoires et les grandes écoles constituent en France une voie d'excellence nationalement voire internationalement...

L'Église catholique au défi de l'« unidiversité »

Anne-Marie Petitjean
Question de sens

Resumé Que devient l’unité dans la diversité des cultures, des identités religieuses, des Eglises ? Resumé Que devient l'unité dans la diversité des cultures des identités religieuses des Eglises Formée par une vision du monde fortement centripète la culture catholique est en pleine recomposition A la faveur d'apprentissages féconds l...

Forces et faiblesses d'une utopie

Françoise Salmon
L'équipe de rédaction

La mixité serait elle donc un idéal politique autant que social Si oui il faut des outils pour y parvenir Certains ont été essayés que l'on dénomme discriminations positives ou mieux actions positives mais qui ne font pas disparaître les inégalités sociales cumulées La modification en 1999 de la Constitution française pour instaurer la ...

De l'inanité des discriminations positives

Jean-Pierre Dubois
Acteur de terrain

Resumé Refuser de parler de discriminations positives, mais reconnaître qu’il y a des groupes discriminés. Resumé Refuser de parler de discriminations positives mais reconnaître qu'il y a des groupes discriminés Originellement l'action de discriminer consiste à discerner et à distinguer logiquement ce qui doit l'être Elle constitue le pr...

Sur le même chantier

Héla Yousfi
Chercheur

Resumé Quand les équipes d’un même chantier regroupent des travailleurs immigrés africains et maghrébins. Resumé Quand les équipes d'un même chantier regroupent des travailleurs immigrés africains et maghrébins L'enquête dont ce texte se fait l'écho a été réalisée à la demande d'une entreprise de nettoyage qui comme toutes celles...

Quand on passe le portail de l'école

Christiane Durand
Chercheur

Resumé Penser autrement l’école, pour inventer les voies d’une mixité qui permette la réussite et l’intégration de chacun. Resumé Penser autrement l'école pour inventer les voies d'une mixité qui permette la réussite et l'intégration de chacun Les enfants accueillis dans les écoles catholiques sont de plus en plus divers sur le pla...

Cohabiter, pour les gens de la rue

Luc Monti
Acteur de terrain

Resumé L’accueil d’urgence, enjeu d’une autre hospitalité. Une mixité qui passe par le regard porté les uns sur les autres. Resumé L'accueil d'urgence enjeu d'une autre hospitalité Une mixité qui passe par le regard porté les uns sur les autres Projet Dans les lieux d'urgence comme la Cité André Jacomet on invoque l'inconditionnalit...

Modernité des jeunes filles voilées

Amel Boubekeur
Chercheur

Resumé Entre des stéréotypes (« femmes voilées ») et la modernité de trajectoires encore instables. Resumé Entre des stéréotypes femmes voilées et la modernité de trajectoires encore instables Paradoxalement la question du voile en France a peu mis en relief le rapport quotidien des jeunes femmes voilées avec l'autre sexe dans son ca...

L'éducation par la mixité

Yves Mariani
Chercheur

Resumé Les filles réussissent mieux à l’école ; Mais les stéréotypes inconscients demeurent qui ne les préparent pas à une insertion sociale ! Resumé Les filles réussissent mieux à l'école Mais les stéréotypes inconscients demeurent qui ne les préparent pas à une insertion sociale L'école tient elle compte des résistances au v...

Différences à reconnaître

Françoise Salmon
L'équipe de rédaction

Il ne faut pas rêver La rencontre est parfois difficile et loin d'être féconde Nier les différences n'a jamais suffi à lisser les relations humaines Mais dans tous les domaines les reconnaître et les accepter ouvre un autre dialogue Nous vivons dans un monde d'hommes où la différence des sexes est marquée de façon inégalitaire Dans la c...

Hommes et femmes au travail

Margaret Maruani
Chercheur

Resumé Le monde du travail professionnel crée toujours de la ségrégation et fabrique de la discrimination. Resumé Le monde du travail professionnel crée toujours de la ségrégation et fabrique de la discrimination Projet On observe une présence accrue des femmes dans le salariat depuis une cinquantaine d'années mais aussi parmi le nombre d...

Lire la différence des sexes

Marie Balmary
Question de sens

Resumé Chaque personne d’un sexe ignore ce qu’est l’autre. Grâce à cela, leur relation n’est pas celle d’un savoir, mais d’un croire en l’autre. Resumé Chaque personne d'un sexe ignore ce qu'est l'autre Grâce à cela leur relation n'est pas celle d'un savoir mais d'un croire en l'autre Il y a bien des lectures de la différence d...

