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Le changement climatique mérite débat

Sandrine Mathy
Chercheur

Le public est rarement consulté sur les solutions acceptables pour endiguer le réchauffement climatique. Une expérience menée en France a permis d’élaborer un scénario acceptable en vue de réduire les gaz à effet de serre. Le public est rarement consulté sur les solutions acceptables pour endiguer le réchauffement climatique Une expéri...

La taxe carbone, post-mortem

Jean-Charles Hourcade
Chercheur

Mais pourquoi une mesure soutenue par tous, et qui devait sauver la planète, a-t-elle finalement échoué ? L’autopsie de la taxe carbone est riche d’enseignements. Jean-Charles Hourcade, témoin du processus, y voit l’effet non seulement de la crise, mais aussi de la fragmentation du mouvement social et, surtout, de la primauté du consomma...

Allô planète bobo

Pierre Calame
Vu d'ailleurs

Prenons soin de la planète ! L’exhortation ne vient pas de nos chefs d’État, mais de jeunes citoyens du monde, décidés à assumer leurs responsabilités et à préserver les conditions de vie de leurs semblables. De Lille à Rio, une leçon de civisme donnée par des enfants. Prenons soin de la planète L'exhortation ne vient pas de nos che...

Penser notre humanité comme un patrimoine

Gilles Hériard Dubreuil
Acteur de terrain

Comment gérer les conséquences de l’activité humaine sur le très long terme ? La question a une dimension éthique, appelant une logique de transmission patrimoniale des conditions concrètes de la vie afin de dépasser la logique d’un contrat entre les vivants. Elle est aussi politique et suppose de nouveaux modes de gouvernance, entre mar...

Liberté, communauté, gratuité

Pedro de Velasco
Vu d'ailleurs

Entretien - En vivant avec les Tarahumaras, au nord du Mexique, Pedro de Velasco a forgé une éthique de la gratuité, s’inspirant de leur mode de vie communautaire. Entretien En vivant avec les Tarahumaras au nord du Mexique Pedro de Velasco a forgé une éthique de la gratuité s'inspirant de leur mode de vie communautaire Votre séjour chez l...

Pour des politiques délibérément viables

Michel Griffon
Chercheur

Les politiques publiques se forment trop souvent dans l’urgence et l’irrationnel, mettant en péril la viabilité de notre environnement ou de nos économies. Or, si urgence il y a, c’est de prendre le temps d’informer les consommateurs, qui sont aussi des citoyens, et de recréer une démocratie réellement délibérative. Les politiques p...

Léguer un monde vivable

Bernard Perret
Chercheur

C’est à la « routine de la civilisation moderne » (Hans Jonas) que nous devons nous attaquer. Dans cette synthèse conclusive, Bernard Perret souligne la noblesse de l’enjeu écologique, qui suppose une révision de notre rapport au monde, de notre consommation et de nos pratiques politiques. C'est à la routine de la civilisation moderne Ha...

Comment verdir la démocratie ?

Jean-Pierre Bompard et Dominique Bourg
Chercheurs

Entretiens croisés - Pour le philosophe Dominique Bourg, le monde court à la catastrophe et la démocratie représentative l’y entraîne assurément. Il propose la création d’une troisième chambre pour représenter les intérêts du long terme. Mais le syndicaliste Jean-Pierre Bompard n’y voit qu’une institution de plus, démunie de rep...

Conjuguer l’avenir au présent

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Donner la parole aux générations futures La question a quelque chose d'absurde Si certaines civilisations prêtent des paroles aux morts aucune n'a encore prétendu faire parler les pas encore nés Et pourtant Selon le Global Footprint Network il n'aura fallu cette année que 234 jours à notre humanité pour atteindre le jour du dépassement 22...

Générations futures, sans voix ni droit ?

Jean Caron
Question de sens

Que nos actions aient une incidence sur les générations à venir ne fait guère de doute. Doit-on pour autant en répondre ? Et envers qui ? La théorie classique, fondée sur la réciprocité entre sujets de droit, ne nous permet pas de le penser. Mais le droit évolue pour donner corps à l’idée de droit des générations futures. Reste à p...

Le principe de gratuité, une réponse chrétienne au défi écologique

Christoph Theobald
Question de sens

La peur pour les générations futures est souvent invoquée par les tenants de la décroissance. Un levier présent chez le philosophe Hans Jonas, qui reformule ainsi l’impératif kantien : agis de telle sorte que ta conduite permette la survie de l’humanité. La tradition chrétienne fait appel à d’autres ressorts encore, dont la reconnais...

L'environnement pose la question du sens

Dominique Lang
Question de sens

L’histoire peu banale d’un barrage que l’on efface interroge le rapport de l’homme à son milieu. Car concilier impératifs écologiques, sociaux et économiques ne s’opère pas à coup de discours, mais par la transformation du regard que chacun porte sur le monde. Ou l’écologie comme chemin de conversion. L'histoire peu banale d'un b...

Quelle boussole face à la crise écologique ?

Bernard Feltz
Question de sens

Les réponses à la crise écologique diffèrent selon que l’on considère la nature comme un objet, une ressource, un patrimoine vivant ou un ensemble d’espèces dont l’humanité fait partie. Plus largement, elles renvoient à différentes conceptions de la modernité, de la place de la science et de la raison. Les réponses à la crise éco...

Dossier : Donner la parole aux générations futures ?
©Africa Renewal
©Africa Renewal

Conjuguer l’avenir au présent


Donner la parole aux générations futures ? La question a quelque chose d’absurde. Si certaines civilisations prêtent des paroles aux morts, aucune n’a encore prétendu faire parler les « pas-encore-nés » ! Et pourtant. Selon le Global Footprint Network, il n’aura fallu cette année que 234 jours à notre humanité pour atteindre le « jour du dépassement » (22 août), à partir duquel elle vit à crédit aux dépens des générations à venir. Autrement dit, pour sustenter nos besoins annuels, nous aurions besoin d’une fois et demie les ressources naturelles que la Terre peut produire en un an. Et notre appétit va croissant : en 2000, nous n’avions atteint la date fatidique « que » le 1er novembre. Jamais, dans l’histoire humaine, l’homme n’a eu pareille capacité à menacer la survie même de l’espèce.

Or c’est précisément à ce moment que notre humanité semble le plus s’arc-bouter sur la gestion du très court terme. À quoi auront servi Copenhague, Cancun ou Rio+20 ? Plus la maison brûle, plus on regarde ailleurs. On invoquera la conjoncture : celle qui donne pour unique boussole à nos dirigeants l’humeur des marchés, le pouvoir d’achat des ménages, au mieux le taux de chômage. Elle oblitère tout débat sur le long terme : comment envisager de renoncer au nucléaire si ce savoir-faire s’exporte ? Ou faire une croix sur les forages en eaux profondes, qui mettent en péril la biodiversité au large de la Guyane, si notre balance commerciale est grevée par le pétrole cher ? Pour ce gouvernement, comme pour le précédent et ceux de nos voisins, l’urgence est à gérer la crise ; le sort de la planète attendra des jours meilleurs. N’en déplaise aux ministres écologistes. Et la crise n’est pas derrière nous (cf. G. Giraud). Mais on n’a pas attendu la crise de 2008 pour refouler la conscience que notre civilisation mène le monde dans l’impasse. Qu’a-t-on fait, depuis vingt ans, pour adapter notre industrie automobile aux enjeux environnementaux ? A-t-on seulement cherché à freiner la réduction du cycle de vie des produits ? Même quand une idée d’avenir comme la taxe carbone fait consensus, l’emprise du consumérisme finit par la faire avorter (cf. J.-C. Hourcade). Le diktat du consommateur est tel que l’on en vient à réduire sa facture en carburants, quand la préparation de l’avenir exigerait tout le contraire ! Plus que conjoncturel, le défi est culturel.

Notre gouvernement représentatif est programmé pour composer avec les intérêts en présence – et non avec les intérêts en devenir. Ce que la démocratie a conquis en horizontalité, en égalité des citoyens devant la loi, devant l’impôt, devant le vote, en exigibilité aussi des droits de chacun, peut-être l’a-t-elle perdu en profondeur historique. Là où il pouvait importer pour des dynasties de préserver et faire prospérer l’héritage, quoi qu’il en coûte aux vivants, le système « re-présent-atif » tend à écraser la perspective. Le régime médiatique – qui fait disparaître du champ politique ce qui n’est pas montré – et la réduction des cycles électoraux n’arrangent rien. Comment, dès lors, rendre présents, non pas tant les intérêts, que les conditions d’existence même des générations futures ? C’est aux contemporains que revient cette responsabilité. L’évidence saute aux yeux des enfants (cf. P. Calame).

Faut-il ajuster nos institutions ? Dominique Bourg, qui a magistralement posé les termes du débat avec Kerry Whiteside dans Vers une démocratie écologique, prône la création d’une forme de « sénat du futur », tandis que Michel Griffon propose d’attacher auprès de chaque ministère un mini Conseil économique social et environnemental. Mais confier un rôle accru aux experts suscite quelques réticences (cf. J.-P. Bompard). S’agit-il de réviser la pratique de la démocratie, pour co-construire par le débat les mesures qu’imposerait la préservation d’une planète habitable (S. Mathy) ? Mais si l’intelligence collective peut progresser dans la démocratie délibérative, entraînera-t-elle l’immense majorité qui ne participe pas au débat ? Peut-on alors traduire en droit la « parole » des générations futures ? La revue Mouvements (n°70, 2012) plaide pour octroyer des droits à la nature. L’idée progresse aussi d’un tribunal international de l’environnement. Jean Caron, lui, voit dans l’habitude qu’ont nos systèmes juridiques de défendre les absents un ressort de plus pour les droits des générations à venir. Mais la question nous invite aussi à dépasser l’éthique du contrat et de la réciprocité. Concevoir la vie comme un don pourrait fonder une attitude de respect de nos descendants, suggère Christoph Theobald. En écho, Gilles Hériard Dubreuil propose de gérer « les conditions concrètes d’une vie authentiquement humaine » (Hans Jonas) comme un patrimoine.

À défaut d’apporter des réponses définitives, puisse ce numéro de la Revue Projet ancrer solidement la question dans le débat.

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