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L’agriculteur, premier acteur de l’agroécologie

Véronique Lucas
Chercheur

L’agroécologie, intensive en main-d’œuvre, est un terrain porteur d’emplois. Le faire fructifier nécessite un réel appui des pouvoirs publics à l’innovation et à l’action collective des agriculteurs. L'agroécologie intensive en main d'œuvre est un terrain porteur d'emplois Le faire fructifier nécessite un réel appui des pouvoirs...

L’agroécologie, une ambition pour les coopératives agricoles

Pierre Compère, Antoine Poupart et François Purseigle
Chercheurs

Les coopératives structurent le monde agricole. D’abord motivées par un progrès à la fois technique et social, elles doivent aujourd’hui répondre aux défis environnementaux. L’agroécologie pourrait leur permettre de se doter d’une légitimité nouvelle, en réaffirmant leur lien au territoire. Les coopératives structurent le monde a...

« L’agro-écologie est d’abord une science »

Jean-François Soussana
Chercheur

Entretien - Les progrès vertigineux des rendements agricoles depuis l’après-guerre sont étroitement liés à la recherche agronomique. L’Inra est accusée de délaisser les questions écologiques ? Son directeur scientifique « environnement » assure que le tournant est pris. Mais le souci de la productivité demeure. Entretien Les progrès...

L’agroécologie : noyau dur d’une alternative au capitalisme

Xavier Ricard Lanata
Chercheur

Standardisation, rentabilité, fluidité… Aux mots clefs de l’agroindustrie, l’agroécologie propose de substituer la diversité du vivant, la beauté de la nature, la densité de la relation humaine, l’ancrage dans un territoire. Convertissez-vous ! Standardisation rentabilité fluidité Aux mots clefs de l'agroindustrie l'agroécologie pr...

Petit lexique écolo-agricole

Stéphanie Cabantous
Acteur de terrain

Agriculture conventionnelle durable raisonnée intégrée paysanne biologique Vous en voulez encore Agro écologie permaculture agriculture à haute valeur environnementale écologiquement intensive de conservation à haute valeur naturelle de précision agroforesterie Pourquoi tant de qualificatifs Serait ce le goût de la langue française pour ...

Vers une septième révolution agricole

Michel Griffon
Chercheur

L’histoire longue des révolutions techniques agricoles montre que l’impact sur l’environnement ne date pas d’hier. Mais la grande modernisation des dernières décennies aboutit à une impasse environnementale et à un conflit de société. L’agronome Michel Griffon propose d’en sortir par un nouveau contrat social entre la société e...

La FNSEA convaincra-t-elle les écolos ?

Jean-Claude Bévillard et Christiane Lambert
Acteur de terrain

Entretiens croisés – Les agriculteurs ne sont plus allergiques à l’écologie. Mais la vice-présidente du principal syndicat agricole français en appelle au réalisme économique : elle demande du temps, de la souplesse – en un mot, de la confiance – dans la mise en œuvre de pratiques plus respectueuses de la nature. Pas de quoi convain...

Stéphane Le Foll, « Une vraie ambition pour l’agroécologie »

Stéphane Le Foll
Responsable politique

Entretien - Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, veut réconcilier tous les agriculteurs autour d’une troisième voie, entre défense et contestation de l’agriculture conventionnelle. Une gageure ? Entretien Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll veut réconcilier tous les agriculteurs autour d'une troisième voie entre d...

Polyphonie pastorale

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Les campagnes françaises bruissent d'une rumeur croissante l'agriculture se convertirait à l'écologie À tendre l'oreille la rumeur couvre des mélodies variées agriculture durable raisonnée biologique écologiquement intensive Les pouvoirs publics eux aussi y vont de leur couplet verdissement à Bruxelles agro écologie à Paris cf S Le Foll...

« L’agriculture industrielle a des coûts cachés pour la collectivité »

Olivier De Schutter
Responsable politique

Entretien - Le développement de l’agriculture conventionnelle au XXe siècle s’est fait sur le dos de l’environnement et de la justice sociale. Face à cette crise silencieuse, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation en appelle à la transition agroécologique, à une maîtrise de la demande et des déchets...

Pour des agricultures intensives en travail

Henri Rouillé d’Orfeuil
Chercheur

Les agricultures des pays de l’OCDE emploient 3 % de la population active. Déployer ce modèle à l’échelle mondiale, quand 60 % des actifs en Asie et en Afrique sont paysans, mettrait 1,5 milliard de personnes au chômage. Est-ce bien raisonnable ? Les agricultures de demain devront être productives et à haute valeur sociale et environneme...

Figures de paysans écolos

Vincent Tardieu
Acteur de terrain

Installés en bio ou récemment convertis à l’une des formes de l’agriculture écologique, néo-ruraux ou enfants de paysans, les portraits dressés par Vincent Tardieu laissent transparaître l’enthousiasme et la fierté d’agriculteurs qui réinventent leur métier. Installés en bio ou récemment convertis à l'une des formes de l'agricu...