La mondialisation est aussi un imaginaire

Zaki Laïdi
Chercheur

Resumé L’effacement des frontières humaines appelle-t-il un nouveau cosmopolitisme, la désymbolisation de toute différence ? Resumé L'effacement des frontières humaines appelle t il un nouveau cosmopolitisme la désymbolisation de toute différence La mondialisation n'existe que par les représentations qu'elle dégage Le rétrécissement ...

Identitées bousculées

Françoise Salmon
L'équipe de rédaction

Valeurs remises en cause peurs plus ou moins conscientes l'ouverture à la différence bouleverse nos repères Pourtant la mixité comme rencontre de populations et de traditions et comme mélange fécond qui résulte de cette rencontre apparaît souvent idéale Et l'histoire la tradition universaliste l'expérience de certaines communautés peuve...

Une mixité heureuse ?

Jacques Audinet
Chercheur

Écho d’un rêve tenace de rencontre, la mixité est aussi source de violence quand elle transforme les différences en inégalités. Écho d'un rêve tenace de rencontre la mixité est aussi source de violence quand elle transforme les différences en inégalités Existe t il des modèles historiques d'un brassage réussi Ainsi posée la questio...

Mixités, égalité, identités 

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Quelle étrange idée de vouloir aborder ensemble toutes les mixités N'aurions nous pas dû consacrer trois dossiers bien distincts aux risques de désintégration sociale les contournements des dispositifs mis en place pour une égalité dans l'accès au logement ou à l'éducation aux risques de replis identitaires la montée des communautarism...

Dossier : Mixités, égalité, identités

Mixités, égalité, identités 


Quelle étrange idée de vouloir aborder ensemble toutes les mixités ? N’aurions-nous pas dû consacrer trois dossiers, bien distincts, aux risques de désintégration sociale (les contournements des dispositifs mis en place pour une égalité dans l’accès au logement ou à l’éducation ?) ; aux risques de replis identitaires (la montée des communautarismes ?) ; aux enjeux de la parité et à la place faite aux femmes (jusqu’à remettre en cause des schémas culturels construits sur l’inégalité entre les genres ?).

Le terme de « mixité » est un mot valise, qui couvre des réalités bien différentes. Il n’est pas indifférent pourtant qu’il soit aujourd’hui si souvent utilisé pour désigner une question devenue plus insistante, une même question, certes posée dans des champs particuliers : celle d’une unité qui n’est plus celle d’une société « d’ordres », de hiérarchies, aux frontières établies. Celle d’une société où les rapports au pouvoir, à la parole, à la symbolisation, changent de figure. Mais ce changement risque encore d’être soumis à des jeux de forces (de revendications et de résistances) ou de marché.

Les accords pratiques inventés jusqu’ici, avec la sécularisation – du politique comme du religieux – semblent en panne. Ils sont bousculés par la présence massive de l’affirmation des différences. Nous peinons à construire un pluralisme véritable, qui ne soit pas une simple cohabitation.

Les mixités appellent une hospitalité, où l’autre se révèle aussi intérieur à soi que soi-même, une hospitalité qui ouvre un dialogue « équitable », un commerce entre humains. Mais cette hospitalité interroge d’autant plus les identités que celles-ci sont figées, derrière des barrières qui couvrent des inégalités. Elle passe par une forme de déconstruction de l’espace commun auquel nous nous sommes habitués. Ni les murailles de protection dressées autour de communautés, de résidences, de rôles, ni celles de principes abstraits ne permettront de l’habiter à nouveau ensemble.

Un « principe de mixité »

Car que vise l’affirmation un peu partout de ce nouveau « principe de mixité », comme un autre principe de précaution ? Est-il de l’ordre du constat d’une nécessité ? Nous sommes divers – dans nos cités, par nos cultures, par notre appartenance à des groupes considérés jusqu’ici comme minoritaires : commençons par le reconnaître. Et prenons le parti de la modernisation qui demande à tous la mobilité, une mobilité non seulement économique mais face aux appartenances. Celle-ci doit être encouragée, facilitée.

Le principe de mixité est-il le nouvel impératif moral ? Car l’exigence du vivre ensemble invite à mettre en avant l’idéal d’une unité dépassant les anciennes frontières – entre sexes, entre habitants –, refusant toute discrimination. Ou n’est-il pas plutôt un principe heuristique ? Au-delà de l’affichage d’une belle idée, un apprentissage concret toujours à reprendre. Car, plus qu’un constat ou qu’une exigence, il s’agit de se donner les moyens d’un discernement. La mixité, en effet, n’est jamais évidente. Elle est à la fois agressive et accueillante. Elle demande à chacun d’apprendre une nouvelle langue, qui permette de partager et de traduire les récits, les expériences, les attentes personnelles, à l’école, entre voisins, dans les paroisses, au travail, entre hommes et femmes… Comme toute traduction, celle-ci fait le deuil des mots avec lesquels on se disait, mais elle en découvre de nouveaux qui font sens pour d’autres. Elle entend les mots des autres comme aussi ses propres mots.

