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Rêver l’éducation de la transition

Pierre Giorgini
Acteur de terrain

Devant la rapidité des transitions technologique, sociale et économique, le président de la Catho de Lille en appelle à de nouveaux systèmes éducatifs, fondés sur l'ouverture à l'altérité, la résilience, la créativité. Le rêve deviendra-t-il réalité ? Devant la rapidité des transitions technologique sociale et économique le prési...

Peur sur le salariat

Xavier Timbeau
Chercheur

Quelle sera l'incidence du numérique et de la robotique sur l'emploi en France ? Faut-il vraiment craindre pour la moitié des emplois ? L'économiste Xavier Timbeau pointe davantage le risque d'une dualisation croissante du marché du travail et d'une fragilisation du statut protecteur lié au salariat. Quelle sera l'incidence du numérique et de...

Le syndicalisme verdira-t-il ?

Fabrice Flipo
Chercheur

Là où le syndicalisme s’était progressivement limité à infléchir les conditions de la production, l’écologie en réinterroge l’objet même. Syndicalisme et écologie ont des objectifs, des horizons, des sociologies militantes différentes. Parviendront-ils, devant les défis d'aujourd'hui, à trouver un langage et un terrain d'action c...

Redéfinir le progrès

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Comme toujours le progrès technique permettra aussi de répondre à cette question là concluait Dominique Seux le 16 octobre dernier sur France inter à l'issue d'un débat sur la mobilité durable Même si la technique accomplit des prodiges transports communications santé peut on être aussi affirmatif Ce serait bien commode Les dirigeants é...

Reconsidérons l’idée de progrès

Bernard Ibal
Question de sens

Fruit d’un long mûrissement à travers l’histoire, l’idée de progrès a basculé au XXe siècle et se trouve aujourd’hui confrontée à ses conséquences extrêmes sur notre environnement et inquiétantes quant à l’avenir de la robotique. Pouvons-nous encore la réinventer, la réorienter, pour une humanité réconciliée avec sa finit...

Pénurie des ressources : un tabou pour l'industrie

Philippe Bihouix
Chercheur

Croissance verte, troisième révolution industrielle… nos dirigeants politiques et économiques se bercent d’illusions. Nos tablettes, nos data centers, nos imprimantes 3D et nos panneaux solaires, grands consommateurs de ressources rares, se heurteront tôt ou tard à la pénurie. Croissance verte t...

« Ce qui est taylorisé va disparaître »

Gilles Babinet
Acteur de terrain

Ambassadeur français du numérique auprès des instances européennes, Gilles Babinet partage dans cet entretien son enthousiasme pour l'ère du « big data ». Une révolution de « gains d’opportunités » qui laisse pourtant la question de l’emploi en suspens. Ambassadeur français du numérique auprès des instances européennes Gilles Bab...

L’éboueur devrait-il gagner plus que le trader ?

Jean Gadrey
Chercheur

Comment déterminer un juste salaire ? La question resurgit, devant l’enrichissement express de certains, dans la finance ou les nouvelles technologies. Mais la réponse ne saurait relever de la science économique : l’utilité sociale d’un métier ne se mesure pas à sa valeur ajoutée mo...

Nord-Pas-de-Calais : « Il est de notre devoir de trouver de nouveaux débouchés »

Philippe Vasseur
Responsable politique

Plutôt que de subir les mutations technologiques, la région Nord-Pas-de-Calais a fait le choix de les accompagner en se faisant le fleuron de la « troisième révolution industrielle ». L’initiateur de la démarche revient sur un projet qui fédère les responsables économiques et politiques mais doit encore convaincre la société civile. P...

Révolutions industrielles : histoire d’un mythe

François Jarrige
Chercheur

Parler de révolutions industrielles est tout sauf neutre. On présente ainsi des évolutions en cours comme inéluctables du fait d’innovations technologiques « miraculeuses ». Et l’on en omet volontiers les incertitudes, les rapports de force, la violence. Histoire d’une mythologie. Parler de révolutions industrielles est tout sauf neutr...

Transition écologique : quelle révolution ?

Sylvain Lavelle
Chercheur

Si l’attention politique et médiatique s’est portée sur la « troisième révolution industrielle » de Rifkin, non sans susciter de vigoureuses critiques, celle-ci porte en germe une véritable révolution sociale. Mais une société de la transition écologique ne fera pas l’économie d’une « révolution de soi », sorte de cure de dé...

Dossier : Sauvés par la révolution numérique ?
Escale numérique, CC Mathieu Lehanneur, 2012.
Escale numérique, CC Mathieu Lehanneur, 2012.