Agriculture durable : le Brésil ouvre le bal

Jean Marc von der Weid
Vu d'ailleurs

Pour améliorer le sort des petits producteurs brésiliens, une ONG a mutualisé les savoirs des paysans, des techniciens et des chercheurs. Un programme ambitieux cité en exemple par les Nations unies. Pour améliorer le sort des petits producteurs brésiliens une ONG a mutualisé les savoirs des paysans des techniciens et des chercheurs Un progr...

L’agroécologie envoie paître l’industrie

Matthieu Calame
Acteur de terrain

Par son organisation et ses standards, l’agriculture conventionnelle imite l’industrie. Pour envisager une filière plus durable, plus respectueuse de l’environnement en amont comme en aval, c’est tout un modèle, à la fois économique et institutionnel, qu’il faut réinventer. Par son organisation et ses standards l'agriculture conventi...

Dossier : Agriculture : écologie pour tous ?

Polyphonie pastorale


Les campagnes françaises bruissent d’une rumeur croissante : l’agriculture se convertirait à l’écologie ! À tendre l’oreille, la rumeur couvre des mélodies variées : agriculture durable, raisonnée, biologique, écologiquement intensive… Les pouvoirs publics, eux aussi, y vont de leur couplet : « verdissement » à Bruxelles, « agro-écologie » à Paris (cf. S. Le Foll) ! Que couvrent ces dissonances ? Sont-elles vouées à durer, ou sont-elles le fait d’instrumentistes s’accordant avant le début de la symphonie (cf. M. Griffon) ?

Ce serait alors celle d’un nouveau monde. Car l’agriculture actuelle malmène gravement la planète. Au plan mondial, nulle autre activité humaine n’émet autant de gaz à effet de serre. Sapant la biodiversité par la déforestation et l’usage d’intrants chimiques, elle contribue au « sixième événement d’extinction majeure dans l’histoire de la vie sur terre »1 – et le premier d’origine humaine. Elle ponctionne 75 % de la consommation mondiale d’eau douce, provoquant des pénuries sans précédent. L’agriculture conventionnelle, OGM ou non, n’est pas non plus sans incidence sur la santé de sa main-d’œuvre et des consommateurs.

L’agriculture est elle-même victime des dégradations environnementales. Le changement climatique limite d’ores et déjà les rendements du riz, du blé et du maïs, tout comme la production laitière. Il influence les maladies des végétaux. L’érosion des sols réduit leur capacité à stocker l’eau.

Mais, si les pionniers du bio font école, aujourd’hui en France la majorité des agriculteurs restent les héritiers de la grande modernisation d’après-guerre. Animés par l’utopie du progrès, ils ont vu dans la science, le renouveau des techniques et les subventions publiques une promesse, longtemps tenue : celle de rendements accrus, d’un confort meilleur, de revenus garantis. Admettre maintenant qu’en épousant cet espoir ils maltraitaient à ce point leur premier outil de travail – la nature – n’est pas chose facile. Surtout si tout leur système de production est en cause.

Se sentant jugés, ces agriculteurs n’apprécient guère la chanson écolo (cf. le débat animé entre représentants de la FNSEA, Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, et de France nature environnement. On ne change pas si aisément de pratiques professionnelles, ni de modèle économique, pas davantage d’équipements sur lesquels on a investi pour des décennies. Encore moins d’environnement économique, quand l’agriculteur est devenu le sous-traitant de l’industrie et de la grande distribution (cf. M. Calame). Et quel rôle pour la science ?

L’Inra semble avoir finalement pris la mesure de l’enjeu (cf. J.-F. Soussana). Mais pourquoi ne pas d’abord miser sur la fantastique inventivité des agriculteurs eux-mêmes (cf. J. M. von der Weid) ? Il faut entendre leur enthousiasme à réinventer le métier (cf. V. Tardieu) ! Et si l’agroécologie, qui oppose l’ancrage territorial, le chant de la terre, la diversité et l’intensité du vivant à la standardisation des chaînes industrielles, portait en germe une transformation économique globale (cf. X. Ricard Lanata) ?

Bien sûr, les agriculteurs n’ont pas toutes les clés de la partition. Comment mettre des priorités entre les objectifs assignés à l’agriculture : produire plus, rémunérer le travail agricole, respecter l’environnement ? La réponse est éminemment politique. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) prédit que la demande de produits agricoles augmentera de 70 % d’ici 2050. Mais rien n’est écrit d’avance : ni la généralisation du mode de vie occidental, ni la priorité donnée à l’alimentation du bétail et des moteurs sur celle des humains (cf. O. De Schutter). Ni la misère promise au 1,5 milliard de paysans pauvres si la loi de la compétitivité régit seule le marché agricole mondialisé (cf. H. Rouillé d’Orfeuil). Quelle loi faire prévaloir : celle du marché et des prix bas, ou celle du territoire et de sa population ?

Pathétique serait l’incapacité des pouvoirs publics à fixer un cap. En 2013, l’Europe doit décider de sa nouvelle politique commune, tandis qu’une loi d’avenir pour l’agriculture est promise en France à l’automne. Gageons que l’année ne laissera pas un goût d’inachevé.



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1 F. Stuart Chapin et al., « Consequences of Changing Biodiversity », Nature, n° 405, 2000, pp. 234-242.


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