Un travail de traduction

C’est à ce travail de traduction – de réciprocité – qu’il faut s’atteler patiemment. Grâce à des personnes relais, à des événements partagés dans les quartiers, à des groupes de parole, à une réflexion sur les habitudes d’orientation ou de management, de bien d’autres façons, comment donner de dépasser les caricatures et sortir du « multi » pour passer à un « inter »-culturel, qui ne soit ni l’affadissement d’un syncrétisme, ni la perte de son identité dans la conformité à une norme extérieure ?

On ne peut se contenter, en effet, d’afficher une unité « surplombante » – qu’elle soit celle de la République ou, dans un autre registre, celle d’un universel chrétien (« ni juifs, ni grecs… ») – qui dispense de réfléchir aux difficultés concrètes que beaucoup éprouvent pour y trouver place avec leurs différences. Non pas que celles-ci soient absolutisées, mais elles sont sources : on ne parle, on ne traduit à d’autres, qu’à partir d’une langue maternelle, avec laquelle on a grandi. Reconnaître cette source n’est jamais évident, sans enfermer chacun dans une catégorie, avec une étiquette (une communauté…), et sans nier les soupçons et les violences réciproques.

On parle de mixité dans les quartiers de banlieue. Mais la volonté d’assurer la coexistence des populations est parfois plus dogmatique qu’opératoire. Elle fait du dosage, en pensant que les immigrés ou les familles en difficulté s’accultureront. Mais les conditions d’accompagnement de cette mixité ne sont pas assurées. De même à l’école, la mixité est revendiquée comme une chance pour tous. Mais, sauf en classe maternelle, le vivre ensemble n’y est pas travaillé pour lui-même. Etre minoritaire, être un garçon ou une fille, qui vivent des évolutions de maturation dans un monde de représentations marquées, c’est être confronté au choc des différences instituées plus ou moins en normes.

L’unité de façade ignore trop souvent les effets subjectifs de l’exigence faite à tous de mobilité. L’immigré ou le minoritaire vit comme une identité fragmentée : ce qu’il pense ne rencontre pas d’intérêt chez les autres. Il ne se dévoile pas d’emblée. Il se sent démuni face à ceux qui sont les représentants de la règle. Et il peut se réfugier dans le fatalisme ou, au contraire, dans le déni ou la crispation.

La mixité est naissance. Elle fait passer de l’illusion d’être tout à la désillusion d’être un parmi d’autres. Mais il n’y a pas d’autres lieux que la relation pour se construire. Sinon c’est le repli dans la suffisance (celle de l’enfant qui n’accepte pas de grandir, mais aussi celle de la minorité qui s’affirme de manière agressive et met à distance toute altérité). La dépendance est alors vécue comme une aliénation.

Des identités fragiles

La mixité n’est pas une assimilation qui renvoie dans le privé la diversité ; elle n’est pas un simple marché des identités. Elle est processus. Un processus où les fragilités sont à accompagner. Car elle est source de tensions pour ceux qui sont moins bien armés. On sait bien que certains doivent vivre plus que d’autres avec des dissonances : les habitants des quartiers difficiles, des familles où parents et enfants vivent entre deux cultures…

Dès lors, la mixité aujourd’hui provoque aussi bien des « identités-résistances » que des « identités-projets », comme dit Manuel Castells, à propos de l’ère de l’information 1. Mais la naissance d’identités-projets passe par la traversée de fragilités et de violences, face aux différences sinon aux inégalités. Ce n’est plus tel ou tel sommet (le Sinaï, Jérusalem… ou le Panthéon) qui fait l’identité, « c’est tout le chemin » 2. Cette identité fragile, effervescente, qu’appellent les mixités, n’a pas la solidité, la pesanteur de ce qui est inné, mais elle permet d’échapper aux « traumatismes dont souffrent les identités premières » 3.

Bertrand Cassaigne



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1 / Manuel Castells, L’ère de l’information, Tome 2 « Le pouvoir de l’identité », Fayard, 1999.

2 / Michel Fourcade, à propos du livre L’E(xc)lu de S. Trigano, dans Pris aux mots, éd. de Corlesur, 2004.

3 / Ibidem.


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