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Dossier : La fabrique de la décision

Comment faire autorité ?

Crédit : Anson / iStock
Crédit : Anson / iStock

Redéfinir l’autorité et flécher le pouvoir décisionnel en démocratie est un exercice périlleux mais indispensable.


Avons-nous oublié le sens de la notion d’autorité ? Telle était la conviction de Hannah Arendt expliquant, dans son article « Qu’est-ce que l’autorité ? » (1961), que le plus sûr indice de cet oubli ou de cette éclipse est la confusion fréquente entre l’autorité et la force. On en appelle à l’autorité pour « rétablir l’ordre » par la répression policière ou militaire, on semble penser qu’un gouvernement fondé sur la terreur serait véritablement autoritaire.

Or l’autorité doit être distinguée de la force : un professeur qui, pour se faire obéir, a besoin d’attraper son élève par l’oreille ou de le menacer est précisément un professeur qui manque d’autorité. Au demeurant, l’autorité doit aussi se distinguer de la persuasion rationnelle : si le même enseignant a besoin de dérouler tout un discours et toute une chaîne d’arguments, de présenter le règlement, etc., pour obtenir que l’élève récite sa leçon, c’est également qu’il manque d’autorité.

Ni force ni persuasion, l’autorité est aussi moins qu’un ordre et plus qu’un conseil, estime Arendt, qui reprend cette caractérisation d’un historien du droit romain. Car c’est à Rome que l’auctoritas (« autorité ») a été conceptualisée et différenciée de la potestas (« puissance, pouvoir »). Établie dans le Sénat, dans une assemblée d’anciens, de sages, dont le rôle était plutôt consultatif qu’exécutif, l’autorité portait avec elle une dimension de durée et de médiation. En elle, le présent devait trouver sa place par rapport au passé.

Un État qui ne tient que par la force et la répression est au fond un État sans autorité.

Notre exemple d’un enseignant vaut aussi bien pour un gouvernement : un État qui ne tient que par la force et la répression est au fond un État sans autorité, paradoxalement

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