Redéfinir le progrès


« Comme toujours, le progrès technique permettra aussi de répondre à cette question-là », concluait Dominique Seux, le 16 octobre dernier sur France inter, à l’issue d’un débat sur la mobilité durable. Même si la technique accomplit des prodiges (transports, communications, santé…), peut-on être aussi affirmatif ? Ce serait bien commode ! Les dirigeants économiques et politiques d’ailleurs écoutent avec intérêt les prophéties technologiques, à l’instar de la « troisième révolution industrielle » annoncée par Jeremy Rifkin (cf. S. Lavelle). Nos universités s’y préparent (cf. P. Giorgini). Le récit a de quoi séduire : il promet de nous sortir de toutes nos impasses ! L’impasse écologique, en ajustant l’offre de matière et d’énergie à la demande (cf. G. Babinet). L’impasse sociale, en offrant de nouveaux débouchés pour l’emploi (cf. Ph. Vasseur) ou en libérant l’homme, grâce aux robots, des tâches ingrates ou répétitives. L’impasse politique, en autorisant chacun à reconquérir du pouvoir dans un système moins pyramidal.

L’analyse invite pourtant à la prudence. Dans l’histoire, les révolutions industrielles ne relèvent pas d’un phénomène objectivable, mais d’un discours visant à légitimer ou à accélérer des évolutions qui n’ont rien d’inéluctable, tout en masquant une réalité éminemment conflictuelle (cf. F. Jarrige). À Bruxelles comme à Paris, l’on présente le numérique et la robotique comme des nouveaux moteurs pour notre croissance en berne. Pourtant, à en croire Gaël Giraud, on attribue à tort au progrès technique l’essentiel des gains de productivité depuis deux siècles, alors qu’ils reposent d’abord sur la prédation des ressources rares de notre planète. La nouvelle économie, qualifiée abusivement d’immatérielle, ne fait pas exception : nos clics et nos applis sont énergivores et émetteurs de carbone, nos tablettes et nos robots sont fabriqués avec des matériaux qui se raréfient et ne se recyclent guère (cf. P. Bihouix). Notre économie, qui ne veut pas le voir, avale avec voracité son assise matérielle.

La substitution annoncée de la moitié des emplois par des ordinateurs, elle aussi, a de quoi inquiéter. Peut-être est-ce là son principal objet : mieux imposer une « uberisation » du monde du travail - où le collectif, le salariat et son statut protecteur cèderaient la place à une loi de la jungle au nom de l’individu roi (cf. X. Timbeau). Si les technologies du numérique et de la robotique, intensives en capital, ne laissent que les miettes à la rémunération du travail, elles font naître des rentes aussi soudaines que colossales. Issus de la Silicon Valley, les « petits génies » créateurs de Netflix, Uber ou Airbnb ont rejoint en 2015 le club fermé des milliardaires. Cette concentration de richesse interroge. Mérite-t-on, à 24 ans, de devenir milliardaire pour avoir inventé Snapchat ? Bien souvent, ce sont les utilisateurs que nous sommes qui créent la valeur ! Une valeur qui, en glissant vers « l’immatériel » (brevets, propriété intellectuelle), échappe de plus en plus aux salariés et à l’État. 500 firmes américaines, dont Apple, Microsoft ou IBM, ont accumulé plus de 2000 milliards de dollars de profits (l’équivalent du Pib italien) dans les paradis fiscaux…

Ces technologies nous rendront-elles plus heureux, plus solidaires ? Certes, elles nous rapprochent (les femmes de marins auraient rêvé de pouvoir « skyper »), mais de qui ? Quelle place pour l’imprévu, pour la découverte de l’autre différent, si même les rencontres amoureuses sont régies sur un mode consumériste ? Quel épanouissement au travail, quand l’appel au tout collaboratif se mue parfois en moyen de surveillance ?

« Nous possédons trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques », avertit le pape François (LS, 203), après avoir durement critiqué notre asservissement à la technique. Plutôt que d’accompagner une fuite en avant dictée par la compétitivité, l’heure est à interroger notre projet commun (cf. B. Ibal). À quelles activités utiles et soutenables dédier notre appareil productif, notre travail ? Lesquelles délaisser qui détruisent notre écosystème ? Qu’est-ce qu’une juste répartition du fruit du travail (cf. J. Gadrey) ? Nous ne répondrons pas à ces questions sans un engagement déterminé, lucide et courageux des partenaires sociaux (cf. F. Flipo). « Il s’agit simplement de redéfinir le progrès » (LS, 194).

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