Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site

Le travail, un bien commun à protéger

Coiffeur dans son salon, à Kyoto (Jaon), 2011. © Copyright ILO/Marcel Crozet
Coiffeur dans son salon, à Kyoto (Jaon), 2011. © Copyright ILO/Marcel Crozet

Certains rêvent d’un monde où les robots et l’intelligence artificielle auraient mis fin au travail. D’autres annoncent l’effondrement de nos sociétés productivistes, sous la pression des changements climatiques et de l’épuisement des ressources. D’après le Global footprint network, il faudrait aujourd’hui 1,7 planète Terre pour subvenir à notre mode de vie actuel. Des centaines de millions d’emplois dépendent fortement de l’environnement : en 2014, l’Organisation internationale du travail (OIT) parlait d’1,2 milliard d’emplois concernés, soit 40 % de l’emploi mondial. Dans une économie mondialisée, qui dépend fortement de la planète mais la détruit de plus en plus vite, penser le travail engage à penser notre rapport à la nature. Car défendre le travail – décent s’entend – et défendre la planète relèvent d’un même combat.

Défendre le travail – décent s’entend – et défendre la planète relèvent d’un même combat.

Depuis plusieurs années, le Centre de recherche et d’action sociales (Ceras) approfondit le lien entre transition écologique et justice sociale1. En mai 2019, à l’occasion du centenaire de l’OIT, il organise un colloque international à l’Unesco : « Quel travail pour une transition écologique solidaire ? », issu d’une recherche-action de deux ans2.

Ceux qui sont exclus du travail en témoignent : au-delà des revenus qu’on en tire, le travail est essentiel pour trouver sa place dans la société. « Je travaille, donc j’existe ? » (déc. 2017), premier volet du triptyque que la Revue Projet consacre au travail, soulignait cette centralité du travail dans nos vies. Comment, dès lors, repenser notre système pour que chacun y ait sa place, quand le plein-emploi n’est plus assuré ? « Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure » (oct. 2018) analysait la question de la valeur : à quoi notre économie donne-t-elle de la valeur (à la marque ? à la matière première ? au travail humain ?), dans un contexte mondialisé où les chaînes de production s’allongent de plus en plus ? Ce troisième numéro interroge le travail dans un contexte de transition écologique.

Les travailleurs les plus vulnérables sont de véritables sentinelles de l’état de l’humanité et de la planète. Victimes d’une double peine sociale et écologique (cf. L. Roblin), ils vivent dans leur chair les souffrances de notre temps, à l’image des petits paysans philippins, pris en tenaille entre le marché mondial des matières premières et des événements climatiques extrêmes (cf. A. Ignacio). Ce n’est pas le mythe de la théorie du ruissellement qui devrait guider nos économies, mais plutôt le phénomène de la capillarité. À l’instar de la manière dont la sève alimente les arbres, notre système devrait se nourrir de ce qui vit dans ses racines. Ainsi, pour imaginer ce que doit être un travail digne de l’humanité et de la planète, ce numéro s’appuie sur des expériences concrètes de nos partenaires internationaux, aux Philippines, en Argentine (cf. E. Cuda) ou au Brésil (cf. I. Hillenkamp). Et les met en dialogue avec les réflexions des milieux universitaires, associatifs ou privés pour ouvrir quelques pistes permettant de penser un avenir désirable du travail, considéré comme bien commun à protéger.

Les travailleurs les plus vulnérables sont de véritables sentinelles de l’état de l’humanité et de la planète.

Il en ressort qu’un travail digne procure joie et fierté à son auteur et se met au service du bien commun de toutes les créatures (cf. L. Roblin). Cela nécessite du temps, de la peine et de la gratuité, à l’opposé d’une recherche insatiable de profit. Cela requiert un cadre juridique protecteur, des conventions collectives, un management participatif, une responsabilité sociale et environnementale tout au long de la chaîne de production, une reconnaissance pécuniaire juste permettant une vie familiale et sociale, un engagement collectif à protéger la planète et à respecter la temporalité de chaque écosystème. Dans cette relation de soin et d’unité avec tout ce qui existe, la sobriété jaillit d’elle-même et doit être considérée comme une vertu par tous les acteurs économiques. Car elle est indispensable pour permettre un travail digne de l’humanité et de la Terre.

Les plus lus

Les Marocains dans le monde

En ce qui concerne les Marocains, peut-on parler de diaspora ?On assiste à une mondialisation de plus en plus importante de la migration marocaine. On compte plus de 1,8 million de Marocains inscrits dans des consulats à l’étranger. Ils résident tout d’abord dans les pays autrefois liés avec le Maroc par des accords de main-d’œuvre (la France, la Belgique, les Pays-Bas), mais désormais aussi, dans les pays pétroliers, dans les nouveaux pays d’immigration de la façade méditerranéenne (Italie et ...

