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Un marronnier pousse régulièrement à l’aune des prix immobiliers qui s’envolent. La « crise du logement » essaime les Unes avec l’intensité d’un fait divers. Guère neuf dans sa formulation, le fait est bel et bien durable et systémique. Mais bien malin qui pourrait percer les entrailles du phénomène. Un chez-soi devrait aller de soi. Le droit se heurte à bien des blocages qu’il s’agit d’identifier.
La Revue Projet tente de s’y atteler dans ce nouveau dossier, élaboré en partenariat avec le Secours Catholique-Caritas France (SCCF). Le problème du logement appelle l’examen d’une « nécessaire complexité », prévient Jean-Claude Driant, où s’articulent poids du marché, disparités territoriales et politiques publiques, davantage contraintes par les inégalités sociales et l’enjeu environnemental.
Plus que jamais, un accompagnement social spécifique et adapté doit prévaloir non seulement dans l’accès, mais dans l’appropriation de son chez-soi, rappelle Paris Habitat dans un entretien disponible en podcast. Or, la saturation de la demande, au regard de la place disponible, se révèle dès le stade de l’hébergement d’urgence, comme l’observe la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).
Cette tension concerne tout autant le logement social, comme en témoigne notre reportage mené au sein d’une permanence Dalo du SCCF. Pris en tenaille entre des aides toujours plus réduites et des missions toujours plus larges, ce modèle, parfois attaqué, a néanmoins prouvé sa résilience, souligne Pierre Madec. Consacré par notre corpus juridique, le droit au logement ne peut, malgré tout, plus se contenter de bonnes volontés politiques, analyse Bernard Lacharme, et doit être assorti d’obligations de résultat.
Ces résultats passeront notamment par la lutte contre la spéculation, prône Isabelle Rey-Lefebvre, à l’appui de modèles gestionnaires inspirants qu’elle a observés dans d’autres capitales européennes. Un effort pourrait également être consenti dans la construction de logements neufs mais, avertit Michel Vivinis, dans le cadre de projets raisonnés et en tenant compte, là encore, d’impératifs écologiques impossibles à ignorer.
C’est, enfin et surtout, d’une connaissance précise des dynamiques territoriales que doivent procéder des politiques publiques à la hauteur de l’enjeu. Le territoire est trop longtemps demeuré un « angle mort » de la politique du logement en France, constate Nicolas Portier. Une meilleure subsidiarité entre puissance publique nationale et collectivités permettrait d’y remédier. Quitte à bousculer un peu plus une organisation des pouvoirs qui en a cruellement besoin.