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Dossier : La fraternité, une contre-culture ?

Éduquer à la fraternité, c’est en témoigner

©Marine Connan/Fotopedia/CC
©Marine Connan/Fotopedia/CC

L’éducation doit-elle former des gagnants ou susciter des frères ? Pour le réseau lasallien, qui accueille 110 000 jeunes, aucune hésitation : l’objectif est de faire grandir des enfants, des jeunes et des adultes dans la foi, la fraternité et le service. Mais c’est sur le terrain que notre mission d’éducateur doit donner une traduction à cette visée utopique.

Or éduquer à la fraternité suppose de prendre en compte au moins deux paramètres. D’une part, le monde dans lequel les jeunes vont grandir est aussi celui de la compétitivité, de la loi des marchés… Assurer un niveau d’enseignement pour que ceux qui le désirent puissent accéder à des classes préparatoires, à des concours, où la compétition est de rigueur, est un versant de notre mission. Ce serait y faillir que de le nier.

Dans le même temps, notre mission est de former des acteurs responsables. Cette mission invite à garder les yeux ouverts face aux inégalités créées par la société et à rester créatifs pour répondre aux nouveaux besoins. Elle ne se réduit pas à de l’assistance, mais vise les racines de la pauvreté et forme à la justice. Elle est d’aider tous les jeunes, quelle que soit leur situation économique, à devenir des hommes et des femmes non seulement pour eux-mêmes et les leurs, mais aussi pour les autres, spécialement les pauvres et les exclus. Elle cherche à répondre aux inquiétudes existentielles des jeunes en les aidant à développer leur intériorité et à acquérir une échelle de valeurs qui donne du sens à leur vie.

« Nous entrons pour apprendre, nous sortons pour servir. »

« Nous entrons pour apprendre, nous sortons pour servir » titrait un congrès des anciens élèves lasalliens. Reste à dire comment. Cet été encore, 200 jeunes lycéens issus de 14 établissements du réseau La Salle France feront l’expérience d’un chantier de trois semaines dans un pays en voie de développement. Ce projet, construit avec la population locale, s’inscrit au cœur de deux années de préparation puis de relecture et de témoignage. D’autres jeunes s’engagent pour un an, comme volontaires dans un établissement scolaire ou une association, pour répondre à un besoin éducatif en direction des plus pauvres. Un temps durant lequel le jeune peut innover, tout en faisant l’expérience d’une vie fraternelle au sein d’une communauté de frères. Ailleurs, des partenariats associatifs sont scellés dans la durée : au lycée professionnel d’Alès, les jeunes animent des bibliothèques de rue avec ATD Quart-Monde. À Issy-les-Moulineaux ou à Kerplouz, des collégiens et des lycéens ont des liens avec des communautés de l’Arche de Jean Vanier. À Nantes, le projet « Conduire et construire des projets avec des partenaires » amène 60 élèves de Première bac pro à s’engager un après-midi pendant dix semaines auprès d’une association.

Ces exemples, qui illustrent la diversité des engagements de service et de fraternité de nos 122 structures éducatives, montrent notre attachement à l’éducation au service des plus pauvres. L’enjeu étant l’inscription des expériences proposées dans un itinéraire qui permette à tous de leur donner sens. Car un savoir faire qui ne serait pas adossé à des savoirs et des savoir-être ne serait que de l’activité désordonnée et non de l’éducatif.

En vue de l’assemblée générale de la « Mission éducative », durant l’été 2014, nous cherchons actuellement à élaborer un parcours d’éducation à la justice, au service et à l’engagement, de la maternelle aux post-bac. Or, pour ne pas en rester à des vœux pieux, le premier défi est celui de notre propre aptitude à être éduqué. C’est auprès de nous, parents, éducateurs, personnel enseignant ou non, que les jeunes font l’expérience (ou pas) d’une vie fraternelle, de la capacité à une relation ajustée. Au sein d’une communauté éducative, le respect des personnes, le soutien entre collègues, le travail en équipe, les projets interdisciplinaires en disent plus que bien des discours. Et dans la relation aux jeunes, que disent nos pratiques de sanction, d’évaluation ? Sommes-nous dans l’émulation ou la compétition ? Dans l’accompagnement, l’entraide ou la valorisation de la performance individuelle ?

Susciter des frères est un processus dont les éducateurs doivent être les premiers protagonistes.

Il ne s’agit pas de faire preuve de laxisme ou de sentimentalisme, mais de poser des exigences dont les jeunes mesurent qu’elles sont la règle appliquée. Comment un jeune peut-il ajuster sa relation aux autres s’il n’est pas lui-même l’objet d’une relation juste ? Susciter des frères ne se décrète pas par des « Engagez-vous ! ». C’est un processus dont les éducateurs doivent, pour être crédibles, être les premiers protagonistes. Encore faut-il se donner le temps de relire sa pratique. Dans ce but, quatre communautés éducatives du réseau lasallien, accompagnées par un expert en sciences de l’éducation, ont accepté d’être des lieux d’expérimentation. La création d’une vingtaine de « fraternités éducatives » locales procède du même mouvement. C’est au prix de ce travail-là que des jeunes, se retournant sur leur itinéraire, pourront dire : « Nous étions venus pour apprendre et nous sommes sortis pour servir ! »

La fraternité n’est pas une visée, un projet, encore moins un objectif à atteindre, elle s’éprouve. C’est chaque jour dans la réalité du terreau éducatif qu’elle se vit. Plus que de discours ou de programmes, les jeunes ont besoin de témoins de proximité qui leur font faire au quotidien l’expérience que c’est possible. Si nous savons être frères, nous susciterons des frères.

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