L’homme et Dieu face à la violence dans la Bible

Faut-il expurger la Bible ou y lire l'histoire d'une Alliance qui ne passe pas à côté de la violence des hommes ? Les chrétiens sont souvent gênés par les pages violentes des deux Testaments de la Bible. Regardons la Bible telle qu’elle est : un livre à l’image de la vie, plein de contradictions et d’inconséquences, d’avancées et de reflux, plein de violence aussi, qui semble prendre un malin plaisir à multiplier les images de Dieu, sans craindre de le mêler à la violence des...

Le clerc en sursis ?

La plupart des confessions religieuses excluent les femmes des charges sacerdotales. Pour combien de temps ? Patriarcale au superlatif, l’Église catholique voit son modèle vaciller. Le patriarcat demeure la règle dans le monde religieux. Dans des contextes très différents, les trois monothéismes le pratiquent. Tous invisibilisent les femmes, contrôlent leur corps et les tiennent éloignées de la sphère publique. Circonstance aggravante, ce bastion bien défendu l’est par...

Du même dossier

L’inaccessible réalité du travail

Les statistiques actuelles ne donnent qu’une vision tronquée du monde du travail : y intégrer l’informel et l’économie domestique permettrait de rendre justice à des formes de travail aujourd’hui invisibilisées. Nos statistiques du travail s’appuient généralement – pour des raisons historiques – sur une conception inspirée des caractéristiques du marché du travail dans les pays industrialisés durant les Trente Glorieuses. Le contrat form...

Agroécologie : des Brésiliennes cultivent leur indépendance

Au Brésil, des groupes de femmes s’approprient les techniques de l’agroécologie pour défendre leurs terres et devenir autonomes. Un travail indispensable à la transition écologique et solidaire. L’exemple de la municipalité de Barra do Turvo. Au sud-est de l’État de São Paulo, le plus riche du Brésil, se situe la municipalité de Barra do Turvo, dans la région du Vale do Ribeira. Cette dernière est généralement considérée par les respons...

[VIDÉO] Conversation entre Vandana Shiva et Gaël Giraud

Le travail est au cœur de toute vie humaine, il est l'un des constituants d'une vie bonne. Pourtant, ce même travail peut s'avérer destructeur pour la planète, le lien social et l'intégrité même de la personne qui le pratique. Que devons-nous changer pour construire un nouveau système où le travail serait respectueux de la terre et au service de la dignité humaine ?

Du même auteur

Miroir de nous-mêmes

Ce portfolio retrace les campagnes du CCFD-Terre Solidaire. On y retrouve les cinq modèles de développement proposés par le sociologue belge Guy Bajoit, auxquels l'organisation a ajouté la question écologique. Aide, progrès, développement, coopération, partenariat, co-développement ou solidarité, tant de mots pour nommer nos relations de fraternité internationale. L’horizon de cet élan est la lutte contre la pauvreté dans le monde et, en particulier, de la faim...

Une foi résistante

Le père jésuite Dillard a choisi d’accompagner clandestinement les jeunes envoyés au STO. Dénoncé, arrêté et déporté, il meurt en 1945 à Dachau. Il sera béatifié avec cinquante autres martyrs, plaçant la mémoire comme une leçon politique et morale. La Revue Projet est éditée par le Ceras, Centre de recherche et d’action sociales, fondé en 1903 par les Pères jésuites français. Jusqu’aux a...

Projet, revue à soutenir

Chers lecteurs et lectrices,Lors de la soirée pour la Rentrée de Projet, François de Jouvenel, le directeur de Futuribles, nous a proposé quelques perspectives géopolitiques pour l’avenir. Tout scénario, s’il veut être crédible, nous a-t-il rappelé, doit s’imaginer à l’intérieur d’un « possible » délimité par une série d’évolutions à long terme.La progression des dégâts environnementaux, le déclin de la démographie occidentale, le développement de l’individualisme ou la disparition du multilaté...

1 Le Ceras a organisé en 2013 un colloque sur le thème « Transition énergétique, un piège pour les pauvres ? », en 2017, un autre sur le thème « Inégalités, un défi écologique ? ».

2 Elle s’inscrit dans le projet « The futur of work, labour after Laudato si’ » qui vise à contribuer au centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT).


Vous devez être connecté pour commenter cet article
Aucun commentaire, soyez le premier à réagir !
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules